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« NI SUR LA POINTE DES PIEDS, NI COMME UN BULDOZER »

Voix puissante et discours émotif, c’est dans cet état d’esprit qu’Isabelle Boulay a accueilli les journalistes mardi soir lors de son lancement d’album, un projet qu’elle chérissait depuis plus de 20 ans, celui d’un album de Noël. Un mélange de reprises et de chansons originales, dont l’une d’entre elles est écrite par Les Sœurs Boulay. J’ai eu l’honneur de pouvoir m’assoir avec Isabelle et de parler avec elle comme on le ferait avec n’importe quelle femme, le tout munies d’un verre de vin. Livre ouvert, je dirais, femme libre et forte, mère et amoureuse; sa place au sommet, elle la mérite et ça ne se questionne pas!

Alors, quelles questions peut-on poser à une icône de la chanson québécoise? Détentrice de 19 Félix et de 2 Victoires de la musique, cette artiste que le Québec connait si bien et qui a joué dans presque tous les salons a beaucoup de jasette, et c’est tant mieux!

isabelle boulay en attendant noel

Commençons par parler un peu de En attendant Noël, quel était, selon toi, le défi musical de cet album?

« Faire un disque soyeux, intime et qui ne soit en aucun cas une caricature de chansons de Noël!

Ça me fait penser à Coco Chanel qui disait tout le temps qu’on en met, pour finir par en enlever et en enlever. Il faut apprendre à détruire ce qu’on a fait et apprendre à se laisser émouvoir par quelque chose qu’on n’avait pas forcément pensé voir. Tout le monde est au service de l’oeuvre. La chanson va parler de toute façon! »

Tu parles beaucoup des gens avec qui tu travailles, est-ce qu’il y a des musiciens qui ont fait la différence dans ton album?

« Tous les musiciens ont fait la différence, beaucoup de musiciens avec qui je travaille déjà depuis un moment. Il y a Jean-Sébastien Fournier, un pianiste que j’avais rencontré au Festival en chanson de Petite-Vallée, il est venu travailler sur mon disque et ça a été fabuleux. Je ne pensais jamais être avec quelqu’un et ne pas avoir à expliquer ce que je voulais. »

Quel rôle joues-tu lors de la réalisation d’un de tes albums?

« Je produis mes disques moi-même et c’est sûr que je n’épargne pas les moyens! Je me dis que je veux vraiment quelque chose de beau, je veux de la qualité et c’est ça que j’ai envie d’offrir aux gens. Je suis une interprète dans l’âme et je suis entourée de tellement de gens talentueux qui écrivent les chansons de mes albums. Si j’ai les mains pleines de cadeaux et que je n’ai personne avec qui partager ça, ça ne sert à rien. Ma joie vient vraiment de passer ce que j’ai reçu à d’autres. »

Tu es une artiste polyvalente, est-ce que tu aurais un intérêt pour la réalisation musicale?

« Je savais déjà que je voulais faire réaliser mon album de Noël par Marc Pérusse avec qui j’avais déjà travaillé sur l’album Chansons pour les mois d’hiver. Avoir un réalisateur pour une interprète, c’est d’avoir la possibilité d’avoir quelqu’un à côté de soi qui pourra traduire aux musiciens et aux arrangeurs le langage que tu souhaites prendre pour parler dans ton projet. Le langage musical, c’est le paysage. Je suis tellement entourée de gens talentueux pour le faire! »

isabelle boulay en attendant noelisabelle boulay en attendant noel

Un peu de féminisme musical pour commencer les fêtes en beauté? Qui dit article par Julie, dit pas mal toujours un peu de féminisme. En voguant moi-même dans le domaine musical cet été, je n’ai pas pu m’empêcher de voir le sexisme qui malheureusement le peuple depuis trop longtemps. L’idée d’avoir l’avis d’une icône musicale féminine québécoise a un peu transporté notre conversation vers un pep-talk assez pertinent que je me dois de vous partager!

T’es-tu déjà sentie petite face aux hommes de l’industrie?

« Je plains celui qui va me faire sentir petite, du haut de mes 4 pied 11! », dit-elle en riant. « Ça ne veut pas dire que je n’ai jamais été dans ma vie dans des situations où des hommes tentaient de prendre le pouvoir sur moi. Et ça, ça ne marche jamais, je ne dis pas que je suis infaillible, mais ça ne sera pas possible que ça arrive! »

D’où te vient cette force de caractère? Parce qu’on peut s’entendre que ce n’est pas facile d’arriver à exiger le respect!

