Faits Vécus

Chère instabilité émotionnelle : T’es pire que le monstre qui se cachait sous mon lit, lorsque j’avais 10 ans. Je te déteste.

Je te déteste parce que je veux créer des liens, des vrais. Moi aussi, je veux y goûter. J’y ai droit, non? Mais toi, tu ne veux pas. Tu ne veux pas, parce que tu as envie que les gens nous voient à jamais de la même façon. Tu veux qu’ils n’y voient que du feu. Que leur perception de nous s’arrête sur cette image : cette petite boule d’énergie toujours souriante, joyeuse et sûre d’elle.

Tu ne veux pas faire entrer à 100% les gens  dans notre vie, parce que tu as peur qu’ils nous voit différemment. Peur qu’ils s’aperçoivent que nous aussi, on a des failles. Que nous aussi, on a des sentiments. Peur qu’ils s’en servent pour nous faire du mal ou qu’ils nous quittent tout simplement. Peur qu’au fond, ils ne nous aiment pas vraiment. Qu’ils n’aiment pas la vraie version de ce que l’on est réellement. Qu’ils n’aiment que la surface. Alors, tu préfères leur en donner juste un tout petit peu. Juste assez, mais pas trop, afin qu’ils continuent d’y croire. À croire à ce rêve qu’on leur a si méticuleusement vendu.

Mais à long terme, ça devient épuisant. Ça devient fatiguant. Et donc, je finis par te laisser gagner. Et donc, je finis par délaisser. Délaisser peu à peu les semblants de liens qui je créais tranquillement. J’ai rapidement compris ton fonctionnement. J’ai compris que lorsque les gens en veulent plus, tu préfères qu’ils n’aient rien du tout. Alors moi, je perds à tous les coups.

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Source image : Unsplash

Je te le demande, s’il te plaît, arrête. Cesse. Cesse d’exister à l’intérieur de moi, une bonne fois pour toute. Toi. Oui toi, ma belle, pas si belle, instabilité émotionnelle. T’es un problème. Un méchant gros problème.

Encore plus que de tomber dans sa semaine rouge, au top de la grande roue. Pendant un bris mécanique. Lors d’une première date. Avec pas de tampon sur toi.

Tu me rends fébrile. Tu me rends folle. Tu me fais douter du doute.

J’ai beau être la fille la plus sociable, être un vrai moulin à parole (!!!), à cause de toi, je suis privée de toutes relations possibles. J’ai seulement droit à la surface. Aux connaissances. Aux chums de brosse. Aux small talk. C’est comme si tu me mettais sous le nez une tablette de chocolat, sans me donner la permission d’en manger. DONNE-MOI S’EN. S’il te plaît. Je te promets de faire attention et d’y aller doucement, avec modération. Mais j’ai beau essayer de te convaincre, au fond, tu le sais. Tu le sais que ce n’est pas possible. Tu le sais que si tu m’en donnes juste un peu, je la mangerai en entier et que j’en redemanderai toujours plus. Tu le sais que je risque de devenir incontrôlable. Tu le sais que pour moi, c’est tout ou rien. Tu me connais mieux que personne. Tu connais mon intensité et mon insécurité mieux que quiconque. Tu ne veux simplement pas que les autres aient accès à ces facettes. Et je te comprends. Je te comprends de ne pas vouloir qu’ils voient en moi, en nous, celle qui doute. Sans cesse. De tout. Celle qui a peur. De tout. Celle qui a de mauvaise journées. De mauvaises semaines. Celle qui n’est pas toujours rose. Celle qui pleure. Celle qui se plaint. Celle qui échoue.

Je me demande souvent à quoi tu me sers au fond. Et je me dis que tu dois être une sorte de protection. Mais une protection un peu malsaine. Un peu trop intense. Mais si t’es intense, c’est parce que je le suis aussi.

De toute façon, pour quelles raisons les gens auraient-ils envie de prendre des nouvelles de moi? Pourquoi auraient-ils envie de passer du temps avec moi? Pourquoi moi? Pourquoi me parleraient-ils? Pourquoi m’inviteraient-ils? Encore une fois : pourquoi moi?

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Ces questions s’empilent et tournent en boucle dans ma tête. Tout le temps. Encore plus qu’une chanson un peu trop quétaine de Taylor Swift. Ça résonne à un tel point, sans ne jamais cesser, que je finis par y croire moi aussi. Croire à cette idée. Celle que je ne suis pas assez bien pour personne. Et ça encore, c’est de ta faute. Alors lorsque quelqu’un finit par m’inviter, me parler, ou bien prend simplement le temps de s’informer, j’ai l’impression que ça sonne faux. Et grâce à toi ma chère instabilité, j’ai toujours mille et une excuses à leur donner, afin qu’ils croient que le problème : c’est eux. Tandis que toi, tu ne manques pas une occasion de me chuchoter à l’oreille que personne ne m’aimera jamais pour ce que je suis. Que tout est seulement une façade. Mascarade. Alors à quoi bon essayer, lorsqu’à mon oreille, une mélodie résonne toujours et encore plus fort :

ARRÊTE DE CROIRE QUE QUELQU’UN PUISSE UN JOUR T’AIMER.

Donc, après ce lavage de cerveau, lorsqu’un lien devient trop réel, lorsqu’il commence à nous ébranler un peu et que tu sens que j’ouvre petit à petit ma porte d’entrée, en amour comme en amitié : BANG, tu lui claques au nez. Il a beau faire tempête dehors, tu lui cries de toutes tes forces : RETOURNE CHEZ TOI ET NE REVIENS PLUS JAMAIS. Non mais WTFFFF! Pourquoi tu me fais ça??? Et tu me répètes toujours la même chose : parce que c’est mieux ainsi. Puis naïvement, je te crois. Ainsi, je commence à éviter cette personne comme la peste. À être sec. À être bête. Je lui montre que je ne veux plus de ce lien. Celui qui nous réunissait encore l’un à l’autre, il y a si peu de temps. Je lui fais savoir par tous les moyens que je ne veux plus d’elle dans ma vie.

mains, fond noir

Source image  : Unsplash

Et plus tard, je réalise et décide que j’en ai assez. Je veux enfin prendre le dessus. Le dessus sur toi. Je recommence donc à zéro. Avec de nouvelles personnes. De nouvelles rencontres. Mais le disque continue de tourner, toujours dans le même sens, sur les malheureuses mêmes chansons, et nous refaisons exactement les mêmes erreurs.

Que ce soit avec ma famille, mes proches, mes amis. Qui que ce soit : je suis instable émotionnellement.

Pourquoi ne me laisses-tu pas parler de que nous ressentons? Pourquoi coupes-tu les ponts avec ceux qui finissent par s’attacher à moi, à nous? Pourquoi ne veux-tu jamais que je parle de moi, de notre vie? De ce que nous aimons? Ou bien de ce que nous accomplissons? Tu n’y vois peut-être pas l’intérêt, mais moi si. Laisse-moi vivre s’il te plaît. Laisse-moi vivre pleinement.

J’imagine qu’on va y arriver, un pas à la fois. C’est déjà bien que tu me laisse t’écrire cette lettre, même si tu me contredis, en même temps que je l’écris.

Je devrais apprendre à t’apprivoiser.

Apprendre à t’aimer et à m’aimer.

À t’aimer au lieu de te détester.

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Marie-Soleil Lavoie

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