D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu cette immense peur à l’intérieur de moi. Celle d’être abandonnée. Quand j’étais toute petite et que mon père ou ma mère quittaient la maison, le même doute survenait chaque fois. Allaient-ils revenir?
Je me vois encore, âgée de 4 ou 5 ans, assise devant la fenêtre et impatiente d’apercevoir enfin les phares de la voiture tourner le coin de la rue. Mes parents s’étaient absentés pour une soirée resto et cinéma et mon grand frère avait reçu l’ordre de me garder. Comme d’habitude, je lui avais obéi et j’étais allée me coucher vers 20h. Mais dès qu’il avait repris ses occupations, c’est-à-dire s’enfermer dans sa chambre avec ses écouteurs sur les oreilles et la musique dans le tapis, j’étais remontée en haut pour m’installer à mon poste. Je ne bougeais pas de là tant que je ne voyais pas mes parents arriver. Mon petit visage entre les stores, mes coudes appuyés sur le rebord de la fenêtre. Et crois-moi, les minutes sont longues quand on craint le pire.
Mais j’étais tout simplement incapable de m’endormir sans avoir la certitude qu’ils étaient bien rentrés à la maison, en sécurité. J’avais tellement peur qu’il leur arrive quelque chose. Un accident, n’importe quoi. J’avais peur qu’ils meurent. Et qu’ils me laissent toute seule.
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Oui, je le sais, c’est complètement irrationnel. Mais c’est aussi incontrôlable. Je n’ai pas choisi d’avoir ce sentiment constant à l’intérieur de moi. Je suis née comme ça.
En vieillissant, cette peur d’être abandonnée par mes parents s’est transposée chez mes amoureux. Les pauvres… ça n’a tellement pas dû être facile à gérer! Chaque fois que mon copain s’absentait, je défilais les pires scénarios dans ma tête. Un 15 minutes de retard? Ça y est, il a eu un accident. Il devait faire de la route dans une tempête? J’arrêtais de vivre jusqu’à ce qu’il arrive à destination et que je reçoive enfin un signe de vie. Il partait en voyage? Ouf... tellement trop de possibilités! Un écrasement d’avion, une attaque de requin, une indigestion fatale, une malchance en randonnée et j’en passe.
Tu trouves ça lourd? Imagine-moi.
Le plus gros défi là-dedans, c’est justement de ne pas trop transposer cette peur sur l’autre. Je suis chanceuse, présentement j’ai un chum hyper compréhensif et à l’écoute. Il me connaît bien et il sait que j’ai beaucoup de difficulté à me gérer par moments. Alors quand il doit faire de la route et que je lui demande de me texter en arrivant, il sait pertinemment que ce n’est pas parce que je ne lui fais pas confiance ou que je veux le contrôler. Nop. C’est pour calmer le hamster dans ma tête, qui tourne tellement qu’on dirait qu’il s’entraîne pour le marathon.
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Tu me diras sans doute qu’il faut simplement que je lâche prise. Que de toute façon, il y a des choses dans la vie qu’on ne peut pas contrôler. Et que de vivre dans la peur constante d’être abandonnée, ça ne donne rien. Crois-moi, j’ai essayé très très fort d’être plus rationnelle. Pour moi évidemment, mais aussi pour ceux et celles autour qui subissent les conséquences. J’ai même consulté une hypnothérapeute dans l’espoir de faire disparaître cette peur. Mais à mon grand regret, ça n’a pas fonctionné. Je crois que c’est juste trop ancré en moi.
Avec le temps, j’en suis venue à la conclusion que le mieux à faire, c’était d’essayer de gérer mes continuelles inquiétudes du mieux que je pouvais. En prenant de grandes respirations et en me parlant à moi-même. En essayant ben ben fort de pratiquer ce fameux lâcher-prise. Ce n’est pas évident. My god que non. Mais comme je le disais, cette peur-là fait partie de moi depuis toujours et même si je préférerais vivre sans, je sais qu’elle ne disparaîtra pas. C’est pourquoi, plutôt que de me battre contre elle, je choisis de l'accueillir, de l’accepter et d’essayer de tout coeur d’apprendre à vivre avec.
Tout simplement.