« J’ai eu un père très exigeant qui m’a élevée comme si j’étais un garçon et une fille à la fois. Mon père ne me laissait passer aucune faiblesse. Il m’a élevée pour faire face aux hommes, il les connaissait, il en était un. Ma grand-mère paternelle, Émilia Perron, me prenait toujours la main, me pressait entre le pouce et l’index, elle me regardait dans les yeux et me disait : « Promets-moi de ne pas te faire vivre par un homme, que tu vas faire un métier et que tu vas faire ce que tu aimes. »  Elle me disait que j’allais peut-être devenir une actrice ou une chanteuse! Elle écoutait toujours le pape ou Dolly Parton, et un jour, je me suis ramassée à Nashville pour chanter un duo avec cette dernière. Je me suis dit que c’était la force que cette femme-là m’a donnée qui m’a portée jusqu’ici! »

Ton conseil pour pouvoir arriver à avoir de belles relations avec les hommes dans le domaine?

« Y’a une chose qu’on oublie souvent, c’est que les hommes ont une faiblesse attendrissante, il doivent d’abord sentir qu’on les aime. Donc, entre dans ton espace et aime-les, ils vont t’aider terriblement en retour. J’adore travailler avec des femmes, mais forcément c’est un métier où il y a beaucoup plus d’hommes parce que ce n’est pas nécessairement un métier confortable pour les femmes. »

Les femmes qui vont à l’école en musique, c’est autour de 50% et les femmes qui vont performer dans les festivals, c’est parfois aussi bas que 10% dans certains festivals. Pourquoi est-ce que tu penses que c’est si difficile de faire sa place comme femme en musique?

« On est plus exigeant envers les femmes qu’envers les hommes dans le milieu. Dans la nouvelle génération de chanteuses, un truc se dégage et les femmes sont moins dans la tyrannie de l’image. »

Mon rêve serait un jour de rentrer sur scène

avec les mêmes vêtements que je répète.

Mais c’est moi qui ne suis pas encore capable de le faire!

« C’est important pour moi, et en même temps, c’est une difficulté, l’image prend tellement de place des fois. Il ne faut pas vieillir, il ne faut pas grossir. Il faut pas, tsé! C’est comme un statement, c’est de choisir que oui, je suis une chanteuse, je suis une mère, j’ai eu un enfant et j’aime manger, ça paraît. J’aime vivre et ça paraît! J’pense que c’est beaucoup plus important ça, tu transportes plein de chose dans ta voix, et aussi ton plaisir de vivre. Je ne suis pas réfractaire à ce qui peut embellir une femme, mais parfois je suis peut être juste un peu moins courageuse que certaines. Plus courageuse ou moins, je ne sais pas comment on le voit! Moi je suis égalitariste. Une féministe qui ne pourrait pas se passer des hommes. »

Quels conseils donnerais-tu à une jeune femme se lançant dans le domaine aussi?

« Il faut forcer la porte. J’ai forcé les portes. Le pouvoir est à l’intérieur de toi, si tu entres là parce que c’est ta place et ton moment, ils vont forcément te respecter parce qu’ils vont le sentir.

Il faut entrer ni sur la pointe des pieds, ni comme un bulldozer! »

Et, pour terminer, ça serait quoi notre vision du succès, lorsqu’on est déjà Isabelle Boulay?

« Ça, c’est une bonne question, ma vision du succès, c’est d’avoir créé avec le public un lien de confiance. Que ce soit le public québécois ou français. À chaque fois, les gens reviennent et embarquent dans ce que je propose, même si c’est une aventure nouvelle. Ça, pour moi, c’est vraiment précieux. J’ai commencé ma carrière assez tôt, je ne suis pas très veille pour la carrière que j’ai. Mon lien avec le public, c’est un fil que je ne veux jamais voir se briser. »

isabelle boulay en attendant noel

Isabelle est une force, c’est évident. Il suffit de la voir arriver et se mettre sur scène, devant toutes ces caméras qui cliquent et cliquent, pour se dire qu’il faut un focus d’enfer pour arriver de tenir des notes aussi longues, sous autant de regards numériques.

C’est dans cette optique de partage qu’elle s’adresse à son public lorsqu’elle prend le micro. Plus qu’une interprète, Isabelle est une entrepreneure. Une femme de tête, forte et singulière.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, j’écouterai sa version de White Christmas en décorant mon sapin cette année. Parfait cadeau pour vos professeurs, vos mamans, vos sœurs, votre party de bureau pis, pourquoi pas, vous aussi! Disponible à partir du 22 novembre. Ça sent les fêtes!

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Julie St-Georges

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