Rimouski, je n’étais pas prête à te quitter si tôt. Je n’ai même pas eu le temps de te faire mes adieux. Je porte encore en moi le souvenir de tes paysages et tes odeurs, du fleuve, de l’asphalte mouillé après la pluie, du vent frais, des couchers de soleil, du coin de rue où j’ai habité, du cri des goélands et de tes printemps remplis d’espoir.

Presque quatre ans plus tôt…

Les yeux rivés sur mon ordinateur, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai écrit « Rimouski » dans la barre de recherche Internet. Un seul mot. Littéralement. Mais j’avais besoin de voir. Mes mains étaient un peu moites, je crois bien. J’étais très nerveuse. J’ai donc appuyé sur la touche Enter sans plus attendre. Des photos du fleuve, de l’université et de la promenade sur le bord de l’eau sont apparues. Un sentiment de paix intérieure m’a alors submergée. Je me sentais déjà rassurée. 

Au moment où j’ai vu ces images sur mon écran d’ordinateur, j’avais 19 ans et je venais d’apprendre que j’allais aller vivre à Rimouski pour au moins les trois prochaines années. Pour mes études. Eh oui, parce que deux semaines avant la rentrée universitaire, j’ai décidé de me revirer de bord, comme on dit, et j’ai fait une demande d’admission au baccalauréat en biologie à l’UQAR (campus de Rimouski, il est important de le préciser). Mes plans de vie ont tous été chamboulés du jour au lendemain. Mais il faut savoir écouter sa petite voix intérieure n’est-ce pas ? La mienne, elle me criait de m’en aller depuis un certain temps. 

Ainsi, quand je suis arrivée pour la première fois à Rimouski, j’ai compris que c’était là qu’il fallait que je sois. J’ai senti mon cœur s’y ancrer dès la première seconde où mes pieds ont foulé le sol. Je m’y suis enracinée si facilement, c’est comme si ça avait toujours été ma maison. Quelque chose de cet endroit me faisait m’y sentir tellement bien ! Peut-être était-ce l’air salin. Ou encore les bonnes poutines de la cantine de la Gare. Peut-être aussi que c’est grâce à toutes ces personnes magnifiques qui ont croisé mon chemin quand je vivais là-bas.

Cette ville du Bas-Saint-Laurent, elle m’a marquée à tout jamais.

Parce que j’y ai tellement vécu de choses.

Rimouski m’a vue avoir 20 ans. Elle m’a vue vieillir et évoluer. Elle m’a vue changer. Mis à part y avoir obtenu mon diplôme universitaire (youpi !), j’y ai rencontré des gens incroyables et je me suis fait des amis que je porterai à jamais dans mon cœur. Avec eux, j’ai fait le party (un peu beaucoup) et j’ai vécu des joies immenses. Mais j’ai aussi dû vivre des au revoir douloureux. À Rimouski, je suis tombée amoureuse. Et j’y ai également vécu ma première peine d’amour. 

Heureusement, Rimouski m’a souvent vue rire aux éclats. Elle m’a vue passer tous mes jeudis soir au Baro (le bar de l’université) à faire la fête, et le reste des jours de la semaine à la bibliothèque, à tenter de comprendre le cycle de Krebs (c’est un truc de biologie ça, et je n’en dirai pas plus). Rimouski m’a aussi fait apprécier les hivers neigeux (très neigeux, même) et les vents intenses qui caractérisent ses quatre saisons.

Rimouski m’a cependant vue pleurer toutes les larmes de mon corps. Dans cette ville, j’ai vécu des moments extrêmement difficiles. Des deuils. Des séparations. Des déceptions. Des problèmes de santé. Une pandémie. 

Ce sont des moments qui m’ont changée à jamais

Mon attachement à cette ville est majoritairement émotionnel, je m’en rends bien compte désormais. 

Est-ce que c’est possible de ne pas se sentir à sa place à l’endroit où l’on a toujours vécu ? En tout cas, ce que je ressens en ce moment, ça s’y apparente énormément. Je me sens terriblement mal et loin de mes racines depuis que j’ai quitté Rimouski. Loin de mon cœur. Je me sens déconnectée de moi-même depuis un certain temps. Et parfois l’envie me prend d’embarquer dans ma voiture et de rouler jusque là-bas.

Qu’est-ce qui m’en empêche, au fond ? 

J’ai quitté Rimouski. Mais mon cœur y est resté.

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