C’est tout simple. J’ai lu un nom, quelque part.

Le nom d’un vieux fantôme très personnel.

J’ai les miens et vous avez les vôtres : tout le monde a ses vieux fantômes. Ils se reconnaissent souvent au fait que, bien qu’ils ne fassent plus partie de votre vie, ils sont encore capables de déclencher en vous des sueurs froides; ils viennent aussi vous visiter au détour d’un rêve étrange, parfois… Je parle de ces fantômes-là.

Je venais de m’en remémorer un bien malgré moi, et tout un cortège de souvenirs se mit aussitôt à défiler dans ma tête.

Mais quelqu’un cogna à la porte à ce moment et je sortis aussitôt de mes pensées. C’était probablement le colis que j’attendais. Lorsque je m’y rendis, le livreur avait disparu; cependant, j’ai eu droit à un soleil radieux qui me ramena d’un coup en septembre. Une jeune famille marchait doucement dans la rue; un gros pigeon observait les alentours du haut de son fil électrique; et sur le trottoir, le vent faisait danser une vieille feuille qui avait survécu à la pluie.

Ces mauvais souvenirs que je ruminais, ces malheurs que je me rejouais, ils m’avaient fait oublier la vraie vie qui se trouvait dehors, juste devant chez moi.

Si ce n’avait été de ce colis qui me fit quitter la compagnie de ces vieux fantômes, je les aurais peut-être trainés avec moi pendant tout l’après-midi.

J’ai relativisé. Cette personne - ou une autre - m’a blessée, et je m’en veux pour cela; mais en réalité, combien sommes-nous à avoir été blessés par elle et à nous punir de lui avoir accordé notre confiance ? Nous connaissons tous « cette » personne de notre passé qui revient à la charge pour nous hanter; nous sommes tous unis par cette même blessure. Seul son visage change. Nous avons tous cru en quelqu’un qui s’avèrerait plus tard malhonnête; nous nous sommes tous montrés sincères alors qu’il ne le fallait pas. Nous apprendrons tous cette leçon. Personne ne sortira d’ici sans s’être fait duper.

Cette réflexion a fait perdre à mes fantômes leur importance et leur ascendant sur moi. Ces souvenirs n'étaient pas que miens : je les partageais avec des milliards d’humains depuis les débuts du Monde.

Le soleil de septembre m’avait rappelé que ces fantômes ne survivaient plus que dans mon esprit, et ce, depuis longtemps.

Si leur rencontre a inévitablement façonné certains aspects de ma personnalité, il était aussi de mon devoir de savoir faire taire leurs voix afin de passer à autre chose : la vraie vie.

Et la vraie vie se trouve dans l’amour et les belles choses qui prennent forme autour de soi.

Le soleil, cette petite famille, ce pigeon… Même cette vieille feuille. J’y ai vu quelque chose de beau. J’y ai vu la chance d’être capable de contempler le monde qui m’entoure; la chance d’être aux portes d’un nouvel automne; la chance d’avoir des gens à qui penser et des gens qui pensent à moi.

Je tâcherai de m’en souvenir la prochaine fois qu’un vieux fantôme se pointera le nez, au détour d’une rue… Ou d’un site web.

Je songerai à la chance que j’ai d’être ici, maintenant.

Maître de mes pensées.
Libre de refuser ma porte à quelque fantôme que ce soit.
Image de couverture via Unsplash

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