Faits Vécus

C’est l’histoire d’un menu dont je ne comprenais rien.

Le resto? Trouvé par hasard. Je venais de me claquer le Montjuïc. Cinq heures de marche. À la fin, je ne sentais plus mes pieds. J’étais épuisé. J’avais faim. Lire et comprendre le menu relevait donc du défi.

Aussi, le fait que celui-ci était en catalan n’a pas aidé à la cause.

– « Monsieur, choisissez pour moi. »

– « D’accord. »

– « Seulement un seul critère. »

– « Lequel? »

– « Pas de porc. »

– « C’est parti. »

Et quelques instants après il me ramena un premier tapas. Un second, lorsque j’eus avalé le premier, puis un troisième alors que j’étais prêt pour un second Coca. Calamars, sardines, poulet : tout ça m’avait donné soif.

– « C’était excellent! »

– « Mais je vous en prie. »

– « Votre prénom? »

– « Juan. »

– « Merci beaucoup Juan. »

– « Bonne soirée! »

Le lendemain soir, je n’avais pas envie de me casser la tête. Je me présentai donc de nouveau au resto et m’installai au comptoir. Juan était là. On a repris où on s’était laissés la veille. Cette fois-ci, paella, crevettes à l’ail, puis boeuf conjugué avec du foie de canard.

Une famille italienne était assise à côté de moi : un couple et leurs trois enfants. Le père avait remarqué la beauté des tapas que Juan me servait.

– « Qu’avez-vous commandé ? Ça semble délicieux! »

– « Je n’en ai aucune idée, depuis hier il choisit pour moi, et rien ne m’a déplu! »

Et la famille décida, pour le reste du repas, de se laisser aller aussi aux choix de Juan.

Troisième soir. Lasagne de flétan ayant pour base un lit d’anchois, poulpe posé sur une purée de courges et, puisque c’était mon dernier soir à Barcelone, j’avais conclu avec un « ennuyeux » fondant au chocolat. Pas de famille italienne cette soirée-là, mais un couple d’ivoirien… qui se laissa aussi tenter par les suggestions surprises de Juan en voyant ce qu’il me servait.

Le couple paya avant moi et demanda de laisser un pourboire. À mon grand embarras, je m’étais alors rendu compte que je n’avais pas donné de pourboire à Juan lors des soirs précédents. Il faut savoir qu’ici le service est inclus dans le montant final, mais qu’il est toujours possible de rajouter un surplus. C’est ce que je demandai à Juan de faire lorsque ce fût à mon tour à payer.

– « Pourquoi? »

– « Pour te remercier de ton excellent service des trois derniers jours! »

– « Tu m’as fait confiance en tout, tu m’as vanté auprès d’inconnus comme si j’étais ton meilleur ami… mais plus que tout, tu m’as demandé mon nom. Avec tout ça, je ne vais quand même pas te laisser me donner un pourboire! »

En fait, il ne me laissa même pas payer la facture.

Je lui avais simplement demandé son nom.

tapas flatlay nourritureSource image: Unsplash
-->
Un article de
Nabil Belhassen's Avatar
Nabil Belhassen

Le Cahier a la chance de compter sur une équipe de collaborateurs spontanés. Pour en faire partie, écrivez-nous à [email protected]!

Mes articles 
Articles suivants
Article Featured Image

Quand ça commence