Comme nous en discutions hier dans la première partie (à lire ici), certains obstacles peuvent survenir lorsqu'on essaie d’écouter notre partenaire. Nous avons parfois des croyances ou de mauvaises habitudes qui viennent se mettre dans nos jambes et nous empêchent d'avancer dans la discussion. En tant que psychologues spécialisées en difficultés conjugales et relationnelles, nous en avons vu des vertes et des pas mûres entre les quatre murs de notre bureau!

On passe de dynamiques conjugales problématiques à des malentendus incroyables où nous avons l’impression que les partenaires parlent une langue différente. En fonction de notre expérience clinique, nous allons passer à travers quelques pièges observés chez les couples en détresse qui nous consultent et vous donner des pistes théoriques qui vous permettront de comprendre ce qui fait que vous tombez dans ces pièges!

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Souvent, lorsque notre partenaire nous partage une difficulté ou ventile sur diverses émotions reliées à une situation complexe, notre réflexe est de vouloir offrir des solutions.

Nous tentons de donner des conseils à l’autre sur ce qu’il devrait faire ou dire, pour le sortir d’une situation souffrante ou problématique.

La plupart d’entre nous avons cette impulsion naturelle, car nous ne tolérons pas très bien l’impuissance, ni de voir souffrir une personne que nous aimons. Offrir des solutions qu'on dit concrètes est en réalité davantage une façon de répondre à notre besoin, et non pas au besoin de l’autre. Évidemment, à moins que l’autre ait explicitement demandé une solution à son problème.

En effet, offrir une solution permet d’apaiser notre propre sentiment d’impuissance face à la souffrance d’autrui, alors que, dans bien des cas, l’autre ne se sent pas entendu et ressort déçu de l’échange.

Nous avons tendance, particulièrement avec les gens proches de nous, à faire des « attributions ».

Cela veut dire que nous percevons ce que nous recevons à travers certains « filtres », qui font que nous interprétons le message de l’autre.

Ces filtres sont influencés, entre autres, par ce que nous avons vécu dans notre passé. Ils sont souvent négatifs, blessants et peuvent être le reflet de nos peurs, plus ou moins rationnelles. Quand nous faisons une attribution, sans aller vérifier si elle est vraie ou fausse, l’autre peut avoir l’impression que nous lui mettons des mots dans la bouche ou que nous assumons comment il/elle se sent. Mais ce n’est pas nécessairement le cas! C'est ce qui contribue à des malentendus.

Par exemple, si notre partenaire nous dit « Tu es encore en retard ce soir! », et, teintés par nos attributions, nous avons tendance à répondre : « Tu es toujours fâché(e) contre moi. Je ne fais que te décevoir. ».

Ici, nous avons interprété le message de l’autre et avons assumé qu’il était en colère, sans que l’autre ne l’exprime clairement. Il serait avisé d’aller vérifier si notre attribution est vraie, plutôt que de l'assumer directement. Donc, de demander si l'autre est fâché contre nous et nous trouve décevants, sous forme de question au lieu d'affirmation. Il est possible que ce soit vrai. Il est aussi possible que ce soit faux et que ce soit davantage le souvenir d’un sentiment familier, provenant de notre passé.

Notre partenaire pourrait en effet répondre : « Non, je ne suis pas fâché(e), je suis plutôt inquiet(e) de te voir aussi submergé(e) par le travail. ».

Nous ne sommes pas devins. Nous ne pouvons pas savoir exactement ce que l’autre pense et ressent. La seule façon de le savoir est de lui poser la question. Ainsi, essayez de générer 2-3 hypothèses pour tenter d’expliquer le comportement de l’autre, plutôt que d’assumer que vous détenez l’explication juste. Cela vous aidera à vous calmer face à une attribution blessante et à vous rappeler d’aller valider laquelle de vos hypothèses est vraie ou fausse.

Vous éviterez ainsi d’être victimes de malentendus

Ce qu'il faut se demander, c'est pourquoi avons-nous tendance à faire des attributions qui sont souvent négatives, donc, qui nous font souffrir? 

La réponse est complexe! Pour faire une histoire courte, notre esprit veut combler le vide et le manque d’information, par des réponses. Nous essayons alors de créer un sens avec ce que nous observons dans la réalité externe en faisant des inférences. Celles-ci sont basées à la fois sur nos connaissances de l’autre et, de façon inconsciente, sur notre histoire de vie. Cela donne lieu aux dites attributions!

Ainsi, si dans notre enfance, nous avons baigné dans une atmosphère où nous avions constamment l’impression de décevoir nos figures d’attachement, souvent nos parents, il est probable que l’on garde en nous cette impression d’être décevant. Cette impression tend à biaiser notre perception de nous-mêmes et des autres dans notre vie d’adulte.

C’est ironique, car c’est une impression douloureuse, mais elle tend à se maintenir, comme elle est cohérente avec ce que nous connaissons.

Par exemple : « On m’a toujours fait sentir comme si je n’étais pas assez. Je dois donc être insuffisant(e) et les autres sont donc souvent déçus de moi. »

Ça se complique un peu, c’est vrai, mais l’esprit humain est complexe. Le fait de maintenir cette vision négative de nous-mêmes nous pousse aussi à chercher inlassablement l’approbation des autres, dans l’espoir d’enfin recevoir ce qui nous a tant manqué auprès de nos parents ; un regard rempli d’admiration et d’amour. D’une certaine façon, sans nous en rendre compte, nous demandons à notre partenaire amoureux de réparer une blessure du passé. 

Un des éléments clés dans cette écoute est de faire la différence entre comprendre et être d’accord.

Nous pouvons comprendre l’autre et ce qu’il vit, sans toutefois le vivre de la même façon ou même être en accord avec la réaction de l’autre. Les émotions ne sont pas rationnelles.

Nous ne pouvons pas dire à l’autre : « Tu ne peux pas te sentir comme ça » ou « Tu n’as pas raison de te sentir de même ». Par ailleurs, lorsque nous disons « je comprends qu’en agissant ainsi, je t’ai fait de la peine », nous ne sommes pas en train de dire que cela était l'intention ni que nous nous serions sentis tristes à la place de l'autre. Nous transmettons simplement une écoute empathique et sans jugement. 

Même si nous tentons d’appliquer ces conseils de communication à la lettre, certaines réactions sont plus fortes que nous. Que ce soit d’avoir tendance à interpréter négativement les paroles et les réactions de l’autre que d’avoir souvent l’impression que l’autre est fâché(e). Ou alors, lorsque nous n’arrivons pas à reconnaître nos torts, que nous avons tendance à nous justifier pour ne pas être dans l’erreur, ou, même à contre-attaquer et critiquer l’autre.

Nous parlons alors d'un mélange d'enjeux individuels, de notre enfance et de l’impact de nos relations passées sur notre personnalité. Tout ceci façonne notre perception de nous-mêmes et des autres. Cela vient aussi interférer dans notre façon d’être en relation et contribuer à des impasses relationnelles. Toutefois, il est toujours possible de nous améliorer, que ce soit avec l'aide de son partenaire ou du nôtre! 

Dre Aline Gauchat, Ph. D., psychologue
Dre Nathalie Gauthier, Ph. D., psychologue
Source de l'image de couverture : Unsplash

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