C’est ce que je me dis quand je me parle à moi-même.

Je vis un deuil. Un méchant gros deuil. Certaines personnes comparent un deuil amoureux à un vrai deuil, un deuil de la vie.

Erreur!

J’ai vécu les deux, et c’est complètement différent.

Je l’ai vécu ma méga giga peine d’amour. Je m’en suis remise.

Là, c’est un deuil, un vrai.

Mon chum est mort.

Il ne m’a pas sacré là, il ne m’a pas trompé. Il n’est pas parti pour aller avec une plus belle, une plus jeune ou une plus riche.

Il est mort.

Ça fait un peu plus d’un an. Faudrait que j’en revienne il me semble.

Ce que les gens ne se rendent pas compte, c’est que quand on vit un deuil, tout change. Oui, on perd la personne, dans mon cas mon meilleur ami, le père de mes enfants, mon confident, l’homme et même l’amour de ma vie. Mais en plus de le perdre lui, j’ai perdu autre chose en fait, j’ai perdu tous mes repères. Je n’ai plus personne pour m’écouter quand j’ai peur de quelque chose. Plus personne non plus pour aller chercher les enfants à la garderie si un client me retient trop longtemps au bureau ou pour arrêter chercher une pinte de lait en revenant à la maison. Mais pire que tout cela, j’ai perdu la chaleur de mon lit. Les frissons de ses touchers, de ses caresses, de ses mots doux. Qui s’inquiète pour moi maintenant quand je prends la route en pleine tempête de neige? On aura beau dire que de nos jours, un mariage sur deux se termine par un divorce, que le divorce est une forme de deuil, ce n’est pas pareil. J’ai subi le stress de la maladie pendant un an, avant que tout doucement il ne s’éteigne dans nos bras, à sa mère et moi. L’année suivante, j’ai essayé d’être forte, d’être solide pour nos enfants, qui n’ont rien demandé de toute cette peine. À leur âge, les cauchemars devraient se vivre la nuit, endormis bien au chaud dans leur petit lit, pas jour après jour en voyant leur maman pleurer leur papa disparu.

Heureusement, j’ai du soutien, de l’aide, autant psychologique de physique, mais malgré tout, aujourd’hui, un an et trois mois plus tard, c’est comme si toute cette fatigue accumulée pendant les deux dernières années ne voulait plus me quitter. Oui, je vais mieux. Oui j’arrive à rire, à faire des sorties, à m’amuser. Oui, je rêve du jour ou je vais être prête à rencontrer une nouvelle personne qui me redonnera le goût de croire que c’est encore possible d’aimer, peut-être pas aussi fort et aussi passionnément, mais d’aimer et d’être aimée. Ce jour là, je devrai accepter que d’autres bras m’enlacent, que d’autres lèvres m’embrassent. Je n’en suis pas là, j’ai des fantômes à faire fuir avant, mais peut-être. Un jour. Peut-être…

Mais aujourd’hui, 460 jours plus tard, je suis toujours en deuil. Moins intensément, mais toujours aussi profondément; la peine ne s’atténue pas, elle s’endure juste un peu mieux qu’avant. Il y a des jours où je regarde mes enfants s’amuser et je me dis qu’au fond, la vie est belle et que j’ai cette chance inouïe de les avoir, ces deux-là, en santé et plus que parfaits. Puis quelques minutes plus tard, je les vendrais sur Kijiji, en échange d’une doudou douce et d’une bonne bouteille de vin.

deux enfants balançoireSource image: Unsplash

Parfois, je hurle après mon chum, littéralement, je lui demande pourquoi il est parti, pourquoi il m’a laissée, pourquoi ce n’est pas moi qui ai quitté ce monde à sa place. J’ai toujours cette petite voix au fond de mon coeur qui me dit qu’il se serait mieux débrouillé que moi, que les enfants auraient été mieux encadrés et que sa vie avait plus de valeur que la mienne. Puis je me ressaisis. Je me souviens que tout est déjà écrit, que nous n’avons pas de contrôle sur la date de notre dernier souffle ni sur ceux qui partent et qui nous laissent sans réponse. Qu’il se serait probablement posé les même questions et qu’il aurait passé à travers les mêmes incertitudes que moi et qu’au bout du compte, le résultat aurait été le même; pourquoi pas moi au lieu d’elle?

Je me lève chaque matin en me posant un million (et quand je n’ai pas bien dormi ou même pas dormi du tout, c’est un milliard) de questions qui la plupart restent en suspens quelque part entre lui et moi.

Je sais que je ne dois pas me comparer, qu’une autre personne s’en remettra plus vite et qu’une autre plus lentement que moi. Que nous vivons chacun et chacune nos épreuves, nos difficultés, nos peines. Mais je me sens tellement antipathique quand je lis un texte écrit d’une fille en peine d’amour qui raconte comment sa vie est donc dure, comment se lever chaque matin est donc ben un calvaire depuis que son chum l’a laissée. Je sais que c’est dur, je suis passée par là il y a quelques années, mais maudit que j’ai de la misère à avoir de l’empathie. Je sais, c’est con, c’est égoïste, c’est immoral, c’est égocentrique, c’est tous les qualificatifs qui existent pour représenter ma froideur, n’empêche que c’est comme ça que je me sens. Comme si tant qu’il n’y a pas mort d’homme, personne n’a le droit d’avoir de la peine. Ce n’est pas moi, ça! Avant, je pleurais quand quelqu’un pleurait. J’aurais ouvert un centre pour toutes les filles en détresse d’amour et un refuge pour les animaux abandonnés. Mais plus maintenant, plus aujourd’hui et c’est ça qui me fait peur. Est-ce qu’un jour, mon écoute, mon empathie, mon amour pour les autres va revenir? Est-ce que je vais devenir la fille qui a 18 chats, mais plus d’amis parce qu’ils se sont tous tannés de son pessimisme, de son manque de chaleur humaine?

femme triste pluie veuveSource image: Unsplash

Au final, c’est contre la vie que je suis frustrée. Ce n’est pas la faute de la fille en peine d’amour, c’est la faute de la vie. C’est à elle que j’en veux. Lui, il n’a pas eu le temps de la vivre sa vie, alors la plus belle revanche que je peux prendre sur elle, c’est de MOI, vivre tout ce que j’ai à vivre, pas à 100, mais à 1000 à l’heure pour que quand j’irai le rejoindre, c’est la vie qui aura perdu, pas moi.

Au final, je l’aime la vie, même si j’en ai assez de ces montagnes russes d’émotions qui continuent de se pointer quand je m’y attends le moins, même après un an.

Au final, même si elle continue de m’apporter des épreuves, la vie a mis sur mon chemin des personnes extraordinaires depuis un an qui, sans toute cette histoire de marde, n’auraient jamais croisé ma route et pour ça, je lui en suis reconnaissante.

Au final, je suis seule, avec mes deux enfants, mais entourée d’amis et de connaissances qui s’en font pour moi. Qui sont là pour un 5 à 7, pour une fin de semaine dans le Nord ou pour m’écouter me plaindre à 2h00 du matin et même si je souhaite que ça ne leur arrive jamais, je tenterai, du mieux que je peux, d’être leur bouée de sauvetage à mon tour qui empêchera l’eau de monter trop haut le jour ou la tempête les frappera.

Au final, le livre est déjà écrit. En attendant d’arriver à la dernière page, pensez-y, et je vais tenter de le mettre en pratique moi aussi: l’objectif ce n’est pas de survivre, c’est de VIVRE!

livre histoire coeur pagesSource image: Unsplash
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Marie Claude Delage

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