Avec les joyeuses nouvelles des dernières semaines (voyez ici notre cynisme), tout porte à croire que plusieurs vont encore passer bien du temps en télétravail dans le même espace clos que leur conjoint(e)… avec les tensions et les frustrations que cela amène!

Les conflits conjugaux sont déplaisants et bien qu’il soit presque inévitable d’en avoir occasionnellement, même en dehors d’un contexte pandémique, il est pertinent d’être outillés pour minimiser la fréquence et l’intensité des accrochages en couple et éviter des escalades blessantes.

Nous sommes deux psychologues qui travaillent à la CCCF Poitras-Wright, Côté, une clinique spécialisée en thérapie de couple, située sur la Rive-Sud de Montréal.

Nous voyons chaque jour des couples dans nos bureaux, qui vivent des difficultés relationnelles.

Nous essayons de les sortir des impasses où ils sont pris. Ce n’est évidemment pas tous les couples qui sont à l’aise de consulter et ça prend du courage de se dévoiler en thérapie pour parler de ses difficultés, ses vulnérabilités et avoir l’ouverture pour se remettre en question et reconnaître notre contribution à nos difficultés relationnelles. Nous sommes également conscientes qu’il n’est pas facile d’avoir accès à un intervenant spécialisé en thérapie conjugale. Nous avons donc eu envie de rejoindre ceux et celles qui éprouvent des difficultés conjugales, mais qui, pour différentes raisons, n’ont pas encore pu mettre en œuvre cette démarche et obtenir l’aide dont ils auraient besoin.

Nous allons essayer ici de vous offrir quelques lignes directrices qui pourront vous guider pour améliorer votre communication conjugale, plus précisément, sur la façon de vous exprimer. Ces conseils s’appliquent surtout aux situations où vous abordez avec votre partenaire, un sujet délicat qui pourrait devenir conflictuel (p. ex. lorsque vous souhaitez partager une insatisfaction ou un désaccord, p. ex quand vous voulez lui dire que le fait qu’il ou qu’elle refuse de mettre des écouteurs pour ses réunions virtuelles vous « tape sur les nerfs ».). 

  • Essayez de choisir le bon moment pour vous parler.

Évitez de commencer une discussion sérieuse quand vous êtes encore en colère, sur le point de partir au travail, quand les enfants sont là, quand l’un ou l’autre est intoxiqué, quand un des deux est vraiment épuisé de sa journée, au moment de vous coucher, etc. Il n’est évidemment pas facile de trouver un moment propice. Il faut parfois le créer en allant marcher, en se prévoyant un souper tranquille, ou en allant dîner pour avoir le temps de se parler par exemple. 

  • Communiquez vos besoins et vos émotions en vous exprimant au « Je » plutôt qu’en émettant une critique.

Si votre partenaire sent que vous lui faites un reproche, qu’il ou elle se sent(e) attaqué(e), il y a de fortes chances qu’il ou elle réagisse de façon défensive et contre-attaque, ou encore qu’il ou elle réagisse par la fuite. Ces réactions sont normales puisqu’elles constituent un réflexe devant la menace. Aussi, il peut être aidant de tenter de comprendre les émotions et les besoins qui sont derrières nos insatisfactions et ensuite, de les exprimer.

Il est intéressant de prendre conscience que derrière toute insatisfaction, il y a un besoin non comblé, quel qu’il soit.

En effet, que nous ayons besoin d’aide concrète pour l’accomplissement d’une tâche, d’équité dans le partage des responsabilités, de soutien financier, ou encore que nous ayons besoin d’être rassurés, sécurisés, valorisés, encouragés, considérés, entendus, lorsqu’un besoin n’est pas comblé, nous allons ressentir une insatisfaction et diverses émotions négatives.

Ainsi, questionnez-vous sur ce qui fait que ce comportement vous a tant dérangé, sur la nature du besoin sous-jacent.

Par exemple, si je trouve que mon ou ma conjoint(e) rentre trop tard du travail ces temps-ci et que je me retrouve seul(e) à gérer le souper, les devoirs avec les enfants, etc. Nous pourrions être tentés de communiquer une critique en blâmant l’autre. Par exemple : « Tu rentres trop tard ces temps-ci, tu priorises ton travail et tu me laisses seul(e) pour la routine du soir. ». Ce reproche risque d’attirer une réponse défensive ou attaquante du genre « Non, mais tu exagères, mardi, je suis rentré(e) tôt. ».

