Faits Vécus

Pas TOUT le monde, juste certaines personnes ou certains groupes de personnes. Ce qui devait être une journée mémorable pour mes enfants et moi a fini en soirée de merde, de fatigue, d’écoeurantite. Je m’explique.

Mardi, deuxième journée de vacances. J’ai pris soin, la veille, de préparer nos valises avec plus de stock que nécessaire. Fidèle à mes habitudes de fille qui ne sait pas voyager, j’ai rempli ma méga valise de voyage jusqu’à ce qu’elle ne ferme plus. J’ai toujours peur de manquer de quelque chose quand je pars en vacances; manquer de quoi je ne sais pas, mais j’ai toujours été comme ça. J’ai comme peur d’arriver un soir et d’avoir envie de porter telle robe et de ne pas l’avoir apportée, et qu’à cause de cette robe manquante ma vie soit scrappée à tout jamais. Bref.

Mardi matin, je mets la valise dans l’auto, les vélos des enfants, mes patins à roues alignées, le chariot, la glacière et on part pour trois jours vers l’Estrie pour profiter des glissades d’eau et du zoo.

9h45, une heure quinze de route plus tard, on arrive à Bromont. J’aime bien cette montagne, l’hiver on y fait du ski mais l’été, on glisse dans les glissades d’eau. Beau petit mélange. Donc, on sort les trucs et on passe la journée à jouer dans l’eau, dans les vagues et on profite du beau temps. Il fait chaud et je me donne une petite tape sur l’épaule de faire vivre des activités comme ça à mes enfants. On est chanceux!

Vers 16h30 ils commencent à démontrer des signes de fatigue.« Maman j’ai faim! ». « Maman, on va tu à la piscine de l’hôtel? », « Maman on va tu au restaurant de poulet (notre St-Hubert préféré hihi) ». Alors je ramasse les petits, la glacière, les serviettes, les maillots mouillés. On se dirige vers la sortie, puis vers notre auto… qui n’est plus là!

PU DE CHAR!

parking stationnement autos coucher de soleilSource image: Unsplash

Même si le méga stationnement est rempli à craquer de voitures de toutes les couleurs, toutes les grosseurs, tous les modèles, la MIENNE, elle n’est plus là! Au début, je me dis que j’ai dû me stationner dans l’autre rangée. Ou un peu plus loin. Ou un peu plus près. Je marche de plus en plus vite. Mes enfants me suivent en courant, leurs petits visages rougis par le soleil et par l’énervement. J’essaie de démarrer le moteur avec la manette du démarreur à distance; aucun son. Le néant. Je sens le regard des gens sur moi qui semblent se dire: « regarde la folle qui ne se souvient plus où elle à stationné son auto »…

Après avoir fait les allées de nord en sud et d’est en ouest, je me rends à l’évidence: on me l’a volée!

J’appelle le 9-1-1. LE numéro qu’on ne veut jamais avoir à composer. J’essaie de garder mon calme, pour moi-même, pour mes enfants et pour le petit monsieur au bout du fil. Il m’écoute, me pose quelques questions (dont LA question « êtes-vous sûre de ne pas vous être stationné ailleurs dans le stationnement? »). Cinq minutes plus tard, une voiture de police déambule dans une allée, tran-quil-le-ment. Le policier me cherche et cherche mon véhicule. Il vient me demander de lui décrire mon auto et va faire un autre tour, juste pour être bien bien sûr.

Pendant ce temps là, je m’assois sur une grosse roche, et j’attends qu’il revienne. Mes enfants semblent inquiets. Mon quatre ans a mal au ventre, il pleure, il ne comprend pas pourquoi la voiture n’est plus là. Ma grande elle me flatte le bras, me fait des petits sourires du genre: inquiète-toi pas, je suis là. Quelques minutes et la voiture de patrouille revient. Mes enfants sont contents parce que tsé, un char de police c’est cool! Le policier prend ma déposition. Il me demande d’appeler mes assurances pour les prévenir du vol et pour prendre quelques informations pour son rapport. J’attends en ligne.

Votre appel est important pour nous.

J’attends.

Musique d’ascenseur.

J’attends.

Le policier décide d’aller s’informer à l’intérieur du bâtiment principal si des caméras n’auraient pas été installées dans le stationnement. Je finis par parler à un agent d’assurance. Première bonne nouvelle: ma franchise n’est pas trop élevée pour un vol. Good!

Il prend les infos nécessaires à l’ouverture de mon dossier. Il me pose des questions, je lui en pose. Le policier termine son rapport. Ça fait environ une heure que j’ai déclaré l’auto volée. Il me souhaite bonne chance pour la suite et quitte.

Il quitte.

