Faits Vécus

Ce que je m’apprête à t’écrire, j’ai essayé maintes et maintes fois de te le dire de vive voix, mais t’étais pas là pour l’entendre. T’étais ailleurs, t’étais dans ta tête, t’étais parti. Papa, t’en as tellement manqué des bouts pendant que t’étais parti.

T’as manqué un peu plus de trois ans : un peu plus de trois ans d’évènements importants, de bouleversements, de changements. T’as manqué de belles opportunités d’être un père pour tes filles. C’est sûr, ma sœur et moi, on va te pardonner un jour. Toi, par contre, seras-tu capable de te pardonner?

Quand t’auras retrouvé ta lucidité et quand tu seras assez pour comprendre que ta maladie aura rendu tes deux filles malades, pourras-tu te pardonner? Ce n’est pas ton absence qui me garde éveillée la nuit et qui m’arrache le cœur papa, c’est l’empathie que j’ai pour toi.

J’ai de l’empathie pour toi. Non, j’ai de la peine pour toi. Parce que t’habites avec ma sœur, mais que c’est moi qui fais le porte-parole entre vous deux. Parce que t’es trop mêlé, trop dans les vapes pour te rendre compte qu’elle m’appelle tous les jours en pleurant parce qu’elle en peut plus de toi, de tes dérapes, de ta colère.

Ç’a déjà été moi ça; celle qui pleurait chaque jour. Celle qui se rendait malade, celle qui était désespérée et qui cherchait en vain de l’aide pour un père qui ne voulait pas s’aider. Je pensais qu’en quittant ta maison, je me débarrasserais de tout le poids de tes problèmes. T’as raison papa: « pour une fille qui va à l’université, je suis conne des fois. »

Je te le donne, t’as toujours eu un don pour ça. Eu le don d’avoir une emprise sur les gens qui t’entoure, eu le don de faire stresser le monde, eu le don de faire sentir les gens coupables pour tes erreurs à toi. C’est surement pour ça que je me roule dans la culpabilité parce que tu fais pleurer ma sœur.

Source image : Unsplash 

 

Il fut un temps où je te regardais les yeux pleins d’étoiles, plein d’admiration. Il fut un temps où je te vantais. Où j’étais fière de l’homme que t’étais et où je me faisais un plaisir de raconter ton histoire. Pour que les gens comprennent à quel point t’étais exceptionnel, d’être l’homme que t’étais, avec le peu d’amour, le peu de ressources que t’avais eu.

Mais trois années, c’est tout ce que ça prit. C’est tout ce que ça prit pour substituer l’admiration que j’avais pour toi, d’abord avec de la colère, puis avec du mépris. Puis avec du chagrin. Puis avec une indifférence louche, que j’attribue aux antidépresseurs que je prends pour oublier que mon père n’est pas .

T’es pas papa. T’es dans ta tête, t’es ailleurs. Ton ainée gradue en mai et tu ne sais toujours pas ce qui va être écrit sur le papier. S’il fallait que quelqu’un te demande ce que je fais dans la vie, ça serait gênant, parce que tu ne saurais pas quoi répondre. Pourtant, t’as déboursé chaque cenne qui a servi à payer mon éducation. Mais comment ça se fait papa, que tu ne sais pas encore que tu ne peux pas acheter le temps? Que ça s’achète pas des gens?

T’as manqué des bouts p’pa. Y a des soirées que t’étais là sans être. Y a des soirées où t’as dérapé. Où t’as fait un fou de toi-même. Où tu m’as fait peur. Oh la honte. La honte de te voir agir comme tu le fais, la honte de voir les gens te regarder comme ils te regardent. Je passe toujours en arrière de toi, à essayer de compenser pour ton attitude, à m’excuser pour des choses que je n’ai pas faites. Si tu savais comme je suis tannée de me sentir responsable de tes erreurs.

Je ne me rappelle pas de la dernière fois qu’on a connecté papa. De la dernière fois qu’on a échangé sérieusement. Je ne me souviens pas de la dernière fois que t’as été , avec moi. C’est dur de soutenir un regard fuyant, ou d’entretenir une conversation avec une bouche agitée. Encore plus d’avoir de l’affection d’un corps froid, fatigué, drainé.

Je te pardonnerai un jour papa, mais tu ne me feras pas oublier comment t’as brisé tes filles. Comment tu nous as privées d’un père.

Ça fait que je te pose la question : t’es où papa? Pourquoi t’es pas avec tes filles? J’ai tellement besoin de toi papa, mais tu ne m’entends pas. T’es pas . Mais tu me manques, tu me manques comme ça ne se peut pas. C’est pour ça que je m’essaie une dernière fois. Je suis tannée, brûlée, mais je vais te le redemander une dernière fois, mais là c’est vraiment la dernière fois.

S’il-te plait, lâche la drogue papa.

 

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