Le Parti conservateur du Canada (PCC) a choisi son nouveau chef le 11 septembre dernier, en plein cœur de la campagne électorale québécoise. Les principaux partis dans la course au Québec ne se sont pas fait prier pour aborder le sujet! Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de Québec solidaire, a même qualifié le nouveau chef d’« émule trumpiste ». Donc, est-ce que Pierre Poilievre est le Trump du Canada?

Pourquoi Poilievre nous rappelle-t-il Trump?

Deux éléments permettent de rapprocher Pierre Poilievre de l’ancien président des États-Unis : l’approche populiste et le positionnement à droite de l’échiquier politique. Ça vous fait peur? Nous aussi.

Qu’est-ce que le populisme?

Le populisme est une idéologie de plus en plus en vogue qui consiste, en gros, à opposer le peuple aux élites et au système, et même à se nourrir de la haine du peuple envers les élites. Dans les campagnes qui s’appuient sur cette tactique, on voit souvent de grands rassemblements partisans, des foules en liesse, des politiciens et politiciennes vus comme des vedettes, des discours forts… Poilievre, près du peuple, s’inscrit très bien dans ce courant.

Comment oppose-t-on le peuple aux élites?

Les adeptes de l’approche populiste vont s’attaquer à des personnes, à des organisations ou à des idées représentant une certaine supériorité. Par exemple, les grandes entreprises, les milliardaires ou… les médias! Ceux-ci étaient d’ailleurs la cible favorite de Donal Trump, qui criait aux fake news dès qu’un journaliste osait le critiquer ou remettre en question ses politiques. Pierre Poilievre a adopté une vision semblable (mais plus posée) des médias. Tout au long de sa campagne à la chefferie du PCC, il a refusé les entrevues formelles avec les grands médias canadiens. La semaine suivant son couronnement, il a même déclaré la guerre aux médias après une conférence de presse qui ne s’est pas déroulée comme il le souhaitait.

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Pourquoi le populisme est-il souvent associé à la droite?

Le populisme peut être adopté par des politiciens et des politiciennes de toutes les allégeances, à gauche comme à droite. Mais ici, où on voyait peu ce courant, l’omniprésence de Donald Trump dans les médias depuis l’élection américaine de 2016 a contribué à associer cette approche à la droite. Le populisme de droite regroupe souvent des idéologies antisystèmes, et protectionnistes et vient défendre le peuple contre les élites économiques. C’est tout à fait conforme au slogan « Make America Great Again », qui a guidé le règne de Donald Trump. La promesse phare de Pierre Poilievre s’inscrit aussi dans ce courant : dès le début de sa campagne, il s’est engagé à faire du Canada l’un des pays les plus « libres » du monde.

Donc Pierre Poilievre est bien un politicien de droite?

En effet, Pierre Poilievre se positionne à droite sur l’échiquier politique, conformément au parti dont il est maintenant à la tête. Les idées que défend le jeune chef (il a 43 ans) sont conformes à son bagage politique, lui qui s’est toujours dépeint comme un véritable conservateur à l’extérieur du système établi et des élites qui le composent. Ainsi, durant la course à la chefferie du PCC, il n’a pas hésité à attaquer des institutions, dont le gouverneur de la Banque du Canada (qu’il a menacé de congédier) et CBC (promettant de cesser son financement), de très mauvaises idées qui ont par contre su rallier ses partisans. Homme de la classe moyenne élevé par une famille modeste, il se présente comme à l’opposé de Justin Trudeau, qu’il critique sans cesse pour sa gestion de la crise sanitaire, l’inflation et ses hausses de taxe.

Mais alors… qu’est-ce qui distingue Poilievre de Trump?

Donc oui, Poilievre a des opinions campées à droite, rejette les médias traditionnels et l’establishment politique, et voit son nom scandé par des foules dans de grands rassemblements partisans. Mais là s’arrêtent les parallèles avec Trump. Car Pierre Poilievre n’est pas un riche homme d’affaires prêt à dire tout et son contraire pour plaire (ce que Trump a fait!). Il a plutôt usé stratégiquement des codes du populisme durant sa campagne, ce qui s’est avéré un choix judicieux voyant les résultats; il a remporté la chefferie au premier tour, avec plus de 68 % des voix. Est-ce un politicien pour lequel nous aurions davantage envie de voter? Non.

Maintenant que Poilievre a conquis son parti, sa stratégie sera-t-elle suffisante pour déloger Justin Trudeau aux prochaines élections? Les électeurs du pays seront-ils convaincus par son style incisif et… populiste? Une chose est certaine : s’il ne change pas d’approche, il continuera d’être la cible de comparaisons avec l’ancien président des États-Unis, pour le meilleur, mais surtout, pour le pire.

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