J’écoute les nouvelles tous les soirs. Céline Galipeau l’ignore, mais elle accompagne mes fins de journée de semaine. Et depuis quelques temps, je l’entends me parler d’immigration, d’identité, de langue, de projet de Loi 96 qui modifie la Loi 101, des craintes des anglophones et des francophones. Et tout ce qui me vient en tête c’est : mais pourquoi?

J’essaie vraiment de comprendre pourquoi l’anglais fait partie d’autant de débats? Pourquoi le craint-on? Pourquoi sent-on le besoin de protéger notre français? Pensons-nous vraiment que notre langue s’éteindra?

Comprenons-nous bien : je suis la première à défendre la langue française. J’adore notre langue! Et la maîtrise assez bien, merci. (Au diable l’humilité!) Je repère les fautes d’orthographe des milles à la ronde, j’applique rigoureusement les règles d’accord des participes passés (le fameux COD s’il est placé avant!), je manie divers styles rédactionnels. Larousse, Grévisse et Bescherelle ont été mes meilleurs alliés. Quoique ma mémoire y est assurément pour quelque chose aussi. Ou encore c’est parce que j’ai étudié chez les sœurs, au primaire, et qu’on jouait à la corde à danser en récitant la liste des prépositions… Bref, je suis la référence « français » de mon entourage et croyez-moi, plus personne ne dit « si j’aurais ». (Je fulminais chaque fois!) 

Or, je le dis aussi : je parle anglais. J’aime l’anglais. Et je me considère privilégiée de le maîtriser de façon assez aisée de sorte que la langue n’est pas une barrière pour moi. Je peux voyager la tête en paix sachant que je serai comprise. J’ai accédé à des postes professionnels importants où l’anglais fait partie de mon quotidien. Et je suis d’avis qu’on devrait apprendre l’anglais de façon plus intensive dès la petite école.

John and Mary go to school

Lorsque nous sommes devenus parents, nous avons rapidement plongé nos enfants dans un univers leur permettant de côtoyer l’anglais. Et nous avons pris quelques instants pour valider la possibilité d’envoyer nos enfants dans une école anglophone. Comme papa avait un diplôme secondaire d’une année d’études réalisée à Vancouver, on avait peut-être des chances. Mais non. Ce n’était pas suffisant.

Au Québec, la Loi 101 adoptée en 1977 prévoit l’enseignement en français obligatoire jusqu’à la fin des études secondaires. Et pour accéder à l’enseignement en anglais, les conditions à remplir sont assez rigides. Attache ta tuque comme on dit!

C’est prouvé : l’apprentissage des langues est beaucoup plus facile quand on est jeune. Pourquoi donc ne pas ouvrir les portes toutes grandes à celles et ceux qui auraient envie de propulser leur chérubin dans cette belle aventure de l’apprentissage d’une langue seconde?

Le Québec compte 9 commissions scolaires anglophones, encadrant 340 écoles primaires, secondaires, formation aux adultes et professionnelle. Au total, c’est environ 100 000 élèves qui fréquentent une école anglophone au Québec. En revanche, c’est plus d’un million d’élèves qui franchissent les portes de l’un des 2 740 établissements francophones des centres de services scolaires du Québec. 

Et si on allégeait les critères d’admission aux écoles anglophones? Et si on ouvrait l’accès à cette richesse qu’est l’apprentissage d’une seconde langue?

Le Québec est, loin devant, en tête de liste des provinces bilingues au Canada. Au total, c’est près de 45% de notre population qui parle deux langues. Et honnêtement, ça me rend fière! Fière de cette ouverture. Fière des possibilités auxquelles on se donne droit. Fière des opportunités qui s’offrent à nous dans un contexte où le monde est à nos portes.

Que seraient les carrières de David St-Jacques ou Farah Alibay sans l’anglais?
Et le succès de Charlotte Cardin?
Et le rayonnement des prouesses de Félix Auger-Alliassime?

Peu importe la discipline dans laquelle on évolue, l’anglais nous rejoint tôt ou tard.
Est-ce possible de voir cette langue comme un vecteur d’évolution plutôt qu’une menace?
Voir le verre à moitié plein a toujours été gagnant…!

Le français est beaucoup trop ancré chez nous pour qu’il disparaisse. C’est notre langue, nous la possédons et l’avons adaptée à nos besoins, au fil de notre histoire. Et je crois qu’il est possible de défendre notre langue avec ardeur, en apprécier toutes ses nuances et difficultés qui la rendent si belle tout en accordant une place à la langue de Shakespeare qu’on love pour ses sonorités, ses tournures de phrases et la façon dont on peut faire des phrases si courtes. (Ça me fascine toujours autant!).


Quand vient le temps de parler de français et d’anglais, je le dis : je suis aux deux!

Image de couverture via Pixabay

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