Style de vie

Quartier Saint-Henri, à Montréal. Je suis devant l’appartement du comédien, dramaturge, metteur en scène, poète, chroniqueur, romancier, danseur, alouette!, Simon Boulerice. Il est 14h55. J’ai 5 minutes d’avance. Je prends mes messages pour passer le temps. Rien d’important. 15h02. Je sonne. Pas de réponse. Merde, est-ce que Simon a oublié notre rendez-vous? J’ai toujours peur que les auteurs que je rencontre m’oublient… Ils ont des horaires si chargés! Il est 15h05, je re-sonne. Cette fois-ci, je mets tout mon poids sur la sonnette. La porte s’ouvre. Fiou.

Simon Boulerice

Crédit photo: Laurent Theillet

Devant moi, un long escalier avec des murs tapis d’affiches de pièces de théâtre, de chanteurs, d’événements culturels divers. Tout au bout, trône un poster de Bob Marley qui réussit, en un coup d’œil, à me replonger dans mon adolescence. En montant les marches, je chantonne : « Singing don’t worry, about a thing… Cause every little thing gonna be all right… »

Simon m’accueille avec un grand sourire et un :

– S’cuse mon bordel.

Ce n’est pas le bordel pantoute, mais je comprends son inquiétude de me recevoir chez lui. Alors que je m’extasie devant ses bibliothèques, il regarde probablement la poussière sur ses étagères. Alors que je m’exclame devant ses posters, il remarque sûrement la peinture défraîchie de ses murs. Du moins, mes yeux restent aveugles à son soi-disant bordel, éblouie par la quantité de livres qu’il y a dans son salon, du plancher jusqu’au plafond. Un salon digne d’un Salon du livre.

– Tu vois, ici, c’est ma section biographie. Des biographies que j’ai lues pour mes chroniques à l’émission Plus on est de fous, plus on lit. Et là-bas, c’est ma section pour enfants…

Wow. Moi, l’amoureuse des livres, je capote ben raide. Je me sens au paradis de l’abondance littéraire.

La quantité

Abondance, un mot qui décrit si bien Simon Boulerice. Abondance de mots, d’expressions et de mouvements quand il parle. Abondance d’idées, de projets, de livres… de pelotes de laine?

– Oui, je tricote. J’adore tricoter en regardant une série télé. C’est que je n’aime pas faire une seule chose à la fois.

Ben voilà. C’est dit. Simon n’aime pas faire qu’une seule chose. En lisant sur lui avant l’entrevue, j’avais saisi assez rapidement cette facette « quantité » de sa personnalité. Pour vous donner une idée, en 2017, il a publié six livres. Six! Dont Un ami lumineux (La courte échelle), Mon cœur pédale (La Pastèque), Le précieux plâtre de Samuel (Bayard), Le dernier qui sort éteint la lumière (Québec Amérique), Tu dois avoir si froid (Lansman) et Moi aussi j’aime les hommes (Stanké). Et ça, c’est sans compter les chroniques à la radio, les collaborations à la télé, la direction artistique, l’enseignement, les projets au cinéma… J’écoute Simon me défiler tous ses engagements et j’ai le cœur qui bat à toute vitesse, mon cardio de la semaine est fait, check! Essoufflée par tant de vitalité, je me surprends même à l’imaginer habiter une autre planète, là où il y aurait 9 jours dans une semaine et 34 heures dans une journée… Et dire que l’année 2017 n’est même pas terminée!

La qualité

Le pire, c’est que malgré cette quantité d’activités, Simon réussit à offrir des œuvres de qualité, et ce, sans se fatiguer, puisant certainement son énergie débordante dans sa passion pour ce qu’il fait. Car passionné et enthousiaste, il est. Deux autres mots qui le définissent bien.

– Mais Simon, parmi tous les chapeaux que tu portes, si je te demandais d’en choisir un seul, ce serait quoi?

