Faits Vécus

En ce mois du travail social

Relation d’aide et émotion de tête

Je suis TS, je suis intervenante, je suis travailleuse sociale.

J’écoute avec une attention particulière et j’entends des émotions qui grafignent, qui cognent, qui portent, qui chavirent, qui creusent, qui dégringolent, qui pèsent, qui hurlent et parfois chantent. J’entends des choses qui ne sont parfois mêmes pas dites ou qui ne devraient jamais être entendues.

Je reconnais la souffrance à travers le non-verbal et je touche à la douleur de l’âme avec un simple regard et un doigté bien spécial. Je perçois la peine avant même qu’elle ne soit pleinement ressentie, je suis hypersensible et les émotions me transpercent comme une pluie de mots dans une galaxie de poètes. Mon corps est parfois constitué de particules d’émotions reflétées.

J’ai quelques fois, bien malgré moi, la tête lourde en revenant chez moi, lourde de rancœur administrative, lourde d’aiguilles d’horloge qui tournent trop vite, lourde de sens, lourde de compassion, lourde d’une lourdeur d’institution.

J’ai aussi le cœur empreint d’amour, le cœur empreint de remerciements sincères et de poignées de mains reconnaissantes à la fin d’un suivi prometteur et gagnant. Le cœur rempli de bonheur altruiste. Le cœur rempli d’humanité humaniste. Le sentiment d’avoir fait une petite différence, l’apparition d’une lueur d’espoir disparue depuis un moment, une flamme éteinte depuis trop longtemps.

J’évalue, j’analyse, j’oriente, je renforce, je recadre, je planifie, j’encourage, je sensibilise, je ne juge pas.


Source : Christin Hume sur Unsplash

Avant toute chose, je comprends.

Je comprends la peur des comportements de son enfant, je comprends l’anxiété d’une séparation, je comprends la tristesse d’un décès, je comprends les idées suicidaires, je comprends la colère d’une victime, je comprends la pauvreté des uns et la richesse des autres, oui, je comprends.

Lorsque les tourments sont trop grands, je te ramène involontairement chez moi. Me questionnant comment mieux t’aider, comment te sortir de là, comment faire en sorte que tu ailles, ne serait-ce, qu’un tout petit peu mieux.

Et je me rappelle que je ne peux pas sauver, faute de pouvoir, faute de magie.

Parce que sauver ne guérit rien, je dois te montrer comment bien pêcher ton poisson et t’outiller, plutôt que t’amener dans la poissonnerie.

Par moment cordonnier mal chaussé, mon anxiété et mes émotions sont mal exprimées chez moi aussi. Je vis quelques écorchures au cœur de temps en temps, mais pas trop souvent.

Je suis comme toi, un humain.

TS pour très sociable, tout sourire, ta sœur, top sottise, trop salée, très sensible.

Je suis travailleuse sociale.

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Alexandra Dallaire

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