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Un article du 2 avril du Nouvel Obs ne cesse de circuler sur Facebook depuis quelques jours. Ce dernier est intitulé: « Serait-ce la fin des influenceurs? ». Quand j’ai vu ceci, j’ai soupiré, une fois de plus. Encore et encore, des personnes l’ont partagé en se réjouissant. Et j’ai souri un peu en coin. C’est quand même drôle de remarquer que des gens que tu connais, avec lesquels tu travailles ou qui ont profité de cette vague, trouvent maintenant plus vendeur de se positionner pour la chute des influenceurs. Comme si cela allait changer, radicalement, le rapport qu’entretiennent la plupart des personnes avec Internet et les réseaux sociaux en général. Alors, j’ai lu l’article et, en tant que professionnelle du marketing web (si vous voulez en savoir plus, je suis présidente de Codmorse, une agence de marketing web) et influenceure moi-même (un titre que d’autres m’ont donné parce que je me considère d’abord comme blogueuse, animatrice et créatrice de contenu puisque ces emplois ont mené à ce que j’aie un réseau sur plusieurs médias sociaux créant, par le fait même, mon influence), j’ai voulu vous partager mon opinion.

Tout d’abord: mais c’est quoi VRAIMENT un influenceur en 2019?

En somme, c’est quelqu’un qui partage ses idées, son opinion, son quotidien, bref du contenu à une communauté. Ensuite, concrètement, les marques s’associent à ce dernier pour rejoindre organiquement les communautés. Comment? Avec des articles de blogues commandités (comme un publi-reportage), une vidéo commanditée, une photo Instagram, etc. Ils peuvent aussi devenir le visage de certaines marques. Ces derniers ont des vies fort différentes les uns des autres et c’est difficile de les mettre dans des cases, mais tous, invariablement, créent du contenu que ce soit écrit, photo, vidéo, balado ou autre.

C’est nouveau les influenceurs?

Oui et non. Le monde de la publicité a toujours utilisé des personnalités pour influencer le public. Quand j’étais jeune, je VOULAIS les mêmes vêtements que certaines Spice Girls par exemple. Ou encore, Jackie Kennedy a été reconnue comme une icône de mode qui a influencé le style vestimentaire de nombreuses femmes. L’influence a toujours donc été utilisée en pub, maintenant, c’est que le terme est collé à un groupe de personnes issue du web. Maintenant, on appelle cela le marketing d’influence.

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Commençons par comprendre ce qu’est un influenceur et la montée du phénomène.

Dans l’article, issu d’une publication française, ils expliquent le phénomène dans leur pays. Même si cela peut être semblable à ce qui s’est passé au Québec, il y a quelques variantes. Retournons en 2008. À cette époque, le web était encore un peu un far west où on s’amusait à se créer des portfolios en ligne. Les blogueurs qui étaient plus ou moins connus étaient plutôt des journalistes et quelques sites sortaient du lot. Pour ma part, c’est à cette époque avec Bombe.tv, une web-télé fondée par Maxime Fleurant et Jeff Lee, que j’ai fait mes premières armes sur la toile. Certes, j’avais tenu des blogues auparavant, mais rien de significatif. Puis, avec huit autres jeunes femmes, nous avons créé LesBachelières, un blogue collectif. C’est avec ces deux expériences que j’ai eu de la crédibilité dans le domaine. Dans les quelques années qui ont suivi, à Montréal, sur la toile francophone, un petit groupe de blogueuses étaient de tous les événements et de toutes les campagnes, je pense entre autres à Lolitta Dandoy, Cindy Lou, Elle M la Mode, LesBachelières, Josiane Stratis et j’en passe. Certaines personnalités se sont aussi imposées sur d’autres réseaux sociaux, il suffit de penser à Thoma Daneau qui était fort connu sur Twitter! Nous n’étions pas influenceurs. Le terme n’était pas utilisé. Nous étions des blogueurs, des internautes, mais pas des influenceurs. Pour ceux que cela fera sourire, c’était l’époque des folles soirées où ce beau monde web se retrouvait au Salon Officiel. On savait que tous les vendredi et samedi, le gratin 2.0 y serait. Point.

