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Je m’appelle Élyse, j’ai 24 ans, un travail que j’aime, un appartement, des amis et une bonne famille. Ma vie est en ordre et je suis bien. Oui, je suis bien, mais pas à 100 %. Je suis l’heureuse élue, victime d’une maladie mentale. Je veux mettre l’accent sur l‘utilisation du mot victime, car quand tu as une maladie mentale, ce n’est pas un choix. Ton cerveau t’a choisie pour te jouer des tours, sur une base quotidienne.

Je suis une adulte (oui oui, une adulte, j’ai une carte Costco) qui vit avec un trouble alimentaire. Je sais, plusieurs vont se dire « on a fait le tour avec ça! », mais non, pas encore. Je tiens à écrire ces lignes puisque ma maladie est souvent incomprise, jugée et stéréotypée.

femme, corps tronqué, en collant, veste, cage d'escalierSource image : Pexels

Peu importe le moment du début du trouble, il se présente sous différentes formes, tout dépendant de la personne. Un TCA se fout d’où tu viens, de quoi tu as l’air, de ton statut social, économique, de ton sexe et même de ton poids.

Être une adulte avec un trouble alimentaire, ce n’est pas évident. Le manque de ressources et les longues listes d’attente ont un impact négatif sur nous. J’ai attendu environ un an avant d’être prise en charge par une équipe formée pour m’aider. Oui, j’aurais pu prendre la décision d’aller au privé, mais les coûts sont exorbitants. Je suis donc restée dans mon « monde », continuant et renforçant des comportements qui ne m’aidaient pas du tout.

noir et blanc, femme, semble nue, long cheveux, non identifiableSource image : Pexels

J’ai hésité longtemps avant d’en parler à mes proches, de peur d’être jugée, qu’on pense que je mente, qu’on surveille tous mes faits et gestes et qu’on me dise que de manger santé et aller au gym allait tout régler. Il n’y a pas de solution miracle, malheureusement. Ce n’est pas seulement en lien avec la motivation. C’est comme si on disait à quelqu’un qui a un bras cassé, qu’il devrait continuer à l’utiliser, parce que les autres sont capables. C’est pas mal plus compliqué que ça people. C’est pour cela que c’est un problème de santé mentale.

Malgré le soutien que je reçois de la part des médecins, des thérapeutes, de ma famille et de mes amis, ma maladie me fait peur. Elle me joue des tours, tous les jours. Les pensées prennent toute la place dans mon quotidien. C’est difficile de passer ces journées avec un petit démon qui te suit partout.

J’angoisse dès mon réveil, car ma première pensée est reliée à la nourriture. « J’ai faim ce matin, mais est-ce que c’est vraiment de la faim? Je devrais juste prendre un café et voir après comment je me sens. Hier, j’ai mangé un « vrai » souper, je devrais ne rien manger aujourd’hui, sinon je vais clairement prendre 50 livres ». Ces pensées, que je commence tranquillement à reconnaître comme erronées, me suivent constamment. C’est épuisant et ça fait douter de soi chaque seconde. Ensuite viennent les pensées qui me font croire que je ne serai jamais assez bien, belle, compétente et que je ne mérite pas le bonheur. Cette maladie vient également avec des symptômes physiques et des risques importants pour  la santé. La plupart des fois que je me lève, j’ai la tête qui tourne. J’ai froid la plupart du temps, je perds mes cheveux, je suis fatiguée, je fais énormément d’insomnie et j’ai des problèmes de concentration.

noir et blanc, femme nue, sur plancher de métal, colonne vertébraleSource image : Pexels

Heureusement, malgré mon petit démon, j’arrive tout de même à croiser des petits rayons de soleil dans mes journées.

Depuis que j’ai commencé mon programme à l’hôpital, j’y trouve une source incomparable de soutien, de la part de l’équipe médicale et d’autres patients. C’est triste, mais réconfortant de réaliser que je suis loin d’être la seule qui souffre de cette maladie.

Écrire cet article m’a demandé énormément de courage, puisque je trouve ça extrêmement difficile d’accepter le fait que j’ai un trouble alimentaire. Par contre, je trouve ça important de le faire, pour sensibiliser les gens aux maladies mentales, parce que c’est plus commun que ce que l’on pense. Les troubles alimentaires sont partout et touchent énormément de personnes, peu importe leur âge. Parlez-en! Sans jugement, avec une ouverture d’esprit, vous serez surpris de ce que vous apprendrez et que les stéréotypes ne sont pas toujours représentatifs de la réalité.

 

Si toi aussi tu souffres d’un trouble alimentaire ou que tu penses connaître quelqu’un qui en souffre tu peux consulter le site web d’ANEB Québec pour plus d’information sur comment t’en sortir et pour avoir du soutien.

 

Source image de couverture : Pexels

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