Faits Vécus

Je me prénomme A., j’ai 38 ans, je suis bipolaire de type 2. Je l’écris et en même temps on dirait que je fais allusion à une autre personne. Moi qui utilisais ce terme pour blaguer parfois. Moi qui pensais qu’il s’agissait de gens complètement déraillés… Je peux vous confirmer que je ne suis aucunement le genre de personne auquel le diagnostic était écrit dans le ciel.

Ambitieuse, carriériste, scolarisée, brillante à mes heures, beaucoup de succès au travail, une vie sociale animée et sans conflit, une vie de couple tumultueuse, mais pas suffisamment pour s’alarmer. J’avais tout de la fille auquel on n’aurait jamais pensé associer des troubles psychiatriques.

Vous vous demandez surement: mais pourquoi se révéler autant et se montrer à nu par écrit ? Je vous répondrais que cette maladie est méconnue par beaucoup de jeunes ou moins jeunes et parfois très incomprise. On entend souvent « Ben voyons, ce n’est que dans les téléromans, ils sont tous enfermés à l’asile… » et bien non, mes chers lecteurs/lectrices. Je suis tout à fait normale, enfin presque. Cette maladie n’est qu’un débalancement chimique qui se produit dans le cerveau; il s’agit d’une maladie mentale méconnue et fascinante pour certains. Même encore pour moi.

Si on revenait à mon enfance, toute jeune, j’étais une fillette extrêmement enjouée et expressive qui entendait juste à s’amuser. J’étais munie d’un tempérament très intense. Disons-le, comme beaucoup de jeunes enfants, j’avais de la difficulté a réguler mes émotions. À cette époque, mes parents attendaient que la tempête passe et priaient le Bon Dieu que je finisse par me calmer sans faire trop de dégâts.

Comble du malheur ce ne fut pas le cas. À l’adolescence j’étais têtue comme une mule. Je ne faisais qu’à ma tête et je dictais mes propres règles. J’étais réellement sauvage et indomptable. Une vraie boule d’émotions. Par contre, ce qui était étrange et qui permettait à mes parents de ne pas se décourager et me faire vivre dans le cabanon c’était que, étonnamment, je pouvais faire une crise complètement hystérique et que quelques minutes plus tard je riais aux éclats. J’étais donc un phénomène météorologique inexplicable.

 

femme trouble mental

Source de l’image : Unsplash

 

C’est à l’âge de 36 ans que ma vie a basculé. Je suis tombée enceinte et la vie m’a offert un merveilleux cadeau. Un petit garçon adorable que jamais, mais au grand jamais, je ne vais regretter. Par contre, ce cadeau fut le début tragique de ma maladie. Il faut comprendre que les scientifiques associent souvent l’éclosion du trouble bipolaire (en état de dormance) aux chamboulements hormonaux. En fait, beaucoup de femmes vers la fin trentaine subissent le même sort. C’est à ce moment que mon cerveau s’est déréglé. Cet organe qui me permettait d’être fière de mon intelligence, de mes capacités, d’être en contrôle… Cette machine de mon anatomie qui gère mon système nerveux, mes réactions. C’est à ce moment que la transmission de ma personne m’abandonnait sur une route sinueuse.

Étant intenses de nature, mes réactions n’ont pas changé de façon drastique, mais des facteurs comme le stress lié au travail, la nouvelle routine de vie ont carrément fait exploser la maladie.

C’est grâce à ma psychologue qui me suivait à l’époque, à une séance en particulier, qu’elle a détecté une possible crise de manie. J’ai été transférée par la suite à une psychiatre, afin que celle-ci m’évalue. C’est à ce moment que le verdict est tombé. Personnalité bipolaire type 2.

Réaction : « Pas moi, je suis complètement normale.. Peut-être un peu intense et d’humeurs changeantes, mais ce n’est pas problématique. »

Le déni, cette arme de défense qui te sert de bouclier lorsque ton orgueil est tellement atteint que tu songes même à ne plus continuer a vivre dans ce délire. Le déni qui se poursuit pendant des mois jusqu’à tant que l’on trouve la molécule miracle qui fera en sorte que les perceptions que le cerveau ne contrôlait plus reviennent de façon plus claire et juste

Cette période de brume noire fut les 10 mois les pires de mon existence. En plus de perdre complètement mes moyens cérébraux dus aux médicaments, j’étais incapable de m’occuper de l’être que j’avais mis au monde. Mon enfant que j’aimais plus que tout. Je souffrais tellement que j’en voulais a la terre entière, j’avais perdu la raison. Perdu la raison de vivre.

Oui, j’y ai pensé, à arrêter ce cirque, à tuer la machine. Je l’ai même écrit et dit… J’étais dans ma période de dépression qui suit la période de manie. Ces montagnes russes qui ne se comparent pas qu’a une journée bien secouée à la Ronde. Ces montagnes d’émotions qui peuvent remettre en doute toute ton existence et ta confiance en tes capacités.

Ce que je veux vous léguer comme message, c’est que le cerveau est un organe. Comme le cœur, les reins, les poumons. Lorsque votre ami ou collègue, ou un membre de votre famille vous confie qu’il a un cancer aux poumons, est-ce que vous le jugez ? Au même titre qu’une personne qui fait une dépression majeure… non elle ne vomit pas du à ses traitements de chimio, non elle n’a pas de chance de mourir outre que de s’enlever la vie elle-même… Mais pensez-y bien à l’avenir, quand une personne vous dira qu’elle est soit borderline, bipolaire ou dépressive. Réfléchissez avec votre cerveau en parfaite santé à cette souffrance qui n’est pas physique, mais qui est tellement maitre de vos pensées. De cette douleur qui a le dessus sur tout. Il n’y a pas de remède contre la bipolarité, c’est une maladie que nous trainons avec nous toute notre vie. Une honte et un secret qui s’acceptent tranquillement que lorsque nous sommes dans la lumière.

Et cette lumière est toujours accompagnée de l’ombre qui nous suivra toute notre vie.

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