Le décor est éclectique. Murs de béton, tas de terre, trou, toilette en or. Notre tête cherche à faire du sens de ces éléments disparates avant que les lumières ne s’éteignent ; trouver le dénominateur commun et être rassuré sur ce qui s’en vient. 

Il n’en sera rien.

C’est une fille en or qui nous parle d’abord, les mains soulevées, le regard inquisiteur, la parole directe. Elle nous tutoie. Elle raconte sa journée à la banque, un matin en retard qui commence avec un goût de métal dans la bouche. Elle parle de routine, d’argent, de beauté… De fugue

La fille en terre vient ensuite. Elle était morte, maintenant vivante. Avec son amie superficielle Katie, elles fouleront le plancher du bar chaque nuit. Party girls don’t get hurt. La fille en terre célèbre pour son histoire de ressuscitation : fille en terre engourdie. 

La fille en double se rencontre dans la rue. Elle jubile d’avoir un public pour la regarder et l’aider à créer la fille en double écrit du théâtre avant de se rendre compte que ses sosies ont les mêmes doutes, les mêmes remises en question qu’elle. La fille en double se demande comment savoir que « je » corresponds à « moi ». C’est dur de se deviner parmi la foule. 

Enfin, la fille en pixel magasine des manteaux d’hiver en ligne et se trouve aspirée par le Web. Elle devient prisonnière d’un tout petit pixel. Elle se demande si elle a un sens. Seule la somme d’elle et ses comparses semble capable de créer une image décodable. 

Image par Jessica Garneau

Une fille en or présente le portrait de quatre femmes au moment où leur monde s’écroule. Librement inspirée des Métamorphoses d’Ovide, la pièce produite par le Théâtre du Double Signe tisse une œuvre en quatre tableaux qui échangent, s’empruntent et discutent.

Une fille en or propose une réflexion sur la mort et l’éternité à partir de questions bien actuelles. Exister sur internet, la célébrité, l’art et la création sont des dispositifs d’immortalité mis en scène brillamment par le texte et la vision de Sébastien David. L’humour revient souvent, comme pour éloigner la mort, mais le fait est que ces existences données à voir sont complètement absurdes. Les nôtres aussi, peut-être. 

La mise en scène de Sébastien David invente une pièce qui dégouline, qui suppute, qui ne laisse pas tranquille. C’est magique et éclaté ; sombre et débridé. On réfléchit au sens du théâtre à même la pièce, à même la scène, et c’est exquis. Le narrateur s’implique et est omniscient tout à la fois ; il intervient, mais reste impuissant aux destins des filles. 

Image par Jessica Garneau

Il est attendu dans d’autres histoires. 

Pendant ce temps, une fille en or se fige, des filles en double brûlent, une fille en pixel se cache et une fille en terre s’évapore. 

On raconte qu’elle poursuit toujours son voyage. 

Amélie Dallaire est magistrale. Elle interprète les quatre femmes avec nuance et justesse. Si costumes et effets sonores sont utilisés, les accessoires ne surplombent pas le travail de l’artiste, qui ne s’appuie pas sur les apparats comme béquilles : on reconnaît chacune des filles à leurs postures, leurs intonations et leurs gestuelles. La métamorphose est là, sous nos yeux. 

Une proposition audacieuse qui surprend. Une fille en or, à voir absolument au Théâtre Denise-Pelletier avant le 24 septembre.

Image de couverture via le Théâtre Denise-Pelletier

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