Voyage

Qui n’a jamais rêvé de tout quitter, acheter une van et partir seul(e) sans attache à la découverte du monde. Des mois sur la route, des paysages de rêve, des rencontres uniques. L’instant d’une vie où le quotidien n’est plus là et où chaque journée est un renouveau, une nouvelle découverte.

Mon amie Mélissa l’a fait en décembre, elle est partie avec Georgio, sa fidèle van. Elle a tout quitté pour réaliser son rêve. Partie de Montréal fin décembre 2019, 3 mois et 16 000 km plus tard elle se retrouve bloquée à San Juanico au Mexique, un arrêt forcé qui fait réfléchir, qui fait s’arrêter, prendre le temps à l’autre bout du monde de se poser.

melissa le royer dan latiff voyage roadtripSource image : Dan Latif

Retour sur six mois de voyage avec Mélissa Le Royer, cette fille artiste dans l’âme au sourire contagieux, cette belle personne qui a osé!

1- Quel a été l’élément déclencheur de ton départ? Comment es-tu passée de l’idée à l’acte?

J’avais toujours dit que si jamais un jour je devais être amenée à quitter le Québec, je ferais un grand road trip en van pour découvrir les Amériques avant de rentrer en France. Ça faisait des années que je mijotais l’idée, mais le passage à l’acte s’est fait de manière très progressive. Tout a commencé en janvier 2019, lorsque j’ai pensé à l’idée de passer l’été à Montréal à vivre dans un van. Je voulais quitter ma coloc, me recentrer sur moi, économiser et profiter de mes fins de semaine pour partir dans le Maine, où j’avais l’habitude de surfer. C’est donc ce que j’ai fait, en avril 2019, j’ai trouvé un endroit tranquille où me stationner à Montréal et le mois qui a suivi, j’ai acheté Georgio, mon Dodge Ram Van B250. De juin à novembre 2019, j’ai donc vécu une vie de van en ville tout en travaillant à côté. Cette expérience m’a permis de mettre de l’argent de côté tout en m’habituant à vivre dans mon camion avant mon départ. Ce n’est qu’à la fin de l’été que j’ai véritablement pris la décision de partir à l’aventure. Je voulais échapper à l’hiver québécois, mais surtout, changer d’air. J’avais envie de changements, de nouveautés et surtout de me lancer dans un projet solo pour partir à la conquête de moi-même.

2- Avais-tu peur? Comment te sentais tu la veille de ton départ?

Oui, j’ai toujours eu peur dans tout ce que j’ai entrepris (et la peur sera toujours là), mais à force de la dépasser, la peur est devenue, notamment au cours de mon voyage, un stimulant, une dose d’adrénaline plus qu’un frein au cours de mon épopée. Pourtant, la veille de mon départ, j’ai fait une crise d’angoisse et je pleurais toutes les larmes de mon corps dans les bras de mes deux meilleurs amis en leur jurant que j’étais incapable de les quitter.

3- De ces six derniers mois, si tu devais choisir trois moments quels seraient-ils?

Ah ah il y en a 1000 !!! Mais les trois moments qui me viennent le plus rapidement à l’esprit lorsque je regarde en arrière sont : cet incroyable coucher de soleil dans le parc National de La Vallée de la Mort en Californie, je n’ai honnêtement jamais vu un ciel pareil de ma vie. Il y a aussi cette matinée toute seule dans l’eau à faire de la plongée en apnée dans le parc National de Cabo Pulmo au Mexique où j’ai littéralement halluciné, et fini par paniquer, de me retrouver encercler par autant de milliers de poissons de variétés, tailles et couleurs aussi différentes. Enfin, je dirais cette soirée partagée avec un ami où nous avons surfé seuls, jusqu’à la tombée de la nuit, éclairés par la pleine lune et ses étoiles, quelque part au milieu de nulle part en Basse-Californie du Sud. J’aimerais rajouter les 20 000 km de route en solo avec Georgio qui pourraient se condenser en un seul et unique moment tellement j’adore la liberté que me procure le fait de m’accrocher à son volant.

4- Ta plus belle rencontre sur ton chemin?

TOUTES! Je suis partie seule pour ça, pour rencontrer des gens, m’inspirer d’autres modes de vie, de penser, de cultures, de valeurs, de visions et perspectives du monde! Me demander de choisir, c’est faire perdre de la valeur à mon voyage, car toutes les personnes que j’ai rencontrées ont contribué à faire ce qu’il est et à devenir qui je suis.

5- Faire un road trip en temps de pandémie, ça ressemble à quoi?

road trip melissa le royer vue vanSource image: Mélissa Le Royer

C’est particulier…

Il y a du bon et du mauvais. Certains endroits sont fermés ou interdits du fait de la pandémie, ça limite donc ma liberté d’explorer et de profiter, mais d’autres restent ouverts, libres d’accès et vides de visiteurs me donnant ainsi l’opportunité de pouvoir pleinement les apprécier et de m’en imprégner.