– Mon choix est de continuer à faire tout ce que je fais, bien sûr, car j’ai autant besoin d’écrire des romans que de faire du théâtre, mais si je me prête à ton jeu, je garderais le roman. Car c’est le roman qui m’offre le plus de liberté. Moins coûteux que toutes les autres formes d’art, je peux en plus y inclure ce que je veux : théâtre, poésie…

Je le regarde me parler de son plaisir à écrire. Il est heureux, il va sans dire. Le regard pétillant, il se dégage de lui une joie de vivre contagieuse. Une joie que j’ai bien ressentie à la lecture de son roman Le dernier qui sort éteint la lumière, un roman jeunesse traitant de l’homoparentalité avec amour et humour, idéal pour introduire les adolescents à cette réalité dont on ne parle encore que trop peu.

Simon Boulerice

Léger et profond

Nonobstant son bonheur évident et son visage naturellement souriant, Simon sait être dramatique et profond. Il suffit de lire son excellent roman Javotte pour saisir son côté mordant et sa capacité à présenter des personnages cruels pouvant faire grincer des dents… Car l’auteur n’a pas peur de traiter de sujets sensibles et dérangeants comme la sexualité débridée (Javotte, Leméac, 2012), l’obsession du corps parfait (Paysage aux néons, Leméac, 2015) ou encore, le meurtre homophobe (L’enfant mascara, Leméac, 2016).

– Dis-moi Simon, quels sont tes prochains projets?

– J’en ai plein! Mais là, là, je pars pour Limoges. Projet de théâtre!

Il me montre du doigt sa petite valise grande ouverte à côté de son énorme tas de pelotes de laine.

– Ben là! T’apportes quand même pas ta laine en voyage?

– Ha ha, non! Mais c’est juste parce que j’aime voyager léger, sinon…

Fiou, j’ai eu peur. Je le voyais déjà dans l’avion, tricoter un 5e foulard en regardant une 5e série télé.

Simon m’accompagne jusqu’à sa porte d’entrée. Deux becs sur les joues, merci, merci, c’était super agréable, oui, oui, alors on se revoit au Salon du livre de l’Estrie*?, oui, oui, c’est certain, j’serai là pour plein d’activités dont le 5à 7 sous la ceinture : unis pour vaincre la culture du viol** et le Cabaret littéraire érotique**, wow ça va être super, j’ai hâte, moi aussi! et… Avant de redescendre le long escalier en chantonnant du Bob Marley, je lui pose une dernière question :

– Simon, est-ce qu’on t’a déjà dit que tu ressemblais à Xavier Dolan?

– Oui! Et toi, est-ce qu’on t’a déjà dit que tu ressemblais à la chanteuse Catherine Durand?

– Non, mais ça me donne une idée… Je pourrais peut-être intituler mon article « Rencontre entre Simon Dolan et Catherine… Durand »?

Simon éclate de rire et me lance un regard brillant de malice, complice. Voilà ce qui décrit bien, Simon Boulerice*.

Simon Boulerice

Crédit photo: Kristian Kaana

* Pour la programmation complète du Salon du livre de l’Estrie (SLE), rendez-vous au SALONDULIVREDELESTRIE.COM et restez au courant des activités du SLE via Facebook https://www.facebook.com/SLEstrie/?ref=bookmarks

** Simon Boulerice participera aux quatre activités suivantes (pour le descriptif détaillé des activités : http://salondulivredelestrie.com/programmation/evenements/auteurs/boulerice-simon-quebec-amerique/dates/jeudi/dates/vendredi/dates/samedi/dates/dimanche/):

1- Littératures et autres niaiseries

2- Prescriptions littéraires

3- 5 à 7 sous la ceinture : unis pour vaincre la culture du viol (activité payante, achat de billet : https://www.ovation.qc.ca/Reservation/Billets/ChoixBillets.asp?CodeRepresentation=1D034J&LP=06a4729&PER=06wo629&CodeSiteClient=00000O&Lang=FR)

4- Cabaret érotique (activité payante, achat de billet : https://www.ovation.qc.ca/Reservation/Billets/ChoixBillets.asp?CodeRepresentation=1D034H&LP=08xHB32&PER=08H7w32&CodeSiteClient=00000O&Lang=FR

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Catherine Courchesne

Baccalauréat en études littéraires, maîtrise en science politique, certificat en psychologie et professeure de français, Catherine se laisse guider par son insatiable curiosité et sa...

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