Je me souviens de ce « coup de foudre » félin comme si c’était hier. C’était il y a quelques années, lors du premier lundi de nos vacances d’été ; il était neuf heures du matin et mon chum et moi traînions au lit à perdre notre temps sur nos cellulaires…

Un site web listant les différents refuges animaliers de la région est apparu un peu par hasard sur mon écran d’accueil. Et c’est à ce moment que je l’ai vu, lui… Abuelo.

Son nom signifiait « grand-père » en espagnol

Il avait huit ans et il était offert en adoption humanitaire à la SPCA locale. À ce moment, je ne savais pas ce que signifiait ce genre d’adoption : je comprendrais par la suite que cela désigne les animaux séniors et/ou les animaux ayant besoin de soins particuliers.

Il y avait longtemps que je souhaitais adopter un deuxième chat. Je le souhaitais âgé, question de donner une seconde chance à un animal. Je l’imaginais aussi rond, roux et aimant. Et voilà qu’il me regardait à travers l’écran ! J’ai contemplé sa photo encore et encore… C’était déjà mon chat. Vite, il me fallait arriver au refuge avant que quelqu’un d’autre ne le voit !

Nous étions à la SPCA dans l’heure qui suivait. J’espérais de tout cœur que mon chat s’y trouvait encore… « On a des visiteurs pour Abuelo ! » avait crié vers l’arrière le jeune homme à l’accueil, avant de demander de faire préparer sa cage. Et pendant que nous attendions dans l’entrée, quelques familles ont eu le temps d’arriver au refuge et d’en repartir bredouilles. Toutes posaient la même question au jeune employé…

« Avez-vous des chatons ? »

Ces personnes se souvenaient-elles que les chatons ne le sont véritablement que pendant quelques mois ? Un chat adulte a aussi tellement d’amour à donner… Je ne pouvais m’empêcher de penser à la grande majorité des chats qui avaient le malheur d’être déjà adultes — ou pire, âgés — lorsqu’ils étaient abandonnés ou retrouvés. Au moins j’allais donner une chance à l’un d’entre eux.

Après encore un peu d’attente, quelqu’un est venu nous chercher et nous avons enfin pu aller rencontrer notre nouvel ami. On m’a dit que je pouvais le prendre dans mes bras, ce que je fis aussitôt. J’ai été surprise par son poids : 16 lb, quand même ! Je portais un t-shirt bleu foncé ; en deux secondes, il était jaune. Abuelo débordait d’amour comme de stress, et un nuage de poils clairs flottait tout autour de nous. Mais le gros chat s’était mis à ronronner et à me donner des coups de tête : le coup de foudre était réciproque.

Nous sommes revenus tous les trois à la maison. On sait qu’il faut isoler un nouveau chat dans une pièce pendant quelque temps afin de le laisser s’habituer à son nouvel environnement. Nous lui avons donc dédié la chambre d’ami. Je suis allée visiter Abuelo tout au long de la journée ; cependant, le soir venu, j’avais le cœur brisé à l’idée de le laisser seul durant la nuit. J’ai donc décidé de dormir dans la même chambre que lui. 

J’avais mis une veilleuse pour mieux l’observer dans l’obscurité. Je le vis se coucher sur l’oreiller à côté du mien. Il me fixait ; j’ai supposé qu’il était en train de se faire son idée sur moi. Il se déplaça ensuite pour se coucher encore plus près de mon visage. Nous nous sommes regardés dans les yeux pendant un moment, puis il déposa la tête, ferma les yeux et lâcha un petit soupir. 

Je crois que lui aussi m’a adoptée ce jour-là.

C’était la première fois que je voyais un nouvel animal être si familier, si vite. C’était peut-être son âge… Il avait vu d’autres choses, il avait vécu dans d’autres maisons ; visiblement, le changement ne l’impressionnait pas trop. Il aurait pu prendre quelques semaines, voire quelques mois avant d’accepter sa nouvelle vie, et je l’aurais compris. Mais non : nous nous connaissions depuis à peine douze heures, mais nous étions déjà de grands amis. 

Et depuis, notre histoire d’amour va en grandissant. Si lui est mon chat, moi je suis son humain. Il marche au pied, il vient me trouver lorsque je l’appelle… Ça, c’est lorsqu’il s’éloigne, car d’habitude il ne me quitte pas d’une semelle. Je me demande parfois si je n’ai pas affaire à un chien ! 

Avec l’adoption d’un animal sénior viennent aussi des responsabilités dont il faut être informé. Depuis notre rencontre, mon chat a pris quelques années et comme c’est le cas pour certains animaux de son âge, il doit prendre des médicaments. C’est une possibilité à laquelle on doit penser lorsqu’on adopte un animal âgé. Cependant, comme tous les animaux peuvent avoir besoin de soins peu importe leur âge, on doit toujours garder en tête l’aspect financier quand on souhaite adopter.

J’ai fait passer un bilan de santé complet à Abuelo lorsqu’il a eu dix ans, car quelque chose n’allait pas chez lui. Cela m’a demandé d’investir un bon montant en tests de toutes sortes, mais ça m’a semblé bien peu pour tout le bonheur qu’il nous apporte. La vétérinaire était heureuse de m’annoncer que la maladie dont il souffrait se traitait bien. Deux fois par jour, donc, mon gros chat attend sa pilule et comme il est glouton, je la cache dans sa grignotine préférée. Il attend ce moment avec impatience ; il vient aussi me chercher si je ne suis pas à l’heure… Bref, Monsieur a droit à une nourriture adaptée et à une médication régulière. Tout cela a un coût, mais j’étais prête à l’assumer lorsque je l’ai adopté.

Abuelo est un chat extraordinaire. Je sais qu’il n’est plus tout jeune et je sais aussi que j’aurai le cœur brisé lorsqu’il ne sera plus là. Pourtant, cette adoption humanitaire est l’une des plus belles histoires d’amour de ma vie. J’ai le sentiment de pouvoir lui donner une vraie « deuxième chance » : il est un gros matou aimant, et les mésaventures de son passé n’ont pas à décider de son avenir.

Merci à toi mon gros bonhomme !

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