Sport & Santé

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu essayer le surf. J’en ai fait une fois au Portugal et depuis, je rêve sans cesse à la prochaine fois où je pourrai tenter de chevaucher une vague ou essayer de me tenir debout sur une planche. Mais est-ce possible de trouver une vague naturelle sans devoir s’exiler à Hawaii ? Et oui ! Dans l’arrondissement LaSalle à Montréal, il existe un endroit où l’on peut faire du surf de rivière grâce à vague créée par les rapides du fleuve Saint-Laurent. Adrénaline, me voici !

Alors, par l’entremise d’un cours d’initiation au surf de rivière donné par l’entreprise de tourisme d’aventure KSF, j’ai essayé pour la première fois de dompter la fameuse Vague à Guy, une vague stationnaire située près des berges du parc des Rapides. Cette vague est très populaire auprès des surfeurs locaux (ben oui, y’en a au Québec) et des amateurs voulant tenter l’expérience comme moi. Il est important de mentionner que même si le cours d’initiation au surf de rivière est offert aux débutants, il est impératif de non seulement savoir nager, mais aussi d’être confiant en eau vive, car la Vague à Guy est également reconnue pour son courant assez puissant.

En arrivant sur le site de KSF, on nous accueille puis on nous propose de louer une combinaison isotherme (facultatif) ainsi que des bottillons en néoprène (obligatoire). J’opte pour une combinaison isotherme arrivant à mi-bras/mi-cuisse, car attendre son tour sur la berge toute mouillée avec le facteur vent peut déranger les frileux. De plus, on fournit à notre groupe une planche, un casque et une veste de flottaison pour chacun d’entre nous. Notre groupe est composé de quatre personnes et le cours est d’une durée de trois heures.

Ensuite, notre sympathique instructeur prénommé Jo nous amène avec nos planches dans un secteur d’eau calme pour nous montrer les techniques de bases du surf de rivière, sans oublier les règles de sécurité. Comment se positionner sur sa planche, comment bien pagayer, quoi faire si l’on tombe de sa planche, comment remonter dessus sans gaspiller de l’énergie, etc. Le soleil est rayonnant, le ciel est bleu, l’eau est étonnamment bonne. La journée est idéale pour s’initier à ce sport nautique.

 

cours surf de rivière

Source : Eva Blue

 

Par la suite, notre groupe se déplace en amont avec nos planches vers le sweet spot, la Vague à Guy. On marche un bon cinq minutes parallèlement à la piste cyclable du parc environnant. À notre gauche, on peut apercevoir l’eau et les rapides. Les papillons commencent à se faire sentir dans mon estomac. Ça fait longtemps que j’attend ce moment. Je n’avais pas réussi à me mettre debout sur ma planche au Portugal et j’avais rushé ma vie. Aujourd’hui, j’ai la ferme intention de prendre ma revanche sur la planche.

 

groupe de surfeurs de rivière

Source : Alexandra Côté-Durrer

 

Enfin, on arrive à la Vague à Guy. Il y a sur les berges près de la vague deux entrées et deux sorties aménagées pour les surfeurs. On descend à la deuxième entrée située un peu plus loin de la première afin d’avoir une plus grande marge de manœuvre lors de notre entrée dans l’eau. Étant donné la grande popularité de la Vague à Guy, il est presque inévitable de retrouver une file de surfeurs attendant leur tour pour chevaucher cette vague éternelle. En raison des conditions idéales cette journée-là, il devait y avoir au moins une trentaine de surfeurs dans les files des deux entrées, des hommes et des femmes pour la grande majorité de moins de 30 ans. Les règles non écrites pour le passage sur la vague sont simples : on alterne un surfeur par entrée, on respecte l’ordre dans la file, deux minutes maximum.

 

surf de rivière Vague à Guy

Source : François Roy-Archives La Presse 

 

Les vagues ont l’air fortes et le courant est puissant, mais cela n’intimide aucunement les habitués, qui se faufilent sur la vague puis se lèvent avec une aisance pouvant rendre jaloux les novices comme moi. Je les admire de loin en attendant mon tour. Cela à l’air si facile quand on les regarde. Ça y est, c’est à notre tour ! Jo l’instructeur s’aventure le premier vers les rapides, puis aidera tour à tour chacun d’entre nous à venir le rejoindre à l’aide de signes pour nous guider (avance/pagaie/arrête/dirige ta planche). Si l’on réussit à se rendre à côté de lui dans la vague, il attrapera notre planche pour qu’on essaie de se mettre à genoux ou de se lever, pour les plus audacieux. Si l’on rate notre coup, on doit ramer sur notre planche vers la première ou la deuxième sortie de la berge.

