Je venais passivement d’assister à une mésentente entre deux collègues. Ce n’est pas le conflit qui m’avait le plus dérangé, mais plutôt la médisance d’une petite clique qui croyait toujours avoir raison et qui pouvait faire faire du temps dur à ceux ou celles qui oseraient s’opposer à un membre du groupe. On avait l’impression d’écouter un épisode de la guerre des clans. 

Vous connaissez certainement des adultes qui viennent revivre leur secondaire au bureau.

Vous voyez le genre: si tu n’es pas son ami, je ne suis pas ton ami... tu sais ces gens sans colonne qui vont se joindre à une meute, car autrement, ils ne survivraient pas seuls. Au sein de ce petit groupe maléfique, chacun a un rôle. Tu as la grande gueule, qui est celui ou celle qui dira haut et fort ce que tout l’monde pense (ce type de groupe adore avoir ce genre de frustré(e), cette personne a tellement de rage qu’elle donne l’impression d’être toujours prête pour un combat extrême. Ensuite, tu as son acolyte qui en a peur, mais qui reste collé à ses côtés pour ne jamais avoir à subir sa foudre et doit en tout temps démontrer sa loyauté. Tu as les autres membres, certains plus privilégiés que d’autres qui font partie du groupe, mais dans l’ombre sans carte de membre officielle (souvent ces personnes agissent différemment lorsqu’elles sont seules avec vous et elles adoptent une autre attitude lorsqu’elles sont avec le groupe soit celles de vous ignorer, car elles se sentent embarrassées en votre présence). Et vous avez les autres qui gravitent autour. Parmi ce public, il y a ceux qui ont soit déjà vécu du harcèlement et veulent en être épargnés, ceux qui gardent les relations platoniques au bureau et ont compris la dynamique, soit les petits moutons qui suivent aveuglément et les plaisanciers qui aiment le drame, car pendant que ça brasse on n’est pas entrain de parler d’eux.

J’étais là avec mes oreilles molles à écouter les perceptions de chacun des collabos du groupe, comme des membres d’un jury. Ce qui était très inquiétant à me friser les oreilles était de réaliser que les ragots venaient de personnes qui n’étant pas placées à dire un foutu mot sur qui que ce soit. 

Puisque je n’étais pas invitée à la conversation (je suis restée discrètement cachée derrière le paravent qui séparait les cubicules), je me suis abstenue de passer un commentaire et simplement d’écouter et d’apprendre à connaître la face cachée de certaines personnes. C’est incroyable à quel point une conversation négative peut diminuer le niveau d’intelligence des individus. Quelques heures plus tard, l’une des collabos... qui voulait prouver son appartenance arriva avec (ce qui semblait l’info du siècle) pour nourrir le groupe. Elle s’est d’abord mise à rire comme si elle venait d’entendre la blague la plus drôle depuis longtemps. C’est alors qu’elle raconta au groupe (nous allons la surnommer proie) que la proie était en larmes dans les toilettes et que certaines personnes lui avaient porté assistance.

Je vous laisse imaginer la grande gueule (le grand parleur du groupe) qui commença à poser des questions afin de positionner ses pions et partir en guerre. D’abord, elle demanda le nom des personnes et ensuite elle chercha à savoir ce qui avait été dit. Elle insista à quelques reprises à savoir si son nom avait été nommé dans la conversation. J’entends la collabo un peu agacée d’avoir peut-être trop parlé et avoir simplement eu envie d’être intéressante. Je crois qu’elle venait de prendre conscience que l’autre se servirait de ses dires pour attaquer et anéantir la proie. 

Personnellement, je commençais à trouver cela intense comme chicane de bureau concernant une mauvaise communication et perception qui aurait pu se terminer autrement. Je voyais la situation s’envenimer et trop de gens vouloir s’impliquer alors que cette situation ne les regardait pas.

La journée avait tiré à sa fin et la plupart des gens avaient quitté le bureau. Je devais terminer quelques documents puisque j’accumulais un petit retard suite au décès de mon père. Me rendant à la photocopieuse, je croisai ma collègue (pour moi ce n’est pas une proie), elle avait les yeux encore boursoufflés et elle osait à peine me regarder. Je lui ai demandé ce qui n’allait pas, elle m’a répondu qu’elle s’est clairement fait aviser de ne pas parler, car si ça tombe dans l’oreille dune certaine personne, elle aurait du trouble. Vous ne me connaissez pas...mais je ne pouvais plus rester passive face à cette violence. Une personne qui vit de la détresse et qui a peur de s’exprimer de peur de représailles... je considère ça comme de l’intimidation et j’étais incapable de laisser passer ça sous silence. Disons que j’ai la couenne dure et j’en ai vu d’autres dans ma vie.  Elle m’expliqua sa version du conflit et c’était ce que je croyais, connaissant les gens au travail. Lorsqu’elle qu’elle racontait sa partie, je pouvais sentir une détresse et son regard était partout comme quelqu’un ayant peur de se faire prendre à tricher dans un examen. Elle semblait sous le choc et elle m’a alors dit cette phrase qui m’a frappée de plein fouet : maintenant, je sais comment tous ceux qui ont subi la foudre du groupe peuvent s’être sentis. Certains ont démissionné, changé de département ou partie en burnout (épuisement professionnel). « Pis moi, j’étais là en désaccord, mais je ne disais rien » .