En nommant votre besoin non comblé et votre émotion, en commençant votre phrase par « J’aimerais », « J’apprécierais » ou « Ça me ferait plaisir si », vous aurez plus de chances que votre partenaire de vie soit sensible à votre détresse et vous offre une réponse bienveillante. Par exemple : « Ces temps-ci je me sens seul(e) pour m’occuper du souper et des tâches familiales, je trouve difficile de gérer tout ça et j’aimerais que tu sois là pour m’aider. ».

  • Cela nous amène à un autre point important. Certaines émotions amènent l’autre à vouloir se rapprocher, alors que d’autres créent plutôt de la distance en relation. 

La colère, l’irritation, l’impatience, le ressentiment, la frustration et le dégoût sont des émotions que Dre Sue Johnson, psychologue, a identifiées comme des émotions « dures ». Les réactions colériques n’incitent pas à vouloir consoler l’autre, ou à se rapprocher, mais invitent plutôt des réactions d’évitement et de défense, alors qu’au fond, tout ce que nous aurions souhaité est d’être accueilli dans notre message et que notre partenaire prenne soin de nous.

Derrière les émotions « dures » se cachent des émotions « douces », telles que de l’impuissance, la déception, la tristesse, la peur ou le découragement. Nommer des émotions douces augmente les chances de recevoir une réponse attentionnée, empathique, et bienveillante de la part de notre partenaire. Ceci prend toutefois du courage et de la confiance en l’autre, car l’expression de ces émotions dévoile notre vulnérabilité. 

Ainsi, plutôt que de dire : « Je suis tellement frustré(e) contre toi! Je ne peux pas croire que tu as encore oublié qu’aujourd’hui c’est ma fête! Tu es vraiment poche. ». Donnez-vous l’espace pour inspirer profondément, et questionnez-vous sur ce qui se passe pour vous. Ce temps d’arrêt peut nous aider à comprendre ce qui vient autant nous mettre en colère. Vous pourriez en arriver à nommer : « Je suis vraiment déçu(e) que tu aies oublié ma fête. Je réalise que ça m’amène à me sentir pas important(e) pour toi. ». 

  • N’abordez qu’un sujet à la fois.

Aborder toutes les insatisfactions accumulées depuis six mois, risque de diluer votre message, mais aussi amener votre partenaire à se sentir mitraillé(e) de critiques.

  • Bien choisir vos mots et soyez sensibles au ton que vous utilisez pour vous exprimer.

Le mépris, qui peut se manifester par des injures, des insultes ou encore des comportements non verbaux qui amènent l’autre à se sentir inférieur ou ridicule est l’un des pires ennemis du couple. Évitez d’agir vos émotions en utilisant le sarcasme qui peut faire en sorte que votre partenaire se sente humilié(e)et rabaissé(e) et réagisse donc de façon défensive ou encore qu’il ou qu’elle se referme. 

Bien que ces conseils puissent sembler simples et évidents, sous le coup de l’émotion, nous perdons notre capacité à bien réfléchir et pouvons réagir de façon impulsive quand nous sommes blessés ou fâchés. Nous vous invitons donc à prendre quelques minutes ou quelques heures pour vous apaiser, retrouver un espace où vous êtes plus calme pour ensuite être capable d’appliquer les conseils que nous venons d’énoncer.

L’objectif n’est pas nécessairement d’en arriver à un accord ou à une résolution de problème, mais simplement de pouvoir se comprendre. 

Nous allons vous revenir dans un prochain article sur différents conseils pour améliorer votre écoute. « Parler est un besoin, savoir écouter est un art. » disait Goethe. Certain(e)s ont avantage à peaufiner cet art qui semble en perdition quand l’accumulation de frustrations et de stresseurs se conjugue pour créer la tempête parfaite. Foutue pandémie! 

Dre Aline Gauchat, Ph.D., psychologue
Dre Nathalie Gauthier, Ph.D., psychologue
Source de l'image de couverture : Unsplash

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