Faits Vécus

Nous avons tous des blessures d’enfance. Des mots qui nous ont envahis pendant de nombreuses années, souvent lancés à la volée par quelques garnements en manque d’attention, des promesses non tenues qui se sont incrustées en nous pour définir nos combats d’adulte. Parfois, ces blessures ont été consolidées par quelques âmes malveillantes durant notre adolescence et nous voilà aux prises, une fois rendus adultes, avec des comptes à régler.

Moi, c’était la beauté. J’étais en guerre avec mon reflet dans le miroir. Et je voyais bien que mes amies blondes aux cheveux bouclés recevaient beaucoup plus d’attentions et de délicatesses qu’une petite châtaine rousselée. Du moins, j’en étais convaincue. Ça s’est amplifié à l’adolescence où, entre deux crises d’identité où j’essayais différents looks au goût douteux, je me retrouvais affublée d’un surnom dépourvu de féminité qui m’enlevait tout espoir de briller sur le palmarès des filles populaires de l’école. Parce qu’aucun garçon ne désirait devenir la risée générale.

Mes premières expériences amoureuses ne se sont donc pas déroulées dans le cadre de mon école secondaire. Elles ont commencé tard, renforçant ainsi mon image intérieure négative, ignorant également que c’est le propre de l’adolescence. En effet, rares sont les adolescentes qui se sentent parfaitement bien dans leur peau, mais lorsque les mots et les attitudes d’autrui consolident notre discours intérieur, la descente peut être longue. Et douloureuse.

Tellement qu’on se réveille à 40 ans avec des cicatrices plein le cœur. 

Beauté, Confiance, Jeunesse

Mais le pire, savez-vous quoi ? C’est que j’étais belle ! Mais pire, encore, c’est que j’ai grandi avec une image de moi confectionnée sur-mesure par les autres. Une image qui leur donnait la conviction qu’ils étaient mieux, qu’en rabaissant le niveau de ma confiance, ils réussissaient à gonfler la leur. Et pire que pire encore, ils ont réussi à me convaincre qu’il fallait que je sois belle pour exister. Je suis devenue avide de ces qualificatifs que l’on distribue dès le premier regard. Me faire dire « tu es belle » était devenu un pied-de-nez à toutes ces années où j’ai cru le contraire… 

Dont un en particulier, qui m’avait craché « tu es tellement laide que tu arrêtes le sang… » En plein visage. Je me rappelle, comme si c’était hier, de la méchanceté de ce regard, du coup de poignard en plein cœur. Et même si ce garçon n’avait aucune classe de me dire ça très fort devant toute la classe, je lui ai donné une importance trop grande pour ce qu’il valait. Je ne sais pas ce qu’il est devenu, mais moi, j’ai survécu à sa stupidité. Et un jour, je suis devenue belle… Mais pas grâce à mes cheveux blonds, pas grâce à mes yeux bleus. J’ai cessé de patauger dans mes souvenirs pour puiser des photos déformées et j’ai fait la paix avec mes portraits. Pour le déranger? Pour me venger? Pour gagner? Non. Pour me consoler…

… Pour me réparer et pour couper le lien qui me relie à mes blessures d’enfance.

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Josée Marquis

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