Dans la catégorie « quelle est ma plus grande fierté dans ma vie », ce ne sont pas les choix qui manquent. Mes parents, ma sœur, mes amis, mes études, mon travail, les hobbies que je pratique lors de mes temps libres… J’ai longuement hésité à en choisir une dans cette liste, jusqu’à ce que je réalise que je ne cherchais pas au bon endroit, et qu’il fallait que je creuse un peu plus pour déterrer le joyau en moi qui me rendait le plus fier.

Étrangement, c’est en me rappelant une des situations les plus embarrassantes que j'ai vécues que j’ai trouvé la manifestation la plus éclatante de ce que je considère être ma plus grande fierté.

Voici comment cela s’est déroulé.

Je la connaissais déjà, c’est une parente éloignée. En revanche, cela faisait longtemps que je ne l’avais pas vue. Nous n’habitons pas dans la même ville, elle en Europe et moi ici. Or lors d’un été, étant tombé sur une de ses stories, je m’étais aperçu que l’on passait nos vacances dans la même ville. On s’était échangés quelques messages, et voici qu’on se donna rendez-vous pour un verre en soirée. Entre-temps, il y avait eu deux activités familiales à la plage, et où elle nous avait rejoints à la dernière minute. On se parla un peu sur le bord de l’eau, mais pas trop, sachant qu’on allait se voir en intimité dans quelques jours.

La date arriva donc, même si cela n’en était pas officiellement une. Elle se termina assez tard dans la nuit. Je n’avais pas vu le temps passer, tant la conversation entre nous deux était naturelle, intéressante et parsemée de plusieurs points en commun. Une certaine chimie apparut. Cependant, il avait fallu que j’en fasse assez rapidement le deuil, car deux jours après, je revenais à Montréal, alors qu’elle allait retourner chez elle également.

J’avais laissé passer les premiers jours, puis je décidai de l'appeler. Entre-temps, j’avais demandé à ma cousine si ma Juliette avait un intérêt pour moi, puisque moi j’en avais un pour elle. Elle me confirma que oui. Ce qui se vérifia tout de suite au téléphone. Lorsqu’on se parlait, les conversations duraient plus d’une heure. Et on s’échangeait des messages, presque tous les jours.

Sans entrer nécessairement dans tous les détails, nos conversations, même si elles étaient longues, n’étaient cependant empreintes d’aucune séduction. Pourquoi flirter, et comment le faire, alors qu’on ne savait pas quand on allait se revoir à nouveau? Pour remédier à ce problème, et puisqu’il me restait une semaine de vacances à écouler, je lui proposai d’aller la visiter d’ici quelques semaines, n’ayant jamais vu sa ville en automne. Proposition qu’elle accepta sur le coup, et qu’elle me confirma de nouveau les jours suivants.

mer voilier soleilSource image : Nabil Belhassen

C’est là que les choses commencèrent à se gâter. Les conversations se firent plus rares, ghosting et excuses sur ces non-retours. Cette dégradation me mit la puce à l’oreille, mais on le sait très bien : le cœur, dans ces moments, nous rend aveugles. Et il faut croire que je l’avais bien été, car dès mon arrivée, j’avais senti sa froideur à mon égard. Je l’avais vue une première fois avec ses amies, deux jours après avoir défait mes valises, c’était à peine si on s’était parlés lors de cette soirée. Puis le lendemain, j’avais prévu une petite activité avec elle, activité qu’elle n’avait pas du tout appréciée et qui s’était terminée au coin de la rue par: « Je ne savais pas que tu étais venu jusqu’ici que pour moi… je fréquente déjà quelqu’un depuis quelques semaines… on pourra se voir cette semaine, mais pas pour les raisons que tu crois. Et si tu veux partir ailleurs pour le restant de la semaine, je te conseille d’y aller. »

Et la touche finale, par texto cette fois-ci, une fois arrivé chez moi: « Je pensais à ça, pendant que tu es ici, je crois, avec une de mes amies que tu as vues hier, que ça pourrait marcher entre vous deux. Qu’en penses-tu? »

Une heure après, j’avais acheté des billets pour Barcelone. À la même heure le lendemain, j’avais les deux pieds au bord de l’eau. Il faut comprendre que je ne suis pas là pour diffamer qui que ce soit: ce n’est pas là l'objectif de ce partage que je fais avec vous ici. Et j’ai certainement ma part de tort dans cette histoire. L’idée ici est de vous contextualiser le plus possible l’état émotionnel dans lequel j’étais.

J’avais donc reçu « la claque du siècle ». La plus grande humiliation de ma vie, celle que l'on ne devrait partager à personne. La gifle des gifles. Et j’avais une semaine pour m’en remettre, avant de retourner chez moi et d’expliquer à mon entourage tout ce qui venait de se passer.

Mais me remettre de quoi en fait? Est-ce que j’étais atteint d’une maladie incurable? Non. Est-ce que j’avais perdu quelqu’un? Non. J’avais une famille et des amis qui m’aimaient tendrement. En manque d’argent? J’étais quand même à Barcelone, voyage qui n’était pas prévu et que je pouvais quand même me permettre. Il faisait beau, très chaud même pour un début novembre: manches courtes, lunettes de soleil, terrasses. En une semaine, j'ai pu faire tous les restos que je voulais et visiter tous les endroits qu’il ne fallait pas que je rate. Alors, y avait-il réellement un problème?

nabil photo voyageSource image : Nabil Belhassen 

C’est alors que je me suis rendu compte que je n'avais tout simplement pas le droit de me plaindre. Pas de ce que je venais de vivre en tout cas. Qu’il y avait pire, pire dans la vie. Que je devais prendre cette histoire, comme une leçon à assimiler. Qu’il ne servait à rien de s’attarder sur le mauvais côté des choses, puisque pour chaque malheur, il existait un bonheur.

À mon retour, je me suis rendu compte que je venais d’entreprendre un de mes plus beaux voyages. Un de ces voyages intérieurs qui m’a fait rappeler que j’arrivais toujours à voir le bon côté des choses. Malgré tout. L’éternel optimiste. Et cet état d’esprit est, sans aucun doute, ma plus grande fierté.

Source image de couverture : Nabil Belhassen

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