Marie-Ève Thuot le fracasse en milles morceaux avec cette oeuvre forte et ancrée dans son époque: le tableau de la famille parfaite traditionnelle vole en éclats, nous laissant ébahis sous une pluie de confettis.

La trajectoire des confettis est son premier livre. À travers les personnages, le lecteur explore, teste, transgresse. Il tente de discerner la fine ligne entre amour, sexualité et enfantement.

C’est comme gambader joyeusement au milieu des ruines de ce modèle dépassé de famille typique et idéale.

Les personnages de Thuot sont intelligemment reliés dans une gigantesque fresque, «un tableau en dripping», une architecture complexe maitrisée jusqu’à la toute fin.

Tout d’abord, c’est l’histoire de Xavier, qui a fait un mystérieux voyage en Suède alors qu’il n’a jamais quitté le Québec. C’est un jeune homme maladivement timide et chaste, qui occupe toutefois le poste de barman Chez Hélie. C’est là qu’il y rencontre une fille excentrique et colorée qui saura l’extraire de cet immobilisme causé par un traumatisme refoulé. Un soir elle s’appelle Cléopâtre, le suivant, Ulrique-Éléonore. Elle est mythomane, s’habille de toutes sortes de couleurs qui jurent ensemble, fait des concours de boissons alcoolisées sucrées avec différents hommes (elle gagne toujours) et expose ses théories féministes et philosophiques.

la trajectoire des confettis marie-ève thuotSource image: Les herbes rouges

C’est aussi l’histoire du frère de Xavier, Zack, qui est en couple avec une artiste maniaque qui frôle la folie. Cette dernière connaît des périodes de création très intenses, où elle s’intéresse particulièrement à la configuration de papiers peints et de la manière dont certains motifs peuvent se répéter à l’infini. Parmi ses conquêtes extra-conjugales, elle entretient un fort penchant pour les hommes (beaucoup) plus jeunes qu’elle, ce qui ne manque pas d’inquiéter son copain qui, faute de jalousie, s’interroge plutôt sur la légalité de ses affaires.

On découvre aussi Louis, père de presque une dizaine de fillettes, chacune d’elles issues d’une union avec une femme différente.

Rosalie, qui, à 18 ans, fera le choix de se ligaturer les trompes de Fallope. Elle y pense depuis qu’elle a cinq ans. À travers décisions extrémistes et philosophie extinctionniste, cette figure intensément répugnée par la maternité exprime la jubilation des femmes à cette ère de liberté et d’appropriation.

Bastien qui, sous la pluie de bonbons libérée par la destruction d’une piñata, tombera amoureux de sa tante avant de la marier des années plus tard.

C’est dans cet univers chaotique, presque décadent, où défilent et évoluent ces personnages aux lubies débauchées que se profile La trajectoire des confettis et toute la hardiesse de Merie-Ève Thuot. Elle peint une ode aux tabous, une défiance sauvage aux normes sociales, un questionnement profond et nécessaire sur ce qui est décent et ce qui ne l’est pas.

marie-ève thuotSource image: Isabelle Lafontaine

Pour la plupart des personnages, l’histoire se finit bien, bien que nous soyons loin du «ils vécurent et eurent beaucoup d’enfants». Et c’est justement: alors que nous vivons dans une époque où nous avons la chance d’être libres et qu’il existe plus qu’un seul modèle familial et amoureux, pourquoi ne pas en profiter?

Source image de couverture: Unsplash
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Mathilde Côté

Mathilde est une fille intense. Hypersensible au cœur d’enfant, elle ressent les choses fort, grand, vrai. Tout du monde l’assaille et l’émerveille; la subjugue et...

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