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On a beau dire que des cheveux, c’est juste des cheveux, mais ce n’est pas vrai. Les cheveux, c’est du rêve… Peut-on imaginer Marilyn Monroe et Brigitte Bardot sans leurs têtes blondes ? Joan Jett et Xena la guerrière sans leurs chevelures de jais ? Ann Margret et Jessica Rabbit sans leurs tignasses rousses ? On comprend l’idée. À chaque couleur, à chaque coupe, s’attache un rêve différent.

Viennent des périodes où on veut le rêve… Et d’autres où on s’en fout, du rêve.

Le dernier cas, c’était moi ces dernières années. J’avais décidé de faire une expérimentation : arrêter la teinture alors que j’ai énormément de cheveux blancs. Oui, la tête poivre et sel avec la mèche blanche naturelle à l’avant, en pleine trentaine, c’était moi… Et c’est devenu à la mode entretemps : Pinterest pullule de photos de jeunes femmes qui semblent avoir payé le gros prix pour avoir mon ancienne tête grise…

woman in black top

Source de l’image : Unsplash

Les femmes m’ont souvent dit que j’étais courageuse de montrer mes cheveux blancs ; certaines m’ont même dit qu’elles feraient la même chose si elles en avaient le courage. De plus, j’ai reçu beaucoup de compliments de la part de femmes qui croyaient à une teinture. Des coiffeuses m’ont fait promettre de ne jamais teindre ma mèche blanche, alors que des petits enfants m’ont dit tout gentiment qu’ils la trouvaient très jolie.

Mais j’ai compris au fil des ans pourquoi les femmes cachent leurs cheveux blancs.

C’est qu’avec une tête grise, on dirait qu’elles deviennent invisibles pour au moins le tiers de la population. C’est trop subtil pour s’en rendre compte pendant la transition ; puis vient le moment où on se rend compte soi-même que nous a été transmis un superpouvoir d’invisibilité. C’est réel… L’anonymat que je voulais et dont j’avais besoin à l’époque, je le vivais à fond avec ma tête grise.

Mais la fin s’annonçait : pour ma part, j’étais sur le point de ne plus voir mon propre reflet dans le miroir. La fadeur de ma crinière avait atteint son paroxysme. Non ! Terminé. Mon expérimentation personnelle était complétée. J’avais simplement fait le tour de mes cheveux gris. La perspective de garder la même tête pendant les quarante prochaines années ne me paraissait pas très réjouissante : j’y reviendrais plus tard… Car pour le moment, j’avais besoin de changement, j’avais besoin de couleur, et avec la mèche blanche que je tenais à conserver, le blond me semblait la solution logique. Et exotique.

blonde haired woman in black top surrounded by tall plants

Source de l’image : Unsplash

Je ne connaissais rien du blond : je ne l’ai été qu’un mois, un peu par erreur, il y a longtemps. J’ai surtout connu le roux et le noir corbeau. Et aussi superficiel que cela puisse paraître, j’ai toujours très bien senti qu’une simple couleur de cheveux modifiait la nature des échanges dans la vie de tous les jours. J’ai été rousse pendant plus d’une décennie : le roux inspirait des interactions respectueuses marquées par une certaine distance. Personne dans ma bulle… Car le roux intimide un peu. J’ai adoré être rousse.

Par la suite, durant mon épisode noir corbeau, j’ai réalisé mon erreur : interactions souvent trop directes à mon goût, parfois même un peu primales… Surprenant au début, mais assez lourd par la suite. Je ne m’y habituais pas – je ne ferais pas une bonne rock star. Ainsi, je suis tranquillement passée au châtain, la couleur passe-partout par excellence, ce qui m’a permis de disparaître dans la nature… Puis au gris, par lequel je suis devenue anonyme. Silence radio.

Et le matin où j’étais sur la chaise de la coiffeuse à voir le blond apparaître en force dans ma chevelure lors d’un deuxième rendez-vous, je me suis souvenue que les cheveux teints ne sont pas que des cheveux. C’est une déclaration, un message au monde.

Le plus souvent, ils semblent vouloir dire, « regardez, je ne vieillis pas »… Mais ils peuvent aussi signifier « regardez, je suis une personne spéciale et artistique », « regardez, je débute une nouvelle phase de ma vie», « regardez, je me trouve sexy», ou bien « regardez, j’existe »… Dans tous les cas, ils veulent dire « regardez-moi », même si on ne veut pas se l’avouer. Car qui irait se faire teindre sur une île déserte, sérieusement ? Non, on se fait teindre et coiffer car il s’agit du meilleur panneau publicitaire à notre disposition. Un message à passer ? Passez-le par vos cheveux. À quel rêve universel ferez-vous référence ?

Que voulez-vous inspirer ?

Ce matin-là, je suis sortie de la coiffeuse encore enchantée du résultat. En plus, j’ai enfin vu mes yeux – je les avais oubliés ceux-là. Bref, en me voyant ainsi, comme toute neuve, pleins d’anciens souvenirs de salons de coiffure sont revenus à moi : et banals ils n’étaient pas. C’étaient des célébrations de nouveaux départs, des célébrations de nouveaux emplois, de fin d’études, de vacances, de grands moments… Des célébrations tout le temps ! J’avais oublié à quel point je célébrais tout et rien avec une nouvelle couleur de cheveux. Un arrêt s’imposait toujours par la suite pour aller m’acheter le rouge à lèvres parfaitement assorti. Ah ! Petits bonheurs naïfs de ma vingtaine…

J’y ai pensé ce matin-là. Ce vieux réflexe m’est revenu. Puis j’ai réalisé que nous porterons encore des masques pour un bout de temps… Mais je me suis aussi souvenue que j’avais déjà le rouge idéal à la maison : un Guerlain bien rouge – un peu trop rouge pour mes anciens cheveux gris, donc presque neuf… Mais un vrai rouge de blonde ! Oh My. Comme si j’avais pressenti quelque chose…

Célébrons ! La vie, le temps, le changement…

Nos réinventions.

(Il faut bien s’offrir de petites douceurs en cette époque particulière…)

 

Source de l’imge : Unsplash
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Frederique Boulay

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