Comment faire le deuil de cet enfant à naître et avancer après une fausse couche?

Il y a des enfants que l’on aime sans jamais les rencontrer. Des enfants qui ne vivront que dans nos projections, nos rêves et notre mémoire.

1 grossesse sur 4 se termine par une fausse couche. Ce fut mon cas. J’ai aujourd’hui 2 enfants adorables, mais jamais je n'oublierai cet enfant que je ne rencontrerai jamais.

D’abord, il y a eu le poids du secret. Parce qu’on ne partage la bonne nouvelle à la famille que « quand on est sûrs », il nous incombe alors de vivre cette douleur seule avec notre conjoint. Comme si c’était la famille qu’il fallait protéger dans cette période si particulière.

Ensuite il y a l’affreuse banalisation : « ça sera pour la prochaine fois », « ça arrive », « mieux vaut maintenant que plus tard dans la grossesse ». Une vérité cruelle qu’aucune femme ne veut, ni ne peut, entendre dans un moment de fragilité comme celui-ci.

Et enfin il y a ce deuil qu’on ne s’autorise pas à ressentir. Souvent sous-estimé. Parce que cet enfant n’est pas né. Pas vraiment. Et pourtant, nous l’aimions déjà.

Alors, comment faire le deuil de cet enfant qu’on ne rencontrera jamais ?

1. Autorisez-vous à le pleurer

Il n’est peut-être pas né, mais il a partagé votre vie pendant des semaines. Peut-être même des mois. Vous avez imaginé son petit visage, vos premiers instants, votre nouvelle vie de famille.

Vous n’avez pas perdu qu’un bébé, vous avez perdu une vie imaginée, une projection, parfois même une identité en devenir pour celle qui rêve tant de devenir mère.

Il est normal que vous ressentiez toutes sortes de choses : de la tristesse, de la culpabilité, de la jalousie envers les autres femmes enceintes… Tout cela est naturel. Vos émotions vous appartiennent, vous avez le droit de vous autoriser à les ressentir.

Le fait que votre grossesse en était encore à ses débuts, ou que personne ne soit encore au courant, ne vous empêche pas de vous autoriser à le pleurer. Elle ne rend pas illégitime votre peine.

Vous avez le droit d’être affectée.

Vous avez le droit d’être triste.

Vous avez le droit de vivre ce deuil comme vous le souhaitez.

Il n’y a pas de hiérarchie dans la douleur, prenez le temps dont vous avez besoin et écoutez-vous.

2. Entourez-vous

Parlez-en à des personnes avec lesquelles vous vous sentez en sécurité : votre conjoint(e) (qui est d’ailleurs peut-être tout aussi affecté(e) que vous), une amie à qui vous faites confiance, votre maman, un groupe de soutien, ou même un(e) psychologue spécialisé(e) en périnatalité.

Évitez les personnes disposant de peu d’empathie, ou desquelles vous savez que vous n’obtiendrez pas le soutien dont vous avez besoin. Aucune femme venant de vivre une fausse couche n’a envie de s’entendre dire que la “prochaine fois sera la bonne” et de voir sa douleur écartée d’un revers de la main. Épargnez-vous ces conversations inutiles et douloureuses : la seule chose qui compte en ce moment, c’est de suivre votre instinct et de faire ce qu’il y a de mieux pour vous.

Par ailleurs, en en parlant autour de vous, vous découvrirez que beaucoup de femmes ont vécu la même chose – mais en silence. Et même si chaque femme vit cette épreuve différemment, ne sont-elles pas les meilleures personnes capables de comprendre ce que vous traversez?

3. Ne culpabilisez pas

Il est naturel que l’être humain cherche une explication rationnelle à un évènement aussi soudain et tragique. La vérité, c’est que notre cerveau déteste l’incertitude et l’inexplicable, car cela revient à accepter que certaines choses échappent à notre contrôle.

Trouver une explication rationnelle permet de restaurer une structure : même si l’explication est incomplète, elle réorganise en quelque sorte le chaos. La culpabilité est alors parfois plus supportable que l’absurdité de ce qui nous arrive. De cette vie qui s’est terminée à peine commencée.

Elle donne une illusion de contrôle.

Et pourtant, il existe bien une raison scientifique à ce qui nous arrive : près des 2/3 des fausses couches du premier trimestre étant liées à une anomalie chromosomique de l’embryon. Une réalité cruelle qui nous donne envie de hurler « pourquoi moi » lorsque cette statistique froide nous frappe de plein fouet. Car l’être humain n’a absolument aucun contrôle sur ceci.

Alors, il semble important de vous rappeler que rien de ce que vous avez fait n’a provoqué cette fausse couche. Ni votre dernier repas. Ni votre dernière séance de sport. Ni même le stress qui s’accumule au travail.

Vous n’êtes pas responsable de ce qui vous arrive.

Ce n’est pas de votre faute.

Répétez-vous-le autant de fois que nécessaire.

4. Ritualisez votre perte

Lorsque vous êtes prête, et si vous en ressentez le besoin, autorisez-vous à le laisser partir.

Les rituels aident notre cerveau à intégrer la réalité de la perte, à refermer ce chapitre et à dire au revoir. Ils peuvent prendre plusieurs formes : écrire une lettre à cet enfant, planter un arbre ou une fleur, allumer une bougie pour se recueillir… Tout dépend de votre sensibilité ou de vos croyances.

Pour ma part, cela est bien sûr passé par l’écriture. J’ai écrit une lettre à cet enfant.

Je lui ai dit à quel point je l’avais aimé. Que j’avais imaginé son petit visage et ses petites mains, ses traits qui auraient été ceux de son père, la fierté que j’aurais ressentie à ce fait !

Je lui ai dit combien je regrettais que la vie l’ait arraché aussi subitement à moi.

Je lui ai dit que je n’oublierais jamais que pendant ces 9 semaines, j’ai été sa maman.

Cela fait maintenant 4 ans. Et pourtant, l’émotion me prend encore aujourd’hui en écrivant ces lignes. Comme tout deuil, c’est une blessure qui ne se referme jamais complètement, mais on apprend à vivre avec jusqu’à ce qu’enfin nous trouvions la paix. Il devient une cicatrice qui raconte une histoire : celle d’un amour qui a existé, même brièvement, et qui fera toujours partie de vous.

Comme ce petit bébé qui n’est jamais né fera toujours partie de vous, et de votre histoire.
Image de couverture de Yuris Alhumaydy
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