Faits Vécus Voyage

Cela fait un moment que je n’ai pas écrit. Il est certainement plus facile d’écrire quand on se projette dans l’imagination, ou quand on se plonge dans ses souvenirs plutôt que lorsqu’on vit le moment présent d’un rêve tant attendu.

«La réalité est bien plus hallucinante que l’imagination».

Me voilà rentrée au bout de cinq mois d’aventure autour de l’océan Atlantique, des fleuves guyanais et de la mer des Caraïbes. De nombreuses terres foulées, les Canaries, le Cap Vert, la Guyane, Trinidad et Tobago puis la Martinique. Et des tas de rencontres…

Novice en navigation, exclue de ce monde si lointain, jamais je n’aurais pensé qu’un jour je traverserais un océan à bord d’un voilier.

Ce 19 Octobre 2016, sur l’île de la Graciosa aux Canaries, j’embarquais à bord d’une galère nommée Aîto (Bois de Fer, guerrier en Tahitien) – Ketch (2 mâts) en acier jaune, de quatorze mètres de long.

Vivre sur l’océan, c’est de troquer son lit douillet, sa maison, sa douche, ses toilettes, son intimité en somme, pour une vie de partage, de confort minimum, et un défi à relever pour atteindre un bonheur inespérable.

En navigation on réapprend à vivre, à prendre le temps de vivre. Chaque geste anodin du quotidien, qu’ils soit de faire à manger, d’aller aux toilettes, de dormir etc., devient une mission. Car oui, nous sommes dans un espace restreint qui en plus de ça, bouge dans tous les sens, constamment. Cela pourrait paraître invivable pour certains à prime abord, mais je vous assure que la vie à bord d’un voilier m’a appris bien plus de choses que la vie terrienne. Qui plus est, la vie en mer offre des cadeaux qui vont bien au delà de notre imagination…

voilier mer océan voile voyageSource image: Unsplash

Viens que je te raconte un peu!

Imagine-toi, de l’eau à 360 degrés tout autour de toi. Cette vue donne l’impression d’être enfermé dans une sphère. Un aquarium géant à ciel ouvert. Un cerveau géant dans lequel on se balade. On navigue d’une pensée à une autre, à chaque vague. Puis plus on reste de temps à la barre plus nos pensées se précisent et se trient par elles-mêmes pour n’en laisser qu’une ou deux. On entre dans un état méditatif, spectateur d’un tableau vivant. On navigue sur l’océan, un océan de pensées, d’idées.

Les levers, couchers de soleil, de Lune sont toujours différents, c’est ce qui rythme tes journées, et te surprennent à t’émerveiller chaque jour devant la scène la plus naturelle et simple qu’il soit sur cette planète. Bien souvent des animaux marins viennent te saluer et faire un bout de chemin avec toi. Mais le plus féerique, je trouve que c’est la nuit, lorsque tout l’équipage est plongé dans le sommeil et que tu te retrouves seul.e à la barre, en tête à tête avec l’imprévisible et surprenante mère nature. L’atmosphère change, c’est alors qu’un nouveau monde s’offre à toi.

Parfois la nuit, lorsque le ciel est mis à nu, dépourvu de tout nuage, que les étoiles se balancent dans l’immensité du jour couché et que le vent souffle assez fort, Aîto prend son envol. Il se laisse porter par la houle, et rien ne peut l’arrêter. Les milliers de planctons à la surface de l’eau se mettent à s’agiter au contact du frottement des vagues contre la coque du voilier puis, à son passage, s’illuminent d’un jaune étincelant. Il y en a tellement, que si on passe la tête sous la jupe du bateau, on a l’impression qu’un spot lumineux se cache dessous. C’est alors que la mer et le ciel ne font plus qu’un: le ciel devient mer d’étoiles, et la mer devient un ciel étoilé. Alors Aîto, transporté par la houle et le vent, décolle à la conquête de l’espace. L’espace et le temps prennent une toute autre dimension. Le temps s’arrête, et l’espace se confond dans la grandeur de la nature. Le vaisseau naval devient alors un vaisseau spatial. Nous flottons, tantôt sur l’eau, tantôt en apesanteur. La longue traînée de mousse blanche défilant à l’arrière du bateau, laissant penser le plus grand des rêveurs à mademoiselle la Voie Lactée. Les étoiles n’ont jamais été aussi proches de moi. Je me suis sentie à la fois un marin (un vrai bonhomme!) et à la fois un astronaute. On naviguait à travers le cosmos des océans. Les étoiles filantes tombaient du ciel à la verticale, comme des gouttes de pluie se libérant d’un nuage un peu trop chargé d’eau. Et puis la lune! Ah la Lune… Toujours derrière nous, à veiller sur l’équipage dès son lever.

mer océan plage voie lactée étoile cielSource image: Unsplash

Souvent quand le soleil commençait à pointer le bout de son nez à bâbord, que les étoiles disparaissent une à une, qu’un semblant de jour se faisait sentir, à tribord il faisait encore nuit. La lune brillait encore parmi les étoiles. Cela ne durait qu’un bref instant, peut-être quelques minutes mais je trouve que c’est une parfaite transition entre le passé, le présent et le futur. Entre une nuit qui s’apprête à devenir souvenir et la naissance d’un jour nouveau qui sera bientôt lui aussi un futur souvenir plus ou moins lointain. Tout cela se passait au même moment. Au moment présent.

Naviguer au bout de ses rêves. Chacun de ces petits moments de vie qui peuvent paraître insignifiants dans une routine de vie, prennent une importance essentielle et purement simple lorsque tu pars à l’aventure. Ils construisent tes journées, tout en te faisant perdre la notion du temps. En voyage, tu vis au présent! Ce sentiment de liberté totale où chaque situation vécue est accélérée et semble se passer de la meilleure façon qui soit pour toi.

Ce sont de multitudes de moments simples, parfois fous mais qui, mis bout à bout, esquissent ce qui pourrait ressembler au bonheur.

 

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Wendy Girard

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