Faits Vécus
La célèbre Glennon Doyle parle de la vulnérabilité comme étant la clé de l’affranchissement contre la honte qui ronge l’âme. J’ai longtemps ignoré le sens de ce terme alors qu’au fond, il représente la clé pour guérir la relation que nous entretenons avec notre propre conscience. Je pense que la majorité des femmes apprennent très jeunes à ne pas exprimer leur côté vulnérable par peur d’être jugées faibles ou pleurnichardes. Les hommes sont socialisés pour ne pas démontrer leur vulnérabilité et toujours rester forts et solides devant l’adversité et les aléas de la vie. On pourrait penser que l’on permet plus aux petites filles d’exprimer leurs émotions et leur sensibilité, mais je crois que notre société axée sur la productivité et le perfectionnisme exige des femmes d’afficher une fausse sensibilité. Rien de trop intense ou de dérangeant, juste une mignonne petite larme à l’occasion pour montrer que l’on s’émeut devant les chorales d’enfants. Mais la vraie vulnérabilité, celle des cœurs écorchés qui s’ouvrent à nue… celle-là, personne ne veut l’entendre, elle crie trop fort et elle fait peur.
fleurs glace froid
Source de l’image : Unsplash
Les filles atteintes de troubles alimentaires ont une relation malsaine avec leur côté vulnérable. Elles ont honte d’exister telles qu’elles seraient vraiment si elles laissent leur corps parler et demander ce dont il a vraiment besoin: de la nourriture, du repos, de l’amour. Les filles anorexiques crient leur vulnérabilité à travers leur corps maigre, mais leur attitude exprime souvent le contraire: elles sont amères, sèches et contrôlantes. Elles ne veulent pas d’aide, elles ont appris à se débrouiller toute seule, à tout gérer par elles-mêmes. Elles ont atteint la perfection que la société exigeait d’elles: elles ont tellement performé qu’elles sont parvenues à faire fondre leur corps pour qu’il atteigne le standard presque inaccessible dont toutes les femmes semblent rêver. La souffrance vécue pour accomplir “cette prouesse physique” n’est même plus ressentie tellement elle fait partie de leur âme et de leur personnalité maintenant. La maladie leur a fait croire que les douleurs quotidiennes, les pensées destructrices et les organes qui se dégradent ne sont que de petits sacrifices pour devenir l’idéal de perfection qui enfin leur amènera la reconnaissance des autres.
mince corps nu
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 Les femmes qui souffrent d’anorexie savent que le jour où on les obligera à guérir, elles n’auront plus leur minuscule corps osseux pour crier aux autres: « regardez comme je souffre pour être parfaite comme vous me l’avez exigé! » Elles devront alors faire l’effort d’être véritablement vulnérables à travers leurs paroles et leur personnalité. De tolérer la prise de poids, le gras sur leurs organes, les commentaires des gens autour, le sentiment d’avoir échoué à leur plan divin d’atteinte de la perfection physique. Même si cela leur amène un sentiment profond de honte d’exister telles qu’elles sont: imparfaites et vulnérables. Personne n’aurait envie de délaisser cette armure. Mais, au final, ce n’est pas un choix, car leur corps a été abusé et blessé pendant des années par leurs comportements et il crie à l’aide. C’est là tout le travail qu’elles auront à faire pour guérir et vivre. Ressentir de la compassion pour elles-mêmes et envoyer promener les diktats de minceur et de perfection de la société de performance dans laquelle nous élevons nos petites filles.
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Laurence Lussier Locas

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