Du 19 au 22 février, la TOHU présente Kintsugi, une création de Machine de Cirque mise en scène par Olivier Lépine. Inspirée de l’art japonais qui consiste à réparer les céramiques brisées avec de la laque saupoudrée d’or, l’œuvre explore avec une grande humanité la reconstruction de soi.
Le kintsugi ne cherche pas à masquer les fissures : il les révèle, les souligne, les honore. C’est exactement ce que fait ce spectacle.

Une histoire qui ébranle et rassemble
Tout commence dans un abribus, à l’écart du monde et du temps. Des inconnus attendent, valise à la main. Ils ne savent ni quand ils partiront, ni vers quelle destination. Cette attente devient le cœur battant du spectacle. Une attente traversée par des tempêtes, des aubes timides, des fragments de maison et de souvenirs. Un espace suspendu où l’on se perd un peu… pour peut-être mieux se retrouver.
Parmi eux, une femme enceinte qui accomplit les mêmes prouesses vertigineuses que les autres artistes. On retient son souffle à chaque envol, à chaque déséquilibre. Sa présence intrigue, bouleverse, soulève des questions. Sa trajectoire, tout au long de la pièce, est d’une intensité rare.
Ce qui frappe dans Kintsugi, c’est la délicatesse avec laquelle les thèmes sont abordés : le deuil, la colère, la solitude, la maladie, mais aussi la solidarité et l’apaisement. Peu à peu, ces voyageurs immobiles se transforment. L’attente devient passage. Les fissures laissent entrer la lumière.
Impossible de ne pas penser aux mots tirés de Leonard Cohen :
« Il y a une fissure dans toute chose ; c’est ainsi qu’entre la lumière. »

Des prouesses qui coupent le souffle
Si l’histoire touche en plein cœur, les performances, elles, impressionnent profondément. Les disciplines s’enchaînent avec une précision remarquable. Elles portent les récits. Elles traduisent physiquement le vertige intérieur, le déséquilibre, puis la recherche d’ancrage. Les artistes se dépassent avec une intensité saisissante, tout en incarnant des trajectoires profondément humaines.
Un numéro m’a particulièrement marquée : la suspension par les cheveux.
Voir une artiste s’élever dans les airs, suspendus uniquement par les cheveux, provoque d’abord une réaction viscérale. On a mal pour elle. On grimace. On se demande comment c’est possible. Et pourtant, elle évolue avec une grâce déconcertante, comme si la douleur n’existait pas. Elle tournoie, se balance, défie la gravité avec une maîtrise impressionnante. Il y a dans sa performance quelque chose de profondément puissant : une démonstration de force, mais aussi d’abandon et de confiance.
C’est fascinant. Et franchement, spectaculaire.
Machine de Cirque réussit ici un équilibre rare : offrir des prouesses acrobatiques vertigineuses tout en proposant une œuvre sensible et accessible. Un spectacle grand public, oui, mais complexe et complet. Beaucoup de choses que mon fils de dix ans n’a pas comprises et que moi, j’ai ressenties au plus profond de mon être.

Kintsugi est un plongeon dans la vie telle qu’elle est : imparfaite, fragile, parfois chaotique… et pourtant traversée d’éclats d’or.
On en ressort avec le souffle court, le cœur plein et cette envie douce de transformer nos propres tempêtes en éclaircies.
Image de couverture de Virgile Sabouraud