« Cette fin de semaine, j’ai écouté un documentaire assez intéressant. Il relate l’histoire de deux volcanologues qui ont consacré leur vie à l’étude des volcans. Ils en étaient tellement passionnés qu’au final, ils ont péri à cause d’une éruption volcanique. Ce documentaire raconte leur histoire. »

C’est à peu près en ces termes que j’ai entendu parler pour la première fois de Fire of Love, ce film documentaire, au titre à la fois poétique et tragique, qui retrace la vie de Katia et Maurice Krafft. Paradoxalement, c’est en ayant été divulgâché sur la fin particulière que j’ai eu envie de le visionner à mon tour.

Le documentaire approche l’univers des volcans et de la géologie d’une manière simple et accessible pour tous.

Mouvements des plaques, naissance et disparition de ces montagnes de feu, exposition des différences entre les deux grandes classes de volcans existant sur Terre, le tout appuyé par des animations qui expliquent assez bien ces manifestations provenant du centre de notre planète. Pourtant, ce qu’il y a de frappant dans ce documentaire, ce n’est pas nécessairement la profondeur à laquelle la théorie et les observations scientifiques sont traitées, mais plutôt comment la force d’un couple et l’amour qu’ils avaient l’un pour l’autre, et pour leur passion, leur ont permis de repousser toutes les frontières qui existaient et, d’établir de nouveaux standards dans le domaine.

La passion exprimée par les deux volcanologues est saisissante.

D’une vie étudiante, s’étant rencontrés à l’université, vers une vie professionnelle, puis une vie amoureuse, dès qu’ils se sont vus, ils ne sont jamais quittés. Toujours pour l’amour des roches, pour l’amour de la Terre et des spectacles qu’elle avait à leur offrir, pour l’amour qu’ils avaient l’un pour l’autre. Ils ont eu une vie commune qui, dès le départ, a été teintée de choix difficiles: ils ont pris la décision de ne pas avoir d’enfants, de voyager beaucoup et de moins voir leurs familles et leurs amis. Quelque part, s’ils voulaient vivre pleinement cette passion, ils n’avaient pas le choix que de prendre ces décisions. Car cette passion, celle des volcans, est une passion qui ne peut se vivre que sur le terrain: sur les terres les plus reculées de la planète, les plus inhospitalières, où il peut faire terriblement chaud, atrocement froid, où les deux à la fois, où le danger les guette de partout, de tous les côtés, pouvant frapper de tout bord, à tout moment.

Et qu’ont-ils vu?

Ils étaient aux premières loges des panoramas les plus impressionnants et les plus époustouflants, assistant à un des plus beaux et plus terrifiants spectacles de la nature. Des éruptions magmatiques qui s’élevaient à plusieurs dizaines de mètres de hauteur, des coulées de lave aux couleurs des plus colorées et contrastées, virant du rouge incandescent au jaune aussi éclatant que le soleil pour terminer par un gris noir qui ne faisaient qu’accentuer le caractère à la fois sinistre et merveilleux du tableau qui leur étaient proposés à leurs yeux. Puis après avoir assisté à toute cette dévastation des alentours entourant les volcans suite à ces manifestations géologiques, ils revenaient quelque temps plus tard sur les scènes, désolantes la dernière fois, devenues des plus fertiles depuis, nouvellement riches en minéraux. Ces terres étaient devenues les berceaux de la renaissance de la vie.

Renaissance de la vie, dans sa globalité oui.

Mais dans certains cas, aux conséquences horribles pour l’humanité. Surtout lorsqu’on pense aux récents évènements qui ont tragiquement secoué la Turquie et la Syrie. C’est alors qu’on réalise à quel point tout ce que nous tenons pour acquis, nos maisons, notre entourage, ne tiennent en fait qu’à un fil. Que toute chose ici-bas est éphémère. Chaque découverte scientifique, chaque amélioration technologique, chaque raffinement dans la méthodologie peuvent sauver des vies. Katia et Maurice n’avaient jamais perdu de vue cet aspect dans la poursuite de leurs travaux.

D’un point de vue technique, le documentaire met bien en valeur cette dimension. Toutes les vidéos ont été tournées de leur vivant, soit directement par eux, ou bien par un membre de leur équipe qui était présent lors de leurs périples. Celles-ci sont d’une grande qualité visuelle, même encore selon les standards d’aujourd’hui. Et surtout, elles ont fait découvrir un univers tout à fait nouveau à monsieur et madame tout le monde, jusque là encore méconnu du grand public. Car à part nous renseigner sur le monde de la géologie, elles montrent aussi comment Katia et Maurice ont sensibilisé les sociétés en expliquant l’importance que l’étude des volcans peut avoir pour la sécurité des populations. Le tout à travers une complicité entre eux deux des plus belles qui crève l’écran.

J’ai toujours eu de la profonde admiration pour les gens passionnés.

Pour celles et ceux qui n’ont peur de rien, que rien ne les empêche de poursuivre leurs rêves. Où il n’y a aucune autre option, aucune autre alternative, à part l’atteinte de ce qui les rend heureux. C’est ce que Katia et Maurice n’ont cessé de faire, alors que la société ne les incitait pas forcément dans cette direction. De leur côté, ils n’ont jamais douté. Même en cette journée fatidique du 3 juin 1991, au pied du mont Unzen au Japon, alors qu’ils allaient à l’encontre de leur destinée.

*Fire of Love a gagné de nombreux prix et est nominé aux oscars 2023 pour le meilleur film documentaire.

Bande-annonce:


L'image de couverture est une courtoisie de Sundance Institute via IMDb
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