Il me laisse seule avec mes deux enfants de quatre et sept ans, mon chariot et ma glacière. Je sens une larme qui coule sur ma joue sans que je puisse la retenir. Mais je ne me laisse pas abattre. Je vais appeller Desjardins pour faire annuler mes cartes, puis je vais appeller un taxi qui va nous amener à notre hôtel, demain je vais louer une voiture et je retournerai à la maison après être avoir visité le zoo comme prévu avec mes enfants.

désespoir triste femme découragementSource image: Unsplash

Mais c’est là que le monde a commencé à m’écoeurer.

Mes cartes sont toutes annulées. Il me reste 20$ sur moi, pas un sous de plus. Clairement pas assez pour me payer vingt minutes de taxi. J’appelle ma mère, elle me donne son numéro de carte de crédit pour que je puisse au moins partir de là.

J’ai appelé des compagnies de taxi.

NON!

J’ai appelé TOUTES les compagnies de taxi du coin. Je leur explique ma situation pour m’assurer que je peux les payer sans avoir la carte avec moi. Je prends la peine de tous leur dire que je suis seule avec mes deux enfants et que je viens de me faire voler mon auto.

PERSONNE n’a accepté.

PERSONNE n’est venu me chercher.

PERSONNE!

Trop compliqué sans la carte en main, trop loin, trop toute! Même mon amie qui est vendue Uber n’a pas réussi à me trouver un UberX qui viendrait me ramasser avec ma marmaille.

Le parking se vide tranquillement. Il est 18h00, c’est l’heure de la fermeture des glissades d’eau.

Je suis là, toute seule avec mes minis. Je ne veux pas déranger personne, on habite tous loin, alors je continue de chercher une solution.

Mon amie, qui habite à 1h45 de là, n’hésite pas une seconde: je m’en viens te chercher, bouge pas! Quand elle me dit ça, il est 19h30.

Bouge-pas!!!!! Je ne bouge pas!

On attend. On squatte le devant de l’hôtel pas loin des glissades d’eau. Un bel hôtel! Les gens qui passent devant nous sentent bon, ils sont habillés chic. Nous on mange les restants de sandwichs au jambon et de cubes de fromage. Je regarde les photos que j’ai prises durant notre belle journée au soleil. La première, c’est nous trois, dans l’auto avant de partir ce matin. Un petit selfie avec en arrière plan les guidons de deux petits vélos d’enfants.

Des vélos d’ENFANTS!

Le gars, le voleur, le tas de merde qui a volé mon auto, quand il s’est reculé de la place de stationnement, il a vu des vélos pour enfants et il s’est dit « Ouais! Belle prise mon gars! ».

Sérieux? Lui, il m’écoeure, puis pas à peu près!

Enfin, je vois la lumière au bout du tunnel. Mon amie arrive! Je la serre dans mes bras comme si je ne l’avais pas vue depuis mille ans (et comme si le Covid-19 n’avait jamais existé).

On arrête chercher un café. Le caissier me donne une carte fidélité et me dit: « tu peux la garder dans ton portefeuille, après cinq cafés tu en as un gratuit! » Je pars à rire! J’en n’ai plus de portefeuille.

portefeuille argent monnaieSource image: Unsplash

Bon ça, je le garde pour moi.

Sur le chemin du retour, je re-raconte ma journée de A à Z à mon amie même si je l’avais déjà fait au téléphone parce que ça me fait du bien. Mes enfants s’endorment environ trois minutes après le départ. La noirceur s’installe. On approche de ma maison. J’ai comme une impression de quand on revient de voyage, après une semaine on dirait que la rue a changé, que les maisons ne sont plus pareilles. Mes enfants se réveillent d’eux-mêmes et vont se blottir, habillés, dans mon lit et s’endorment avant même de poser la tête sur l’oreiller. Moi j’angoisse. Et si le voleur était arrivé avant moi et se cachait quelque part, dans un garde-robe? Il a mon adresse et il sait très bien que je ne suis pas à la maison. Je fais une femme de moi et je fais le tour de toutes les pièces, de tous les dessous de lits et je m’assure que chaque fenêtre est bien barrée.

Je prends une douche chaude. Je pense à ma journée et aux prochaines qui vont se résumer à remplir de la paperasse, me battre avec des assureurs pour récupérer ce qui m’est dû mais qu’ils ne voudront pas me rembourser. À magasiner une nouvelle auto. À raconter mon histoire à qui voudra bien l’entendre.

À magasiner des nouveaux vélos d’enfants et à consoler un petit gars qui s’est fait voler son toutou de Spider Man.

Oui, aujourd’hui, le monde m’écoeure.

PS merci à mon amie puis tous ceux qui m’ont offert de venir nous chercher.

2e PS: Si vous voyez une valise mauve ou des petits vélos qui trainent, faites-moi signe, c’est à nous!

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Marie Claude Delage

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