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En octobre dernier, j’ai ressenti le besoin de m’évader sur un coup de tête. École, boulot, dodo : j’enchaînais les projets, les heures passées à travailler et rien d’autre. Pas de vie sociale, de soirées à boire dans les bars, de bonnes séries à regarder. Pour la première fois de ma vie, je ressentais une constante pression de performer. Inutile de dire que je me suis épuisée à la tâche, même si j’adore mon travail et mes études. Résultat : j’ai décidé de prendre trois jours pour moi, dans une yourte au beau milieu de nulle part.

Source de l’image : courtoisie de l’auteure

Quand j’ai fait part de mon idée, certains m’ont exprimé leurs doutes. T’es pas une fille de bois, qu’ils m’ont dit. Mais, c’est quoi une « fille de bois »? Est-ce que j’ai besoin d’avoir grandi avec des ours et un fusil de chasse sous le bras pour m’évader dans une forêt de sapins? L’odeur des arbres et d’un feu de camp m’a toujours apaisée. Sentir la terre sous mes pieds, les rayons de soleil caresser mon visage. Surtout, je ressentais le besoin de renouer avec moi-même. De déconnecter. Pas de cellulaire, pas de réseaux sociaux pour me distraire, même pas de travail : juste un rendez-vous avec moi. Le défi s’avérait de taille.

Panorama sur soi

D’abord, à mon arrivée sur le campement du Centre de l’Hêtre, au Lac-Beauport, j’ai tout de suite été saisie par la vue magnifique qui s’offrait à moi. Le séjour s’annonçait prometteur. À deux mains, j’ai entrepris de mettre mes bagages dans une brouette pour les transporter jusqu’à la yourte, située en haut d’une colline. Je n’étais jamais allée dans une yourte auparavant, mais j’ai tout de suite apprécié l’ambiance cozy du lieu.

Source de la vidéo : courtoisie de l’auteure

Mes trois jours de ressourcement débutaient avec un massage complet. Au menu : détente et thérapie. Mal à l’aise au départ, puisque le masseur était un homme, et qu’aucun homme ne m’avait jamais touché avant, je me suis vite sentie détendue. D’emblée, je faisais tomber une barrière qui m’avait toujours restreint dans mes actions. Après une heure de pure détente, je me suis rhabillée, plus relaxée que jamais et le corps collant d’huile à massage. À l’accueil, j’ai rapidement pris une douche avant de me diriger vers ma yourte.

En m’asseyant à la table sur le balcon, j’ai pris une grande inspiration. Le lendemain, j’allais avoir une séance de méditation guidée. J’avais toujours voulu essayer. La leçon était semblable aux méditations que j’écoutais parfois pour dormir. Sauf que là, quelqu’un était là pour m’apprendre à bien méditer afin d’atteindre un sentiment de « bien-être ». J’ai appris que la méditation pouvait également me bouleverser, et que c’était bien correct.

Ce séjour s’annonçait comme un véritable panorama sur soi, une occasion de reconnaître mes envies, mes désirs, mes aspirations. Apprivoiser ma solitude. J’avais hâte.

La yourte

Le plus difficile, ça a été de faire un feu. En fait, je n’ai pas vraiment réussi, mais j’ai appris. Avec des températures allant jusqu’à -3 degrés Celsius la nuit, je devais à tout prix réchauffer la yourte. Un employé du campement est venu m’aider à allumer mon feu, après multiples tentatives. Je n’étais assurément pas « une fille de bois ».  Une fois les flammes assez grosses, et le feu bien prit, la yourte est devenue un vrai sauna. Je me suis déshabillée, enroulée dans les couvertures, et j’ai lu un livre.

Source de l’image : courtoisie de l’auteure

Vers une heure du matin, je me suis levée, et je suis allée m’asseoir sur le balcon. Le ciel était rempli des plus belles étoiles, comme un tableau qu’on admire rarement. À Montréal, les étoiles sont loin, inatteignables, enfouies sous une couche de gaz et de pollution lumineuse. Mais ici, dans ce bois, je pourrais presque les toucher.

Si les nuits étaient plutôt froides, je réussissais à entretenir le feu suffisamment longtemps pour être bien. Le jour, j’allais marcher plusieurs kilomètres dans la forêt, avec pour seule compagnie le chant des oiseaux et le craquement des feuilles mortes sous mes pieds. Je faisais cuire ma soupe, mes pâtes et mon gruau dans une casserole sur une plaque de cuisson portative. Jamais je ne m’étais sentie si éloignée de ma réalité, et ça me faisait du bien. Je me rappelle encore de l’odeur de ma yourte. Je ne l’oublierai pas.

Source de l’image : courtoisie de l’auteure

Les employés du Centre de l’Hêtre sont aussi des résidants permanents du campement. Ils ont chacun leur appartement et vivent en communauté tissée serrés. Le mot d’ordre : entraide. Ils sont tous animés d’une énergie positive et apaisante qui te donne envie de ne jamais partir. Leur simplicité et authenticité m’ont beaucoup inspirée.

Source de l’image : courtoisie de l’auteure

Au final, je ne suis restée que trois jours dans ma yourte, mais je serais restée plus longtemps si mes responsabilités n’étaient pas venues cogner à ma porte. Je suis sincèrement reconnaissante qu’il y ait de pareils endroits dans notre province, surtout en pandémie. Habituellement, j’aurais pris cet argent pour voyager, aller à l’autre bout du monde, le plus loin possible de ma vie. Mais dans cette yourte, tu n’es qu’à quelques kilomètres de ton quotidien. Et pourtant, tu réussis à t’évader et renouer avec toi-même. C’est un sentiment tellement authentique.

Merci, ma yourte.

Source de l’image de couverture : courtoisie de l’auteure
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Audrey Robitaille

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