Selon un sondage mené par la firme CROP pour la Fondation Jasmin Roy, 13 % de la population canadienne appartiendrait aux communautés LGBT. À l’occasion du mois de la fierté, Le Cahier s’entretient avec Rose-Aimée Bradley, jeune femme de 22 ans, poète, experte du risotto, horticultrice en herbe et pansexuelle.

pansexuelleSource de l’image: Pexels

C’est quoi, pour toi, être pansexuelle?

Pour moi, la définition de la pansexualité c’est de pouvoir être intéressée à n’importe quel genre, qu’il soit normatif ou non. Je trouve que la meilleure façon d’expliquer ça à quelqu’un qui ne connaît pas trop ça c’est de dire « Qu’importe ce que tu as entre les deux jambes, que ça soit conforme à ta représentation de ton genre ou non, ce n’est pas quelque chose qui va me déranger ». Donc en fait, ce n’est pas ce que la personne a entre ses deux jambes qui va faire en sorte, oui ou non, si je suis attirée amoureusement ou sexuellement par elle.

Quand as-tu réalisé que tu étais pan?

J’ai toujours su que je n’étais pas vraiment hétéro. Aussi, veux-veux pas, j’ai beaucoup de chance d’avoir une famille qui est très éclectique, on peut dire. J’ai beaucoup de personnes dans ma famille qui fait partie de la communauté trans ou LGBTQ+. Mais quand j’étais ado, je pensais que j’étais plus bisexuelle parce que je ne savais pas c’était quoi, la pansexualité. Puis c’est en vieillissant, rendue au cégep, j’ai vécu ma première relation qui n’était pas hétéro. Ma copine/mon copain utilisait le pronom elle et se situait plus du côté non-binaire, puis j’ai vu que peu importe quelle était sa façon d’exprimer son genre, je l’aimerais quand même. Donc c’est vraiment au cégep que j’ai commencé à me poser des questions, mais en même temps, pour moi ça n’a jamais vraiment été important de me «mettre dans une boîte», si on peut dire. C’est avec le temps que j’ai vu que la façon dont je voyais ma sexualité ressemblait à la pansexualité.

Comment s’est passé ton coming out?

En fait, je n’ai pas vraiment eu de gros coming out grâce au fait d’avoir une famille ouverte et des amis qui le sont aussi. Mais on peut dire que quand j’ai vraiment commencé à en parler, c’est quand j’ai commencé à sortir avec ma première copine, puis ça s’est bien passé. Même si je suis dans un milieu très ouvert, faire son coming out, ce n’est pas stressant, mais c’est très émotionnel. J’ai pas mal pleuré avec toutes les personnes de ma famille quand je leur ai parlé de ma copine. J’ai eu la chance d’avoir un coming out qui s’est très bien passé. La seule personne avec qui ça ne s’est pas super bien passé, c’était ma grand-mère. Mais c’est l’ancienne génération, alors je ne lui en ai pas vraiment voulu pour ça.

Quels sont les stéréotypes qu’on attribue souvent aux pansexuels?

Je crois que le plus grand stéréotype par rapport aux pansexuels est de dire que ça [la pansexualité] n’existe pas . Donc, si l’on est une personne qui voit vraiment la vie «binairement» et de façon hétéronormative, ça va être difficile d’expliquer ou juste de parler de pansexualité. Ou sinon, les jokes de mononcle qui disent qu’être pansexuel, c’est d’aimer les «pans» (les casseroles, en anglais).

C’est quoi la différence entre la bisexualité et la pansexualité?

Dans «bisexualité», il y a le préfixe «bi-» pour deux, donc c’est d’aimer deux genres, c’est-à-dire les hommes et les femmes. Dans mon cas, ça peut être les hommes, les femmes, les personnes non-binaires, etc. Donc, peu importe le genre de la personne.

Comment considères-tu la représentation de la pansexualité et de la communauté LGBTQ2S+  dans les médias, en général?

Pour ce qui est de la communauté LGBTQ2S+, ce qui est bien, je pense, est qu’il y a beaucoup plus de représentation de l’homosexualité et de la transsexualité dans les médias, ce qui est vraiment intéressant et très important. Mais je crois que lorsqu’on va dans quelque chose d’un peu moins clair comme les two-spirits (bispiritualité : traduction du terme autochtone anishinaabemowin niizh manidoowag, qui réfère aux personnes s’identifiant comme ayant un esprit masculin et un esprit féminin), la pansexualité, la bisexualité ou être queer, il va y avoir beaucoup moins de représentation parce que c’est quelque chose d’encore difficile à comprendre pour beaucoup de personnes.

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu aux jeunes en recherche de leur identité?

C’est bien de s’entourer de personnes partageant des intérêts et une réalité similaires. D’après ce que je vois, la jeune génération est beaucoup plus ouverte en général. Je crois aussi que c’est bien de faire ses recherches puis d’en parler. L’Internet peut être quelque chose de mauvais tout comme quelque chose de très beau, comme quand on se questionne sur notre propre sexualité et notre propre identité. On peut aussi rencontrer beaucoup de belles personnes. On se connaît mieux soi-même que les autres nous connaissent. Peu importe comment on s’identifie, tout est valide, même si l’on s’est fait dire par des proches qu’on aime beaucoup que ce n’est pas vrai. La sexualité et l’identité changent, et c’est correct. Oui, ça fait du bien et c’est rassurant de pouvoir se mettre dans une boîte, en même temps, on change à travers les années pis c’est correct. C’est bien d’être curieux d’en apprendre plus sur nous-mêmes.

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à la jeune Rose-Aimée?

Que peu importe comment je me sentais, c’était correct. Que même si certaines personnes ne comprenaient pas, et bien ce n’était pas mon problème à moi.

Quelle est ta définition de l’amour?

Je crois qu’il y a plusieurs façons de voir l’amour et plusieurs façons de le montrer. C’est quelque chose que je me demande beaucoup. Je pense que c’est d’abord la passion, que ce soit la passion des choses ou pour quelqu’un ou n’importe quoi d’autre. Je m’interroge beaucoup là-dessus en ce moment (rires).

Comment les alliés peuvent-ils aider la communauté LGBTQ2S+?

Les alliés sont vraiment importants. Je crois, comme dans n’importe quoi, que le plus important, c’est l’écoute, que ce soit des alliés de la cause féministe ou de la cause LGBTQ+. C’est encore plus important de donner la parole aux personnes qui font partie de ces communautés. Personnellement, je trouve ça difficile de voir les médias traditionnels parler de la communauté LGBTQ+, alors que les personnes discutant de ces enjeux n’en font pas partie. Ou par exemple si l’on parle de la communauté noire, et que les seuls avis mis de l’avant sont donnés par des personnes ne faisant pas partie de cette communauté, ça enlève la place à ces personnes de parler de leur histoire et dans prendre leur place dans ce monde.

Quelques ressources

 

Source de l’image de couverture : Unsplash
-->
Un article de
Audrey Pilon-Topkara's Avatar
Audrey Pilon-Topkara

Le Cahier a la chance de compter sur une équipe de collaborateurs spontanés. Pour en faire partie, écrivez-nous à [email protected]!

Mes articles 
Next articles
Article Featured Image

J'ai le mal des voyages