Puis, lentement, d’autres plateformes ont vu le jour, comme Instagram. Je me souviens ne pas avoir cru que cette application serait populaire lors du lancement. C’est Philippe Fehmiu pour ma chronique à son émission qui m’a demandé de comprendre comme fonctionnait le tout. Je m’étais trompée. Alors, d’autres blogueurs ont fait leur marque de manière très visuelle. C’était souvent des joueurs qui avaient déjà un site, mais qui étaient plus axés sur la photo que sur le texte. Instagram était parfait pour eux.

Les années ont passés et Youtube a pris une place considérable dans ce mode de créateurs de contenus. Des personne s’y sont vraiment démarquées. On peut penser, entre autres, à Cynthia Dulude. Et tout est allé très très vite. Entre 2013 et aujourd’hui, on a vu un grand changement sur l’utilisation des plateformes et sur le métier.

Qu’est-ce que je pense du métier d’influenceur

Je n’ai jamais pensé qu’un jour je serais influenceur. Ça n’a jamais été un but dans mon cas. Quand je me suis lancée, je n’ai JAMAIS pensé vendre des photos Instagram, ça n’existait pas.  Tout simplement. Et je vois là une grande différence avec certaines personnes qui se lancent dans le domaine aujourd’hui. J’entends certains jeunes (et moins jeunes) qui veulent devenir influenceur parce que ça semble simple comme métier et qu’on gagne facilement notre vie à prendre des photos. S’ils savaient comme ils ont tort. En même temps, la manière dont certaines personnes agissent pour atteindre leurs buts a souillé le domaine.

Acheter son influence: c’est se tirer dans le pied et tirer dans le pied de tout le monde

Je ne pouvais pas aborder le tout sans parler de l’achat de fans, l’achat de likes et l’achat de tout ce qui est faux sur le web. Chaque fois que je vois une personnalité sur Internet qui semble avoir acheté son audience, ça me fait un peu de peine. Tout d’abord parce que ça retire toute crédibilité à cet individu, mais aussi parce qu’elle nous nuit à tous aux yeux du public. Les influenceurs sont la nouvelle chose à détester. C’est facile de se moquer de ces derniers et de les haïr sans comprendre le travail que cela demande, ce qu’ils font et sans se rendre compte qu’on les suit sûrement, nous aussi… Quand on triche, les gens perdent confiance. Ainsi, je comprends que les marques soient moins enclines à travailler avec des influenceurs: ils ont peur de payer pour rejoindre un auditoire qu’ils ne rejoindront jamais… En même temps, avec les statistiques, on peut rapidement et facilement voir si la personne est réellement suivie ou pas. Mais, il faut demander ces statistiques, elles ne sont pas accessibles à tous.

Pourquoi travailler avec un influenceur

Les influenceurs peuvent être bénéfiques à une marque puisqu’ils ont la confiance de leur communauté quand celle-ci est en santé. C’est donc comme le bouche à oreille moderne. De plus, on peut demander des statistiques de chaque initiative sociale et bien calculer son retour sur investissement. Afin de bien pouvoir voir la performance d’une collaboration avec un influenceur, il faut savoir à la base pourquoi on fait appel à lui. Est-ce pour de la visibilité? Est-ce pour des ventes directes? Une fois qu’on établit des paramètres clairs, on peut ensuite calculer une réussite que ce soit par coût par mille de visibilité (CPM) ou en coût par clic. Naturellement, il faut être conscient que, comme je le dis plus haut, certains achètent leurs stats. Ainsi, ça vient détruire le calcul. Comment prévenir le tout? Demander une capture d’écran d’où proviennent les fans selon les plateformes.

Quand on veut travailler avec un influenceur, il faut bien le choisir. Est-il un fervent de la marque? Ses valeurs sont-elles en ligne avec les nôtres, etc. Le lien de confiance doit se bâtir. De plus, on doit s’assurer que l’influenceur parle réellement au marché qu’on veut rejoindre. Après, un bon contrat protège toujours mieux les deux partis.

Le doute s’est installé

Selon l’article qui m’a inspiré celui-ci, c’est le doute de la communauté qui tuera l’influenceur. Ils expliquent que cela coûtera le métier à plusieurs. Mais comment? Avec la montée de plusieurs faux influenceurs, le doute s’est installé autant du coté des fans que des marques. Et la lune de miel s’est terminée. Au tout début, les blogueurs et autres personnalité du web avaient une grande proximité avec leurs auditoires. Mais on ne va pas se mentir: certains ont rapidement cherché des manières de faire de l’argent avec les heures investies à travailler sur leurs contenus. Je faisais partie de ce lot. J’ai voulu commencer à faire des articles commandités, que je voyais un peu comme des publireportage, sur mes sites. J’avais compris la force du contenu de marque.

