Voyage

Partir, partir parce qu’il le faut.

Trop de travail, trop d’école. Pas assez de temps, pas assez de repos. Juste un gros sentiment de vide intérieur qui ne peut se combler que par une soif d’aventure inconnue.

Ça urge, ça presse! Prends ton sac à dos, ta petite pancarte où c’est écrit «destination : nulle part», va t’installer au bout de la route 132 et attends.

Il fait beau, pas de gros nuages en vue. Tu as du Pink Floyd dans tes oreilles, une galette aux raisins dans ta poche et un joint dans ta bouche. Tu dégages une puanteur de liberté. Même pas le temps de commencer Money, que déjà, quelqu’un s’arrête, descend sa vitre et demande à savoir où tu vas.

C’est une jeune personne et tu lui réponds : nulle part!

 

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Source de l’image : Unsplash

 

Tu n’as aucune destination précise ni aucun gros bagage apparent. Seulement deux paires de sous-vêtements, un kit de travail et ton imperméable sur le dos. Tu n’as vraiment pas grand-chose. Ton couteau suisse, qui te suit partout, est logé autour de ton coup. T’as presque l’air de sortir d’une autre époque, si ce n’était de tes écouteurs qui trahissent ton amour du progressif.

Tu sembles être sympathique! C’est ce que cette personne te dit, un sourire fendu jusqu’aux oreilles. C’est donc avec joie que tu embarques. Les premières minutes, vous jasez, vous discutez de tout et de rien.

Tu lui demandes ses pronoms. Iel. Heureuse coïncidence, toi aussi.

La conversation repart de plus belle. De si belle, qu’arrivez à Saint-Edgar, près de New Richmond, iel te dépose sur le bord de la petite Cascapédia.

La lumière demeure, la température reste clémente. C’est bon signe. Tu prépares ton hamac et sors tes couvertures pour dormir. Ça prend de la place tout ça dans ton Osprey. Puis, finalement, tu te retrouves seul.e.

Pleinement libre, pleinement bien, mais pleinement seul.e.

Ça ne te dérange pas. La solitude t’apporte une sérénité, une déconnexion bienfaisante. Aucune musique, excepté la nature qui vit d’elle-même.

Pourquoi cette incapacité à la respecter, la protéger? Tu ne comprends pas cette crise du béton où il faut couper des arbres, construire des autoroutes, des ponts, des tunnels, et ce, au détriment de tout. Détourner des rivières, créer des lacs, faire fondre les glaciers pour en reconstruire des artificielles. Toutes des modifications de l’homme, par l’homme, pour l’homme.

Tu te demandes quand ça va s’arrêter.

Quand est-ce que l’amour, le développement de soi, l’acceptation des différences deviendront-ils une réalité plus qu’un fantasme?

Le soleil se couche. Il fait noir. Tu sautes dans ton hamac et rentres dans tes couvertures. Il ne devrait pas pleuvoir ce soir, le ciel reste dégagé et les étoiles pigmentent timidement la voie céleste. Tu raccroches tous tes questionnements et tous tes doutes sur le babillard de pensée et tu contemples ce spectacle vivant.

Tu sors ta galette aux raisins. Enfin un bonheur maison qui ne dérange personne et qui ne blesse personne! Demain est une autre journée. Une autre aventure aléatoire à destination de nulle part avec de la musique plein la tête, des rêves plein le cœur et des bottines maganée en tabarnak.

Repose-toi et profites-en, pendant que tu le peux.

 

Source de l’image de couverture : Unsplash
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Emmanuel Victor Pilon

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