Vue d’Amérique du Nord, la Finlande semble froide, distante et étrange – jusqu'à ce qu’on réalise que son rythme, ses codes et ses valeurs sont précisément ce qui la rend cohérente.

Ce n’est que ma deuxième saison hivernale en Finlande. J’y vis et travaille comme guide de traîneau à chiens au sein d’une compagnie familiale finlandaise, bien installée à la frontière du cercle polaire arctique, non loin de Rovaniemi.

Ces quelques mois m’ont permis de vivre une parcelle de la culture finlandaise, l’intégration étant graduelle et lente.

Je vous présente donc ici-bas mes observations en tant que touriste à long terme d’un pays que j’affectionne particulièrement.

Plus qu’une pièce chaude : un pilier culturel

Quand on pense Finlande, on pense sauna. On y compte environ 3 millions de saunas pour 5,5 millions d’habitants. C’est dire que tous les gens du pays peuvent être simultanément dans un sauna.

La journée traditionnelle de ce rituel est le samedi, quoique n’importe quel jour de la semaine puisse faire, et plus d’une fois.

Le sauna était connu dans la préhistoire. On parle de maisons de sudation qui étaient creusées à même la terre, dans une pente, puis couvertes de branches et de boue. Celles-ci étaient utilisées par des peuples autochtones, des peuples nordiques et bien sûr les peuples fenniques. Le sauna tel que l’on connaît aujourd’hui date d’il y a approximativement 2000 ans. Il est d’origine finlandaise et estonienne.

Jusque dans les années 1950, le sauna était la première pièce construite de la maison. Les gens y vivaient jusqu’à la construction du reste de l’habitation. Il était utilisé comme bain, comme cuisine, comme lieu de rassemblement et même comme endroit pour y sécher la viande chassée.

Pour une personne finlandaise, le sauna est sacré. Lorsqu’elle s’installe dans son lieu de vie, si elle n’a pas accès à un sauna, en construire un sera son premier objectif. Celui-ci est fondamentalement important dans cette culture et il est anormal de ne pas avoir accès à ce dernier. Il est associé à la détente, au bon temps passé en famille et entre amis, à la bonne santé ainsi qu’au temps passé en nature.

Partager un sauna avec un Finlandais revient à partager la vie privée, donc à tisser des liens d’amitié. Les échanges qui y sont faits ne sont alors pas de simples «small talk», mais bien des conversations importantes et sincères.

Il est même dit que certaines des plus importantes décisions politiques et économiques du pays ont été prises dans des saunas, et non dans des salles de rassemblement politiques.

Le sauna a plusieurs vertus. On dit qu’il nettoie le corps et l’âme. En règle générale, il est chauffé entre 80 °C et 100 °C. À cette température, l’endroit est stérile. C’est l’une des raisons pour lesquelles le sauna était utilisé dans plusieurs situations, telles que l’accouchement (jusque dans les années 1950), l’hygiène, les traitements médicaux et même pour laver les morts avant l’enterrement.

Il y a des situations dans lesquelles il est déconseillé de faire des séances. Si vous avez des problèmes dermatologiques, le sauna pourrait les aggraver à cause de la sudation. Si vous avez une condition cardiaque instable, cela pourrait aggraver votre cas plutôt que d’aider. Il est également déconseillé de prendre des boissons alcoolisées lors des séances, car celles-ci peuvent aussi aggraver des conditions cardiaques.

Enfin, le sauna est un patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO depuis le 17 décembre 2020. Celui-ci étant traditionnel, c’est un moment de rassemblement important qui débute avant même la période de sudation et qui se prolonge bien après celle-ci.

Le silence n’est pas un malaise

Les Finlandais ont la réputation d’être froids et distants. Je vous promets que c’est bien loin d’être vrai. Ils sont très chaleureux et aiment rigoler. Comme on dit chez nous, ils ont beaucoup de jasette, mais, pour en arriver là, on doit comprendre les codes sociaux.

Dans ce pays, l’honnêteté, la confiance, l’égalité, l’humilité et le respect de l’intimité sont au cœur des valeurs sociétaires. Contrairement à l’Amérique du Nord, la Finlande n’est pas friande de l’absurde et des sarcasmes. Il est dit que, si ce que tu as à dire n’est pas plus agréable que d’entendre le silence, il est préférable de ne pas parler.

Dans les cercles sociaux, il y a place pour échanger ouvertement et personne ne sera offusqué que vous le fassiez, bien au contraire. Il est attendu de chaque individu qu'il s'exprime sur sa pensée en suivant des normes sociales. Par exemple, parler plus fort pour être entendu est considéré comme désagréable ou menaçant et couper la parole est considéré comme un sérieux manque de respect. Ici, les gens laissent leur interlocuteur terminer d’exprimer son idée avant de poursuivre la conversation.