Le hic? C’était le far west au début et les créateurs ne divulguaient pas toujours s’ils étaient payés. D’un autre côté, je les comprends, plusieurs étaient jeunes et ne comprenaient pas tout à fait ce qu’il fallait et ne fallait pas faire. Aucune loi n’existait vraiment et quand on feuilletait des revues ou des journaux, les insertions de publicités y étaient faites de manière plus que subtile. La plupart ont agit de la même manière. Aujourd’hui, le cadre existe, les règles aussi. Plus personne n’a de raison de les contourner ou de faire semblant de ne pas les connaître.

La montée de TELLEMENT d’influenceurs

Soudainement, être blogueur, youtubeur, instagrammeur est devenu cool. C’était un métier convoité pour la qualité du quotidien et les avantages. Tout cela, sans qu’on parle tant que cela des inconvénients: des heures de travail de fou, pas d’horaire fixe, un salaire hyper variable, une compétition constante, etc. Les influenceurs réels et les wannabe-influenceurs se sont multipliés. Tout le monde a voulu l’être. Certaines personnes ont transformé leurs réseaux sociaux en énorme panneau publicitaire et les internautes se sont mis à écrire aux marques pour avoir des cadeaux. C’est devenu la folie. Et je comprends que les sourcils se sont froncés.

L’opinion publique s’en mêle

Comme le mot influenceur gagnait en popularité, le public a commencé à parler de ce nouveau métier et des dérives de ce dernier. Comme trop souvent, tout le monde fut mis dans le même panier. Par contre, ce qui choque vraiment les gens, c’est que les influenceurs leur montrent à eux, un comportement qu’ils ont qui dérange: tout le monde vit trop à travers son téléphone. Amélie Ducharme, porte-parole de Cover Girl, a un avis intéressant sur la question: « Je respecte beaucoup le travail des influenceurs qui font leur boulot de façon très professionnelle et avec tout leur cœur. J’ai travaillé avec plusieurs d’entre eux et trust me…it’s a job !! Ce qui me rend triste c’est l’omniprésence des médias sociaux dans nos vies. Je pense que tout le monde ne peut pas être un influenceur et il y a cette pression sociale qui nous donne l’impression que si nous ne sommes pas actifs sur les médias sociaux, c’est comme si on passe à côté de la vie. J’aspire simplement à un meilleur équilibre où la vraie référence est le moment présent. »

Des cas comme celui de PO Beaudoin ont aussi fait en sorte que le terme influenceur est devenu un terme risible. Par contre, il ne faut pas oublier que cela ne concerne qu’un individu et non pas tout ceux qu’on désigne avec ce mot. Parce que je connais peu de gens, sinon personne qui se proclame influenceur. On l’est par la force des choses et parce que d’autres nous nomment ainsi normalement. Si un acteur avait posé le même geste, est-ce qu’on aurait mis tous les acteurs dans le même panier? J’en doute. Ici, on a mis un domaine entier en cause pour le geste d’une seule personne.

Alors, est-ce la fin?

Parlons d’aujourd’hui. Est-ce la fin? Je ne pense pas. Le marketing d’influence a toujours existé. Je pense toutefois qu’il sera amené à se transformer: le public n’est pas dupe et ne gobe pas tout. Les créateurs de contenu devront faire attention à leur audience et, au lieu, devront créer avec cette dernière. De plus, la qualité du contenu deviendra primordiale. Un bon créateur de contenu pourra ainsi vendre son contenu tel quel ou avec une vraie audience engagée. Je pense qu’atteindre de grandes audiences deviendra plus complexe et que l’authenticité avec un contenu niché sera la clé. Bref, c’est appelé à se transformer, mais ça ne va sûrement pas disparaître.

Et voici, ci-bas, deux photos de looks. Vous influencent-elles? ;)

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Le look:

Bandeau – Gibou

Chandail – Onze

Photos – Vikki Snyder

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Camille Dg
Fondatrice & Rédactrice en chef

Camille est la fondatrice du site. Jeune femme qui carbure aux projets, un défi n'attend pas l'autre. Camille est une véritable globe-trotter qui quitte le...

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