Faits Vécus

À l’heure où j’écris ces lignes, je ne sais pas encore s’il y aura un second rendez-vous.

Quelques jours après notre première « date », elle partait en voyage pour l’Italie. Trois semaines. Planifié d’avance. Elle a un ami en échange là-bas, et va donc le rejoindre. Inutile de vous dire que j’étais ravi pour elle. C’est vrai : qui n’aime pas l’Italie?

Mais le timing de ce voyage, pourri.

Comment l’ai-je rencontrée? Dans un de mes cours à la maîtrise le printemps dernier. Nous n’avions alors pas vraiment échangé. Puis, lors de la dernière session, quelques formules de politesse. « Salut – Salut – Comment ça va? – Bien, et toi? – Bien ». Sans plus.

Puis une fois, on s’est parlés deux minutes. Au lieu de deux secondes. La même soirée, je lui envoie une invitation Facebook : elle accepte. Et après notre dernier examen final, je lui propose de prendre, pas un café, pas un verre, plutôt une assiette de patates douces. Original? Ça faisait écho à un inside. Elle est partante.

Je lui avais proposé le Randolph. Elle sort tout juste d’une relation, elle est en mode aigre-douce pour reprendre ses propos : je pensais lui changer un peu les idées ainsi. Par contre, arrivés sur les lieux, il n’y avait plus de place. Ils nous ont demandé d’attendre dehors, et cette semaine-là, il faisait intensément froid. « On se pose ailleurs? » me demanda-t-elle. Quelques instants après, nous avions pris place au petit bar à côté. Coin assez discret, petites tables rondes. C’était parfait.

Nous avons passé près de quatre heures à parler.

Quatre heures sans arrêt? Bien sûr que non. Mais pas loin. Des petits moments de silence, où il fallait trouver un moyen de « garder en vie » la conversation? Un peu, mais pas tant que ça. Des répétitions? Pas trop. C’est pas évident, pour une première, de tenir le rythme aussi longtemps (en fait, avec n’importe qui, ce n’est pas facile de tenir une conversation de quatre heures!).

Mais avec elle, c’était simple.

Au début, j’écoutais. J’observais surtout aussi. Son col roulé, beige, était superbe. Il lui allait à merveille. Son visage, encadré par ses cheveux bouclés, rayonnait. Ses lèvres, éclatantes. Et elle a un de ces sourires… On a parlé de beaucoup de choses. De quoi? De l’école, des voyages, de bouffe, de rêve, de la famille, de nos dernières relations. Pour être franc, des points en commun, ce n’est pas ça qui manque entre nous.

Il y a les faciles. Nous suivons le même programme universitaire ; notre vision professionnelle pour le futur se rejoint donc. Nous adorons les voyages ; l’Italie semble être notre deuxième maison. Nous voulons bâtir une famille, avoir des enfants dans la vie ; vieillir seul n’est pas une option (c’était un gros sujet avec son ex). Bien manger, c’est important pour nous deux. Nous aimons écrire : elle a tenu par la passé un blogue, alors que de mon côté j’en ai un, et collabore présentement pour un autre.

Après, il y a les points communs un peu plus subtils. Elle cherche quelqu’un avec qui elle peut échanger. Et ne pas être réduite au silence, ou presque, telle qu’elle s’est retrouvée lors de sa dernière relation. Confronter des idées, s’emporter, se chicaner même (elle ne se souvient d’aucune dispute pendant sa relation de cinq ans!). Au fond, elle cherche à évoluer avec quelqu’un, et pas que chacun vive de son côté, sans que personne ne s’investisse l’un dans l’autre.

Je ne suis pas sûr de comprendre pourquoi certaines personnes ne voudraient pas d’une telle vie, faite d’échanges. Si nous vivons une vie sans partager, que ce soit des moments, des idées, nos rêves, nos peurs, nos espoirs, à quoi bon? Si nous n’arrivons pas à la ligne d’arrivée, ensemble, à quoi bon la vivre cette vie?

Comment le rendez-vous s’est terminé? On s’est dit qu’on allait se revoir à son retour. « N’oublie pas de m’envoyer une photo d’une pizza de là-bas, mais pas que – lol ok ».

C’est là que « l’overthinking » commence. Une foule de questions me traversent l’esprit. Ai-je fait une assez bonne impression? Ai-je paru ennuyeux? Je n’aurais peut-être pas dû lui parler de ceci, ou de cela… Ai-je trop parlé? Habituellement, je suis celui qui s’ouvre le moins. Là, c’était du 50/50. J’adore écouter les gens. Pourtant, cette fois-ci, je me suis beaucoup livré. Me suis-je trop vanté? J’espère que ce n’est pas l’impression qu’elle a eue de moi. Je n’aime pas trop parler de ma personne, parce que j’ai justement cette impression de me vanter. Ce qui n’est pas le cas, ce n’est pas vraiment moi. Est-ce un symptôme normal des gens qui parlent moins que les autres? Ou a-t-elle rencontré quelqu’un là-bas? Son ami? Trois semaines, c’est long..

Elle semble intéressée. Du moins, elle l’était avant qu’elle parte. Car depuis son départ, aucune nouvelle. Rien. Autant en public qu’en privé. Pas de photo de pizza. De mon côté, je ne lui ai rien envoyé non plus. Je me suis mis à sa place : elle a probablement besoin d’espace et de temps. Je serai patient.

C’est là que tu te dis quand même : ça serait vraiment cool la seconde « date ». Oui, pour rectifier toutes les fautes du premier rendez-vous (fautes qui n’existent peut-être que dans mon esprit!). Oui, cela confirmerait son intérêt. Mais surtout parce que tu sens que c’est finalement la bonne personne.

Le truc, c’est qu’il se peut tout simplement que cela ne fonctionne pas. Malgré tous les points que nous avons en commun. Pour une simple question de timing.

Pourquoi? Parce que je serai arrivé trop tôt dans sa vie. Trop tôt après sa rupture. Et qu’elle ne soit tout simplement pas prête pour s’embarquer dans une autre relation tout de suite.

Aussi simple que cela.

Vraiment, timing pourri. Ou peut-être pas? Je la vois en cours la semaine prochaine.

Alors, y aura-t-il une seconde « date »?

horloge craie tableau noirSource image: Pexels
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Nabil Belhassen

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