Quand tu te sens loser parce que t’as pas de vrai métier

L’autre jour j’étais en train de donner une volée à deux gars au baby-foot quand l’un d’eux m’a garoché au visage, sans avertissements et sans préavis: «Pis toi, tu fais quoi dans vie?»

Je le trouvais pas mal vite en affaires pour une personne que je venais tout juste de rencontrer v’là dix minutes. Non mais? C’est quoi son maudit problème à lui de péter ma bulle un vendredi soir avec ses questions existentielles-de-marde de la vie?

Viarge, t’es pas une matante que j’ai pas vue depuis cinq ans dans un réveillon de Noël, moi tout ce que je voulais c’est miser de la bière sur celui qui gagnerait la partie pis retourner m’assoir en me trouvant cool avec mon pichet gratis (parce que c’est moi qui aurais gagné, t’sais).

Anyway, j’ai répété la même chose que je dis dans les party de famille pour m’en débarrasser parce que je  ne voulais pas m’impliquer dans du sérieux.

« En fait je prends ça relax ces temps-ci, je reviens de la Colombie-Britannique depuis peu, j’ai passé deux ans là-bas. Ouin…Je suis tombée dans l’enfer du Crystal Meth, la drogue est vraiment pure là-bas c’est fou ».

Bon. Merci bye.

Le fait est que si j’évite cette question, c’est simplement parce que je ne fais rien d’exceptionnel dans la vie pour le moment.

RIEN.

NADA.

NIENTE.

Je suis une perdante. Je n’ai aucun statut social sérieux autre que celui de «célibataire» sur Facebook  pis c’est franchement pathétique.

J’ai pas de BAC, pas de condo, pas de chum, pas d’enfants, pas d’argent.

Mais par exemple, à ce qui parait, je suis ben drôle pis ben bonne dans l’écriture. Un beau talent qui s’est peu à peu transformé en passe-temps et par la suite en passion. Pis comme je suis nulle pour les vrais emplois où je dois faire semblant que je suis professionnelle, je me suis dit que je pourrais devenir écrivaine.

En gros, ça implique d’écrire à tes frais, sinon tu travailles dans une clinique comme réceptionniste en espérant tomber sur un patient qui serait comme par magie un auteur célèbre qui se chercherait comme par magie un apprenti à prendre sous son aile.

Mais bon, partie comme c’est là, je risque surtout de finir enterrée six pieds sous terre dans le cimetière des carrières ratées entre Sébastien Benoit pis Paméla Lajoie parce que Montréal m’engloutit un peu plus chaque jour.

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Oui, Montréal avec ses grands rêves, Montréal la métropole des artistes, Montréal et ses appartements pas louables, Montréal et ses nids de poule.

Montréal, Montréal, Montréal…. Je t’aime quand même.

Et il y a moi, pis mes paiements, pis ma job que j’aime mais pas assez pour poursuivre dans ce domaine-là toute ma vie.

Mais je n’ai pas le choix, je dois survivre, je dois manger, je dois payer, payer, payer…. Et le temps que j’utilise chaque jour pour gagner des sous, je le déduis de mes objectifs réels, mes vraies ambitions.

Ça fait chier. Ça épuise.

Pis je rush. Je trouve ça difficile, surtout en ce moment. Le travail à temps plein, l’école, le blogue, le livre que j’essaie d’écrire dans ce qui me reste de temps libre…

Sans compter les amis, les soupers pis les obligations familiales.

Parfois, je suis dans mon lit pis je pleure. Je sais, je ne devrais pas me décourager mais c’est plus fort que moi. Je m’imagine avoir un cerveau de personne pas créative pantoute. Un cerveau qui serait bon pour étudier en droit par exemple ou comme chimiste tiens! Ça serait tellement plus facile, je finirais l’école pis bang! J'aurais un travail que j’aime toute ma vie.

Mais malheureusement, j’échangerais jamais mon cerveau plein de couleurs.  

Je l’adore.

Mais je me permets tout de même de plaindre toutes ces personnes comme moi. Oui, parce que tristement, on vit dans une société beaucoup plus cartésienne où les cerveaux créateurs débordants d’imagination sont considérés comme marginaux, ou comme tels. Bon, il y a des exceptions à la règle, mais plus souvent qu’autrement,  j’ai l’impression qu’on rame ben plus que tout le monde.

Certes, je ne dis pas qu’un étudiant en doctorat se pogne le beigne, au contraire, j’ai plein de respect parce que je sais que moi je ne serais pas capable, mais au moins son avenir est plus certain que le nôtre et c’est ça que je trouve dommage.

Et tandis que mes amis finissent leur bac, achètent leur première maison, organisent des showers de bébés ou débutent leur carrière, je suis là, assise dans le fond d’un café à écrire des mots qui, un jour, je l’espère, s’ancreront dans l’imaginaire des gens.

Et je me dis que je suis jeune et que c’est juste… En attendant, mon statut social minable.

«JE SUIS PAS LOSER, JE SUIS EN ATTENTE OK??? »

«De quoi tu parles?»

«Ben tu m’as demandé ce que je faisais dans la vie. Ben j’t’e réponds, finalement ».

«Hein? T’es fuckée toi! Je parlais de mon ami, j’y ai dit : Pis toé! Tu fais quoi Danny? »

Pis y’a pointé son ami Danny qui jouait comme une marde au baby-foot.

Alors voilà, en plus de ne toujours pas avoir de BAC, de condo, de chum, d’enfants ou d'argent, on peut dire que maintenant je viens de perdre le peu de crédibilité qu’il me reste.

Loser.