**Traumavertissement : troubles alimentaires
L’anorexie, c’est comme un gouffre de solitude rempli de pensées extrêmement violentes dans lesquelles tu patauges 24 heures sur 24. C’est une attaque constante à ton estime de toi, ta valeur, ton identité.

Malheureusement, notre système de santé te laisse t’en sortir presque seule.

Ton médecin te dira que chaque problème dont tu lui parles se réglera magiquement quand tu prendras du poids, mais juste 15 livres, pas plus ! Comme si ton corps savait s’arrêter à un chiffre précis. Au-delà de ça, tu deviens grosse et tu as échoué ta guérison ?
Une nutritionniste te fera un plan ambitieux et te demandera ton poids chaque deux semaines. Ça va beaucoup t’aider à ne pas devenir obsédée par le chiffre sur la balance.
On te dira de consulter une psychologue spécialisée en troubles du comportement alimentaire, mais tes assurances ne paieront que quelques séances pour entamer un processus qui nécessitait un suivi serré plusieurs fois par semaine.

De toute façon, plus personne ne s’inquiète. La nouveauté de la maladie s’est estompée.

Tu n’es pas sur ton lit de mort. Tu manges « bien » et des portions « normales » selon tes proches. Ils ne savent pas que chaque calorie que tu as coupée depuis le début de ta maladie exige que tu te nourrisses abondamment et probablement beaucoup plus que la moyenne des femmes de ton âge. Que tu pourrais manger sans arrêt toute la journée et que ce ne serait jamais assez pour arrêter de penser à la nourriture après des années à compter chaque calorie ingérée.
Tu as arrêté l’exercice intense parce que ton corps n’était plus capable de toute façon. Tout le monde pense que c’est parfait ainsi. Ils ne savent pas que tu n’arrêtes jamais de bouger une seconde dans la journée parce que l’idée que des kilos viennent se greffer à ton corps te hante constamment. Ils appellent ça le low level movement. Ça atteint le plus haut niveau d’obsession dans ta tête.
Chaque jour, les efforts mentaux que tu fais pour combattre les pensées restrictives se butent à des conseils sensés pour la population en général, mais complètement à l’opposé de tes objectifs.
Tu as constamment mal à chaque centimètre de ton corps : on te suggère de couper le sucre pour réduire l’inflammation de tes articulations.

Tes intestins ne fonctionnent plus

La gastro-entérologue bien intentionnée n’a pas lu ton dossier et te suggère de faire du jogging.
On te propose même de guérir ta relation avec ton corps en te lançant dans les concours de fitness, pour grossir tout en muscles, question de devenir obsédée par les macronutriments.
Bombardée de What I eat in a day sur YouTube et d’histoires de guérison magiques grâce au véganisme, tu te demandes si le seul moyen de vraiment guérir serait de vivre enfermée dans le fin fond de la forêt avec ton chien. Parce que ton chien, il a hâte de se coller sur toi et d’être confortable, pas de se buter à un paquet d’os. Alors, tu continues ta lente guérison solitaire.
Image de couverture par Kristina Tropkovic

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