Les touristes et voyageurs ayant déserté, il est aussi beaucoup plus rare de rencontrer du monde dans la même dynamique de voyage que moi, je me sens donc bien évidemment plus seule, mais l’avantage c’est que lorsque je réussis à tomber sur ceux qui sont restés, je me retrouve face à des aventuriers avec des histoires et expériences super enrichissantes à partager. Enfin, pour ce qui est de la population locale au Mexique, elle a toujours été accueillante, bienveillante et chaleureuse malgré la situation. On se protège, mais on continue d’échanger.

6- Le début de 2020 a été chaotique dans le monde, comment as-tu vécu l’actualité?

Pour être honnête je me suis focalisée sur mon voyage et mon intuition plus que sur les actualités…

En fait, avec le recul, je me suis rendue compte que le virus me courait après depuis le début, car tous les états des États-Unis que j’ai traversés se sont fermés peu de temps après mon passage… Je suis ainsi passée in-extremis en Basse-Californie, au Mexique, avant qu’ils ne bloquent les frontières. C’est là que j’ai un peu plus compris tout ce qui se passait… Ma famille et mes amis en France comme au Canada commençaient à m’alarmer et à s’inquiéter pour moi. Ils me parlaient de confinement tandis que je pouvais encore circuler librement. Je ne comprenais pas. J’ai vécu la crise avec un mois de décalage, début avril, lorsque je suis arrivée à Scorpion Bay, un petit village de surf, en Basse-Californie du Sud, où je me suis retrouvée exclue du camping qui fermait pour cause du COVID. Là j’ai commencé à rentrer dans le vif du sujet, mais honnêtement, j’ai été super chanceuse, car même si cette période a été difficile (et elle le reste encore), je pense avoir été confinée au meilleur endroit pour la vivre.

7- Après six mois, comment te sens-tu? Penses-tu avoir changé?

Relativement bien, avec les hauts et les bas que toute personne peut ressentir à certains moments dans sa vie, et ce, peu importe où je suis. Partir en voyage ne veut pas dire partir en vacances, même si on rencontre parfois aussi des péripéties et mauvaises surprises au cours de celles-ci. Il n’y a jamais de pause dans la vie. Partir à l’aventure c’est vivre une autre expérience de vie, avec son lot de bons  et de mauvais moments. Les événements sont simplement déplacés à un autre niveau, une autre échelle, dans le sens où ils sont nouveaux, inconnus. On apprend donc à les gérer sur le tas, physiquement comme psychologiquement.

Ainsi, je pense que ce voyage m’a permis de développer ma débrouillardise, ma capacité d’adaptation, ma flexibilité, mon autonomie, mon ouverture d’esprit, mes compétences interpersonnelles, manuelles, sans oublier les langues : espagnol comme anglais. Enfin, ce voyage ça m’a surtout donné le temps, l’espace, le courage et un véritable sujet pour m’exprimer et mettre en avant mes capacités artistiques et créatives à travers mes textes, photos, chansons/parodies et vidéos dédiés à ce voyage.

8- Penses-tu au retour? Te vois-tu reprendre une vie normale?

roadtrip pandémie melissa le royer van voyageSource image: Mélissa Le Royer

Oui et non, honnêtement, après sept mois de vadrouille, j’ai l’impression de vivre ma vie tout simplement plus que de faire un voyage en tant que tel, dans le sens où je ne vois pas cette aventure comme une parenthèse ou une pause, mais plus comme une expérience comme une autre qui s’inscrit dans mon cheminement de vie. Ainsi, j’aspire plus à pouvoir continuer à vivre une vie qui me plait, comme je l’entends, en fonction de mes envies du moment, plus que de reprendre une vie «normale»… C’est un concept que j’ai du mal à comprendre vu que chaque être est différent. J’ai rencontré beaucoup de personnes sur la route avec des histoires, expériences et manières de vivre et gagner leur vie qui leur sont propres, je suis en train de découvrir la mienne.

Le voyage m’a aussi appris que plus on cherche et moins on trouve… La vie mérite d’être vécue plus que voulue, dans le sens où bizarrement, les meilleures choses me sont arrivées lorsque j’arrêtais d’y penser ou de courir après. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas avoir d’objectifs, ni d’intentions, mais simplement s’autoriser aussi à vivre et faire confiance à la vie au lieu de rester focaliser sur le «comment on voudrait que les choses se passent», car elles ne se réalisent jamais comme on l’imagine!

9- Que dirais-tu à une personne qui veut partir mais n’ose pas?

Un truc super bateau, mais tellement vrai : «On n’a qu’une vie, alors vas-y!».

Nous sommes sur terre pour vivre les expériences de vie que nous dicte notre cœur et non pour écouter les peurs que nous dicte notre mental. Ces peurs sont un leurre, il faut donc y faire front en cessant de les écouter et en posant des actions en corrélation avec nos profondes aspirations. Se mettre en action sur ce qui nous anime, c’est forcer le mental à collaborer au lieu de le laisser nous freiner et nous rendre malheureux de ne pas faire ce que nous avons réellement envie de faire. C’est plus facile à dire qu’à faire, mais c’est aussi pour ça qu’on parle de «courage» dans la vie, sans la peur, ce mot-là n’existe pas.

10- Un mot pour terminer?

crédit photo @Mélissa Le RoyerSource image: Mélissa Le Royer

Aucun regret.

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Alexandra Coste

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