Faits Vécus

Mon corps,

Tu es le seul que j’ai, et le seul que je n’aurai jamais.

Tu es la seule relation qui sera réelle, et ce, du début à la fin. Le seul qui ne me quittera jamais.

Tu as bien changé durant ses trente-cinq dernières années. Tu portes les marques de mes expériences passées ; des plus belles au plus hideuses. Tu portes en toi mes peines d’amour, mes réussites, mes déceptions, ma peine et ma joie.

Parfois, je me dis qu’il y a un immense dessin au fond de moi. Un dessin qui me représente dans toute mon évolution. Il doit être abstrait, un peu comme mon esprit. Il est composé de toutes les pages de ma vie.

Un immense livre bien divertissant à lire.

Notre histoire en est une d’amour-haine. Je t’ai détesté si longtemps : de ne pas être assez mince, de ne pas être assez séduisant, de ne pas être assez beau, de ne pas être assez en forme. Je t’en ai voulu si longtemps. Toutes ces années, j’ai souvent cru que c’était ta faute. Ta faute si les hommes ne déposaient pas leur regard sur moi. Ta faute si je n’avais pas l’emploi que je convoitais tant. Ta faute si je ne me sentais pas heureuse, épanouie et femme.

Je t’ai fait suivre des dizaines de régimes, les plus abracadabrants les uns des autres. Je t’ai saoulé, je t’ai drogué et je t’ai même privé de nourriture. Tu as tout encaissé comme un chef. Tu as quand même tenu bon, ne me lâchant jamais.

En fait, on est lié pour la vie.

Je crois que ça m’a pris du temps à le reconnaître, ça.

Source de l’image : Éloïse Denis

Je n’ai pas pris soin de toi pendant un long moment, te tenant pour acquis. Me disant que, de toute manière, tu allais toujours être-là. Mon corps. Pardonne-moi. Pardonne-moi ce manque flagrant d’amour que j’avais pour toi et, par le fait même, pour mon esprit. Pardonne-moi de t’avoir surmené, surutilisé et même exploité. Pardonne-moi d’avoir été aussi sourde à tous tes appels de détresse.

J’étais bien ignorante de tout ce que tu apportes à mon âme.

En fait, sans toi, je n’aurais pas la chance d’expérimenter la vie. Aujourd’hui, je le sais, je dois t’aimer tel que tu es. Et que le seul regard qui importe vraiment est celui que je pose sur toi. C’est le seul qui a le pouvoir de te nourrir véritablement.

Je sais que tu es beau. Je sais que tu es respectable. Je sais que tu es parfait. Et je n’ai plus envie de te comparer, de te critiquer et de te détruire.

Mon corps, tu es une œuvre d’art.

Tu es une toile artistique dans l’univers. Tu fais partie de la grande création. Je sais aujourd’hui que tu n’es pas éternel et que je dois te couvrir de soins. Tant d’années à te négliger. Je sais aujourd’hui que tu es unique et rempli de beauté. Maintenant, lorsque je te regarde, je vois une femme qui s’accepte, qui se reconnait et, surtout, qui comprend la chance d’avoir un corps tel que toi.

Laisse-moi t’aimer pour les trente-cinq prochaines années, et plus encore. On a tellement de temps à rattraper.

 

 

Source de l’image de couverture : Unsplash
-->
Un article de
Himalaya's Avatar
Himalaya

Le Cahier a la chance de compter sur une équipe de collaborateurs spontanés. Pour en faire partie, écrivez-nous à [email protected]!

Mes articles 
Next articles
Article Featured Image

La pensée positive, ce n'est pas pour tout le monde!