Parfois ça prend des histoires terriblement tristes pour faire avancer notre société. Souvent bien inconsciemment on applique des processus psychologiques sans le savoir, sans le vouloir. Les premières lignes de ce texte sont rudes et très dures, malheureusement remplies de violence, pour lecteur averti seulement, mais si tu vas jusqu’au bout, la prochaine fois tu sauveras peut-être une vie.

Elle s’appelait Kitty.

Elle travaillait dans un bar et son rêve était celui d’ouvrir son propre restaurant. Kitty adorait la musique Latino.

Le 13 mars 1964, Kitty Genovese fut violée et assassinée en pleine rue à New York. Plusieurs personnes habitant le quartier ont entendu ses appels de détresse, sa souffrance. On se dit tous : « mon dieu j’y serais allé en courant l’aider cette pauvre fille ».

Une douzaine de personnes ont entendu sa douleur, mais personne ne lui a porté secours. Ses cris se sont essoufflés dans la nuit, ses cris se sont transformés en silence. Elle décéda, sans un songe, seule sans être vraiment seule. Elle décéda dans la nuit, d’une mort atroce et violente. Après deux attaques et neuf (9) coups de poignard, son assassin Moseley mentionna qu’elle n’a plus crié. Elle n’a plus fait que gémir.

De la douzaine de personnes qui avaient entendu ses appels à l’aide, aucune n’est intervenue évoquant parfois le : « je ne veux pas être mêlé à ça », « je ne sais pas pourquoi je n’ai pas porté assistance », etc.

Plus tard, on apprendra aux gens de New York que lorsqu’ils sont victimes d’un crime, ils doivent crier au feu, plutôt que de crier à l’aide. Une personne habitant dans le quartier croira peut-être que c’est son chez lui qui est en feu, la personne agressée ou en quête de secours aura alors, peut-être la chance d’être assistée ou l’agresseur sera peut-être dérangé.

Plusieurs études suivront sur l’apathie du témoin, ces études démontreront que notre propension à porter assistance est inversement proportionnelle au nombre de personnes sur place. Plus des gens seront en contact avec une personne en détresse, moins elles seront nombreuses à porter assistance!

Complètement fou vous me direz! C’est un fait.

C’est un phénomène de dissolution. Plus il y a de gens, plus on se dit que sa responsabilité est partagée entre les individus, bref quelqu’un d’autre agira.

Novembre 2021

Je suis instructeur de premiers soins depuis déjà quelques années. En route pour le boulot, je roule direction Est sur le boulevard Lebourgneuf. Arrêtée à la lumière rouge derrière quelques voitures, je vois l’arrêt d’autobus au coin et un homme couché par terre de tout son long. Bien que la pauvreté n’ait pas d’adresse, nous ne sommes pas au milieu de St-Roch où c’est plus fréquent de voir des gens en situation d’itinérance.

Chaque chauffeur immobilisé à la lumière l’a bien vu. Chaque chauffeur regarde maintenant droit devant, comme si des œillères avaient maintenant recouvert leurs yeux.

Chaque personne porte désormais sur ses yeux cette patch en cuir qui bloque notre vision périphérique.

Je connais bien le phénomène d’apathie du témoin. J’arrête ma voiture à la hauteur de cet homme, je lui brasse légèrement les épaules. J’hésite entre il est ivre ou en coma diabétique. Mais finalement, mon diagnostic n’a aucune importance, je ne suis pas médecin. Mon seul rôle est de lui porter assistance comme si c’était ma mère, mon chum, ma fille, mon ami.

L’apathie, c’est l’impossibilité d’agir, d’être ému. Mais si c’était une personne que tu aimes, tu agirais ?

Cette personne devant toi, qui a pris le décor avec sa voiture, qui est tombée au centre commercial, qui s’est étouffée au restaurant, est certainement quelqu’un aimé par quelqu’un d’autre. Tu voudrais qu’on te vienne en aide ? Créez ton propre karma !

La prochaine fois que tu vois quelqu’un en difficulté, porte-lui assistance ! Ça te reviendra.

Maintenant que tu connais ce phénomène psychologique, tu seras définitivement en mesure d’utiliser ton bon jugement et ton empathie.
Image de couverture via Unsplash

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