Faits Vécus

Tout le monde devrait manger à sa faim.

Lorsqu’il y a des gens déçus de ne pas avoir assez d’argent ou dans une situation précaire, l’égoïsme de l’être humain devrait être mis de côté. Si ce n’est que pour permettre de aux autres de se remplir l’estomac.

Ma mère était propriétaire d’une boulangerie. À ses débuts, il lui restait beaucoup trop de viennoiseries et de baguettes de pain à la fin d’une journée de production.

Deux options s’offraient à elle :

La première était de faire don de cette grande quantité de nourriture à des organismes et épiceries communautaires. Une option qu’elle utilisera pour un peu plus de 80 % du surplus d’inventaire.

La deuxième était de se servir de ses progénitures (mon frère et moi) pour écouler le stock en nous remplissant les poches pour l’heure de la collation. Afin d’éviter que d’attraper un diabète précoce à mon début de l’adolescence, je prenais donc ces près de 40 pâtisseries datant du jour d’avant et je nourrissais l’ensemble de mes classes et de mes professeurs.

Ma cote de popularité avait augmenté au point d’être couronné « Père Noël » durant mon bal de finissant. Honnêtement, cela ne me faisait ni chaud ni froid. L’important pour moi était que tout le monde puisse manger une viennoiserie avant d’attaquer la première période de cours.

Quand j’y repense aujourd’hui, plusieurs souvenirs me viennent en tête lorsqu’on parle de faim. Que ce soit par mon bénévolat, dans mes emplois ou dans ma vie.

Petite précision, je n’écris pas ces lignes par vantardise, mais bien pour permettre d’inspirer autrui sur l’importance que tout le monde puisse manger à sa faim. Un ventre vide est triste à entendre, alors que voir le sourire d’un jeune qui reçoit un morceau de gâteau, ça vaut tout l’or du monde.

Ce sont les petits gestes quotidiens de chacun qui peuvent faire bouger les choses.

Offrir un sandwich avec un accompagnement et une boisson à quelqu’un dans la rue, si vous n’êtes pas à l’aise de donner de la monnaie. Cela peut aider s’il n’a pas réussi à avoir accès à un organisme ce jour-là.

Cela peut être aussi simple que donner une pâtisserie à un enfant pour lui redonner le sourire. Surtout celui qui va dépenser son argent durement gagné pour la première fois. Celui qui veut montrer son indépendance à ses parents, qui constate qu’il grandit trop vite. Mais, malheur, il ne lui manque que quelques sous pour acheter la gâterie sucrée sans convoitée. Lorsque j’étais vendeur à la boulangerie, je préférais perdre une vente, mais voir l’émerveillement dans les yeux de cet enfant. Ça faisait ma journée.

Donner de l’argent à une mère de famille de votre entourage. Celle qui se brûle les ailes en travaillant plus de 50 heures par semaine. Il y a assez pour payer le loyer, mais pas pour payer de la nourriture à son enfant. Lorsque j’étais plus jeune, je n’y ai pas pensé deux fois. J’ai retiré une somme d’argent et je lui ai donné. Elle trouvait que c’était trop, mais personne ne devrait se prier de nourriture. J’ai également donné mon manteau à son fils pour qu’il n’ait pas froid. L’hiver au Québec peut être sans pitié.

Mettre un peu plus dans les assiettes des étudiants, car ils payent souvent trop cher la nourriture qu’on leur donner à la cafétéria. Ce qu’on voit sur les photos est loin de représenter la réalité de la qualité des repas servis. En tant que « Dame de la cantine » (titre que je me suis donné), je me dois d’obéir aux exigences de mes employeurs. Mais je ne suis pas à l’aise de donner des toutes petites portions de restants de salades et de tomates plus ou moins frais. Sourire vers mes patrons, mais clin d’oeil vers mes clients. J’ajoute quelques aliments dans l’assiette. Double portion de frites, c’est moi qui régale. Et mes étudiants ont le ventre plein et sont prêts à affronter leur cours.

Personne ne devrait avoir à mettre son estomac en attente.

Malheureusement, la nourriture à un prix. Et parfois, il est irraisonnable. Chacun est donc amené à trouver des solutions. Que ce soit pour subvenir à ses besoins grâce aux banques alimentaires que de vouloir se gâter d’une barre de chocolat au Dollarama. Tout le monde devrait pouvoir manger à sa faim.

Et c’est grâce à la bonté et l’ingéniosité de ma mère que moi, surnommé la « Dame de la cantine » de l’Université de Sherbrooke, je continue de donner des portions juste un peu plus grosses. Pour le bonheur des gens.

Oui, ma récompense est mon salaire, mais le sourire et les remerciements sont mes pourboires.

 

 

Source de l’image de couverture : Pixabay
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