Je suis quelqu'un de plutôt nostalgique et ramasseux. J'ai de la difficulté à jeter des choses, car j'ai peur de le regretter. Je garde tout en souvenir, c'est limite désagréable à quel point je m'attache aux petites choses.

Et je ne tiens pas ça de nulle part.

Mon père est pire que moi!

Lui, il a des artéfacts de ses arrière-grands-parents qu'il n'a jamais utilisés, mais qu'il garde parce que ça vient de la famille et qu'il y a une valeur derrière ça; de la porcelaine de ma grand-mère en passant par les vieux divans de ma grande tante, qui sont d'ailleurs rendus chez moi. Je viens de prendre la grande responsabilité de la tradition et de la passation.

Mon père garde de vieux papiers, des souvenirs de ses voyages de jeunesse, des gribouillages de coin de table et des idées de projets qui ne verront surement jamais le jour. Mais ils sont là, dans l'étendue de sa maison, répandue un peu partout. Est-ce que c'est pour se rappeler des belles choses ou pour se créer des regrets? C'est difficile à savoir. Mais si j'avais à mettre mes millions sur l'un, ça serait le second.

Un champ de mines de vieux regrets et de j'aurais dû.

À travers des bibliothèques ancestrales et des meubles trop lourds, qui tiennent fièrement debout, parce que tout était donc ben mieux fait dans ce temps-là.

Des meubles solides pour pouvoir bien soutenir ce qu'ils représentent, sans vraiment le savoir. Toutes leurs histoires, toute leur vie. C'est quand même poétique, d'avoir autant de vécu sans pouvoir en parler, si ce n'est à travers ses chambranles, ses égratignures et ses bruits. Une charpente qu'on regarde comme un roman, parce qu'il en est un pour celui qui sait le lire.

Mon père sait, lui.

Sa vie et la vie de son sang sur chaque crevasse, fente, rayure et sillon.

Des grafignes qu'il passe et repasse dans sa tête, en espérant un peu que l'histoire finisse par changer, que le dénouement, tout de moins, en soit un différent.

Parce qu'une histoire de vieux meuble, c'est bien beau, mais il faut bien se ramener à la réalité. C'est lourd à déplacer, c'est impossible à réparer, c'est beau, mais ce n'est pas toujours pratique ou adapté à la vie d'aujourd'hui.

Un peu comme tout ce qui vieillit, dans le fond.

Moi, j'aime ça les vieux meubles.

J'ai toujours aimé ça. Pas pour les mêmes raisons que mon paternel, cependant.

Je ne connais pas les histoires, si ce n'est que par la bande ou à travers une oreille d'enfant. J'aime que ce soit unique. C'est l'unicité de l'article qui m'attire. D'avoir quelque chose qui ne se voit pas ailleurs, qui ne peut pas être acheté au Ikea, qui fait différent. J'aime la différence. Ce qui sort du lot. Ce qui a du caractère et du cachet.

Un peu comme tout ce que j'aspire à être.

Peut-être que dans le fond, ce ne sont pas les meubles qui nous racontent leurs histoires. C'est nous qui revendiquons notre singularité, à travers eux.

Mais qu'est-ce que j'en sais, je ne suis qu'une ramasseuse nostalgique, après tout!

Source de l'image de couverture : Unsplash

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