 

KSF surf de rivière

Source : Eva Blue

 

Je suis tellement nerveuse, mais en même j’ai tellement hâte. Je vois les deux autres membres de mon groupe s’essayer vers la vague. Les deux manquent de peu de rester dans la vague, mais cette dernière prend le dessus sur eux et les fait tomber de leur planche. Oh my god, c’est à moi. Je monte sur ma planche pour tout de suite tomber à l’eau en raison de mon manque de stabilité. Eh boboy. Tout se passe tellement vite, le courant m’emporte dans les vagues, puis derrière les vagues. Je dois faire appel à toute ma force pour remonter sur ma planche et pagayer vers la berge. Le courant est plus fort que moi, j’ai beau nager, je n’arrive pas à m’approcher des berges. Enfin, j’arrive dans un secteur plus calme et je réussis à m’approcher de la deuxième sortie. Mon cœur bat fort, je suis essoufflée et j’ai mal à la plante des pieds à force de marcher sur le fond marin rocheux. Je suis crevée et j’adore ça. Je n’ai qu’une envie : recommencer et faire mieux.

Après chaque sortie, il faut remonter la berge avec sa planche et revenir à l’entrée. Plusieurs spectateurs s’attroupent près des berges et observent les surfeurs aguerris en train de faire leurs manœuvres. Plusieurs d’entre eux me regardent au passage lorsque je marche pour retourner à l’entrée. Ils me regardent avec un air impressionné, alors que je marche en tenant ma planche, mouillée et essoufflée. Dans ma tête je me dis Ne vous méprenez pas, je suis une «newbie» à chier. Avec le recul, je comprends qu’ils admirent le courage avec lequel les surfeurs s’aventurent dans ces rapides, qui peuvent s’avérer dangereux.

À ma deuxième tentative, je réussis mieux mon entrée, mais je ne retourne pas ma planche à temps et je suis encore renversée par la puissance de l’eau. Je ne me décourage pas. Pense au film Blue Crush, pense au film Blue Crush, me dis-je. À ma troisième tentative, je réussis bien mon entrée, j’arrive à côté de Jo, mais je ne pagaie pas assez fort et je suis (encore) ramassée par la vague. Néanmoins, j’ai décroché une petite réussite en m’assoyant quelques secondes sur mes genoux sur une vague moins forte derrière la vague principale. Yé ! Cela ne paraît pas à première vue, surtout quand on regarde les pros à l’œuvre, mais le surf, c’est épuisant. Tous les muscles des bras et du haut du dos sont sollicités à fond, sans oublier le cœur qui pompe.

surf de rivière

Source : TC Media Archives

 

À ma quatrième et dernière tentative, je réalise encore une belle entrée, mais la force du courant me déstabilise facilement, ce qui me fait encore tomber de ma planche. Le temps a passé tellement vite que je ne me suis pas aperçue que les trois heures s’étaient déjà écoulées. Ainsi donc, Jo l’instructeur nous indique de nous laisser porter par le courant sur notre planche pour revenir près du site de KSF. Jo me demande mes impressions sur l’activité. Je lui réponds que j’ai eu énormément de plaisir, même si je n’ai pas réussi à me lever sur ma planche et que maintenant je connais le sentiment d’être prise dans une machine à laver. Il me rassure en riant et m’apprends que le taux de gens qui réussissent à se lever lors du cours d’initiation au surf de rivière est de l’ordre d’environ 15%. Bon, au moins je sais que je suis dans la moyenne.

D’ailleurs, aucun des gens de mon groupe n’a réussi à prendre la vague ou à se lever Au cours des trois heures à la Vague à Guy, une personne s’est déboîtée l’épaule et une fille dans mon groupe a reçu sa planche en plein sur l’os du nez, ce qui lui a provoqué un saignement de nez important, au point où elle se demandait s’il était cassé.

Comme disait Dumbledore dans Harry Potter et la Coupe de feu, «Ces épreuves ne sont pas pour les froussards», et le surf de rivière en fait partie. Le courant est puissant et peut rapidement prendre le dessus sur nous. Tout se passe très vite, ce qui donne peu de temps pour réfléchir. Les dangers liés au surf de rivière sont réels, alors il ne faut pas se méprendre en pensant que c’est comme aller à la piscine à vague. En ce moment même, je suis courbaturée à souhait et j’ai quelques bleus et égratignures sur les jambes. Cela fait partie de la game.

Le surf de rivière est une activité estivale ludique et amusante à souhait, lorsqu’on est bien encadré. C’est un sport gratifiant qui nous permet d’être connectés à la nature et de repousser nos limites. De plus, les surfeurs que l’on a côtoyés à la Vague à Guy étaient tous compréhensifs et encourageants envers les débutants. Cet esprit communautaire est l’une des forces de ce sport.

Je n’ai pas pris ma revanche sur la planche à la Vague à Guy. Toutefois, je ne suis pas du genre à abandonner. J’aurai un jour mon moment Blue Crush.

Source image de couverture : KSF
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Audrey Pilon-Topkara

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