Lors d'échanges, on s'attend à ce que vous regardiez les gens dans les yeux lorsque vous leur parlez. Cela signifie que vous êtes direct et honnête envers l’autre. On suppose que vous pensez ce que vous dites et que vos pensées sont honnêtes. Il est très important de dire la vérité et de tenir ses promesses.

Les moments de silence dans les conversations sont naturels, voire souhaités. Ils permettent aux interlocuteurs d’intégrer l’information qui vient d’être partagée et de réfléchir avant de poursuivre la conversation. Vous ne verrez pas un Finlandais s’affoler à cause d’un moment de silence. Lorsque des amis se retrouvent, il est fréquent qu’ils sirotent leur café sans prononcer un seul mot pour une certaine période, de quoi faire blêmir les Nord-Américains. C’est perçu comme un signe de respect et de considération envers l’autre. Ces moments sont d’une grande valeur au niveau de la relation d’amitié.

Quand le calme des forêts façonne une culture

Les Finlandais sont très proches de la nature. Si proche qu’ils ont un droit d’accès, une loi non écrite, qui dit simplement que tout un chacun a le droit d’avoir accès à la nature gratuitement, en respectant certaines règles de base, bien entendu. Cette loi se nomme Jokamiehen oikeudet.

Elle dit qu’il est permis de se promener à pied et de faire de la randonnée en ski sur la majorité du territoire, qu’on a le droit de cueillir des fruits et des champignons sauvages, de camper sur les terres publiques sans permis, etc.

Toutefois, il y a quelques exceptions à cette loi non écrite : il n’est pas permis de chasser sur un terrain privé sans le consentement préalable des propriétaires, de randonner dans les jardins des propriétés privées, dans les champs cultivés, certaines réserves naturelles, sur une étroite bande le long de la frontière finno-russe, dans les zones militaires et industrielles.

Le Jokamiehen oikeudet est une tradition bien ancrée dans la culture depuis des générations. Si bien que, le Suomen Latu – The Outdoors Association of Finland [L’association de plein air de Finlande], un organisme sans but lucratif, a été créée en 1938 dans l’objectif de profiter de la nature en communauté, en permettant à chacun des citoyens d’y avoir accès. Les associations qui sont membres organisent des activités en accord avec les intérêts locaux.

En Finlande, la nature ne se consomme pas : elle se vit. Les Finlandais vivent le moment présent en forêt, sur l’eau, au sauna, et partagent avec intention ces moments. Vivre en harmonie avec la nature signifie que l’on vit au rythme de celle-ci plutôt qu’au rythme désynchronisé moderne. Cela oblige à ralentir, sans chercher à remplir le silence.

Une société qui refuse l’urgence permanente

Par son amour du sauna, de sa nature et des moments silencieux, la Finlande n’existe pas, mais vit intentionnellement. Nous pouvons observer quotidiennement cette intention.

Les heures supplémentaires au bureau ne sont pas valorisées comme en Amérique du Nord. Passer plus de temps au travail qu’avec sa famille revient à dire qu’on trompe sa famille avec le travail. Toutefois, si la situation nécessite de travailler plus longtemps qu’à l’habitude, il y aura une grande compréhension vis-à-vis de l'obligation.

Au niveau scolaire, les enfants passent en moyenne cinq heures par jour à l’école. Chaque heure, ils ont 15 minutes de pause et reçoivent très peu de devoirs à la maison. Le système éducatif est basé sur la qualité plutôt que sur la quantité.

De plus, la majorité des études sont gratuites ou peu coûteuses. L’objectif est que tous les enfants aient une chance égale d’accès à l’éducation afin de devenir des membres actifs de la société.

Même une fois adulte, l’école demeure très populaire. Ils ont la possibilité de continuer des apprentissages de culture générale qui n'aboutissent pas à l’obtention d’un diplôme. Par exemple, vous pouvez étudier les langues, les matières artistiques, les travaux manuels et la communication. Tout au long de leur vie, les Finlandais s’éduquent.

En bref, ils vivent à un rythme qui invite à la relaxation et à profiter de l’instant présent plutôt qu’au surmenage et à l’épuisement. Ils valorisent chacun des membres de la société sur un pied d’égalité et travaillent à ce que tous et chacun y trouve son compte sans empiéter sur les droits et libertés des autres.

En dépit des apparences et des premières impressions de froideur et de rudesse, la Finlande est un pays chaleureux.

Contrairement à l’Amérique du Nord, ils ne cherchent pas à impressionner ni à posséder des biens matériels pour leur bonheur. Ces habitants mènent une vie libre et honnête. Les Finlandais misent sur un tissu social fort, du temps de qualité passé avec leurs proches, du temps pour soi pour se ressourcer, et sur le respect de la nature.

Ils ont un équiulibre remarquable entre le travail, l’école, le temps personnel et social. C’est ce qui fait toute la différence dans le bonheur des habitants du pays.

Saviez-vous que la Finlande s’est classée au premier rang mondial de l’indice du bonheur pour une huitième année consécutive?
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