Je me suis questionnée à savoir, si elle avait fait résonner certains membres du groupe est-ce qu’aujourd’hui, le tyran aurait perdu quelques des collabos ou lâcher prise sur certaines de ses cibles. On ne le saura jamais!

Le lendemain, ma collègue brilla par son absence, car la clique croyait avoir gagné la partie avec un homerun. Je les entendais comploter en supposant qu’elle allait changer de département, qu’elle allait peut-être faire une plainte au RH, qu’elle partirait en maladie pour une longue période. L’ironie c’est qu’au sein de ce même groupe il y avait une personne membre du programme d’aide aux employés et une collègue qui était à son deuxième épuisement. Bon, j’arrête. Je ne me sens pas mieux qu’autre dans mon cubicule à les trouver pathétiques. Finalement, j’ai la technique d’attaquer le plus fort afin d’ébranler les autres. J’ai alors demandé de parler en privé à la grande gueule du groupe (je la connaissais quand même bien). Je lui ai fait comprendre qu’elle se faisait nourrir par ses pairs et que le conflit ne la regardait pas. Elle a commencé à me dire qu’elle aussi avait déjà vécu la même situation avec l’autre collègue, j’ai eu à lui faire comprendre que si elle l’avait réglé à l’époque, on n’en serait pas là avec cette vendetta. Disons que j’ai quelques tours dans mon sac et ma position hiérarchique me permettait de la rencontrer et de lui signaler ce que j’avais entendu de mes propres oreilles et que je n’avais pas l’intention de laisser passer une situation comme celle-ci. J’en ai vécu dans ma vie et aujourd’hui même avec son armée, elle n’aurait pas l’étoffe pour me déstabiliser. J’en ai vu d’autres dans ma vie et je devais réagir pour le bien de tous.  À travers ce brouhaha, je lui ai parlé de ce que j’avais vécu et l’impact que cette situation avait eu dans ma vie. Je peux vous dire que lorsqu’on s’ouvre aux autres, la plupart du temps, ils le font aussi.

Bref, au bout du compte, ce qui est important c’est le résultat et j’ai conseillé de demander une médiation avec sa collègue. 

Je ne sais pas pour vous, mais moi aussi j’ai déjà pêché par mon silence. Hey oui, j’ai prétendu ne pas entendre, voir ou dire (les trois petits singes). On croit s’épargner des problèmes en agissant de la sorte, mais notre conscience nous rattrape et on finit par avoir mal à notre conscience. Ah oui, cette conscience qui vient hanter notre esprit pour nous rappeler que si tu ne dis rien, tu consens, et que cette acceptation est d’une lâcheté avec laquelle tu devras vivre. Je ne vous dis pas de jouer aux héros, mais de ne pas rester dans le silence, car vous pourriez le regretter. Développez des stratégies, discutez avec quelqu’un de l’extérieur qui pourrait vous aider à aider, faites simplement signaler votre présence.

Le silence dans cette situation n’est pas comparable au mutisme que certaines personnes pourraient avoir dans des situations beaucoup plus complexes et difficiles. Je connais des gens qui n’ont pas voulu questionner un collègue qui adoptait un comportement bizarre et pour lequel ils étaient inquiets. Aujourd’hui, ils en veulent à leur silence. Levez le drapeau avec de bonnes intentions et vous verrez que souvent, très souvent vous n’êtes pas seul. C’est souvent suite à un incident que les gens parlent et disent des vérités. Pourquoi parler maintenant si l’événement s’est produit... ferme toi, tu n’es pas un héros dans l’histoire, car tu n’as rien dit lorsque c’était le moment.   

Déjà, de prendre conscience qu’on peut avoir eu un rôle dans certains conflits fera en sorte que le tyran aura moins de collaborateurs. Vous voyez, le simple fait de ne pas prendre position et d’être conscient de la dynamique de ce genre de groupe vous permet de prendre un recul lorsque vous observez la formation de ce groupe machiavélique.

Comme je vous expliquais plus haut, lorsque vous savez qu’il se passe une situation de violence, d’inceste, d’abus ou autres... svp ne péchez pas par votre silence et trouvez moyen de faire entendre l’écho de votre voix. Elle ne sera peut-être pas directe, mais elle aura certainement fait son travail . 

Merci à vous, collaborateurs.

Image de couverture via Unsplash

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