Faits Vécus

Deux humains qui s’aiment, aussi simple que ça! Pourtant, les couples mixtes suscitent parfois la curiosité mal placée, les regards indiscrets et les commentaires discriminatoires. Les couples multiculturels font couler beaucoup d’encre et c’est nécessaire d’en parler pour dénoncer le racisme qui en découle.

Je considère qu’aimer une personne réside dans sa personnalité, ses valeurs, son charme, ses qualités et petits travers, son intelligence émotionnelle, son écoute… Et tellement plus! Rien à voir avec la pigmentation de la peau, la couleur des yeux ou la texture des cheveux. Ça te semble aller de soi? Pas pour tout le monde en fait.

Le racisme n’est pas toujours évident à déceler, ce n’est jamais tranché au couteau. Les événements du quotidien ne sont pas nécessairement propices à découvrir si une personne fait de la discrimination face à la couleur de la peau d’un individu.

Un commentaire sournois, un regard déplacé, un comportement méprisant, les manifestations du racisme sont multiples et bouleversent peu importe leur forme. La violence symbolique fait tout aussi mal.

Former un couple multiculturel

Parmi mes anciennes relations de couple, j’ai déjà eu un chum Sénégalais. Il cuisine du mafé, du thiou et on boit du bissap. On mange aussi de la poutine et on arrose nos crêpes de sirop d’érable. Il travaille comme biologiste dans un laboratoire d’études précliniques, il s’entraîne, il m’écrit des lettres d’amour, on prend des marches au bord de l’eau en amoureux puis on regarde des films.

Un brunch en famille par-ci, une soirée d’amis par-là, le quotidien est doux et agréable. Un an plus tard, nos routes se séparent, dans le respect et la bienveillance. Nous restons en bon terme, j’ai 19 ans.

Parenthèse, je suis québécoise avec la peau blanche, dommage d’avoir besoin de le préciser. Ceci dit, ce sera plus clair pour comprendre la suite de mon récit.

Au cours de ma vingtaine, je rencontre à quelques années d’intervalle, deux personnes (ex-chum) qui font preuve de racisme d’une façon déstabilisante. Je ne suis pas préparée à me retrouver dans de telles situations.

En effet, ces hommes trouvent très difficile d’avoir une blonde à la peau blanche qui a déjà eu un chum à la peau noire dans le passé. Je n’ai jamais appris à répliquer à une personne qui prétend que c’est mieux un chum blanc qu’un chum noir. Je ne croyais pas que ça allait m’arriver.

D’ailleurs, qui se prépare à une telle éventualité?

photo couple multiculturel en amourSource image: Unsplash

Qui sont ces personnes faisant preuve de racisme?

Certains peuvent se demander qui sont ces personnes qui manifestent un grand inconfort à la vue d’un couple multiculturel? Il n’y a pas de portrait type. Voici tout de même un portrait des deux situations que j’ai rencontrées:

Conrad* :

Il a le cœur à l’ouvrage, est proche de ses parents, il est généreux avec ses amis au restaurant et dans les sorties. Il se décrit comme un gars Peace and Love. Après deux mois de relation, une conversation anodine fait en sorte que je mentionne avoir déjà eu un chum à la peau noire.

Je m’en souviens comme si c’était hier. Nous sommes dans une petite ruelle dans Hochelaga, entre Cuvillier et Aylwin, en route vers mon appartement. Il arrête de marcher d’un coup sec et commence à réfléchir… « Ça me surprend, je ne t’imaginais pas comme ça », dit-il.

Conrad me regarde de travers, je sens du dégoût et du malaise dans son regard. Il m’explique sans gêne que pour lui, un gars à la peau noire est probablement membre d’un gang de rue, un criminel ou un pusher. En plus, si ce gars a du sexe avec une fille à la peau blanche, c’est parce qu’il profite de son corps et qu’il s’amuse. Il conclut donc qu’il s’agit d’une fille facile qui est dorénavant souillée. Il ne comprend pas qu’une relation de couple soit possible. Ses mots me font très mal. La force de la violence psychologique est souvent sous-estimée.

Par contre, pour son ami à la peau blanche qui a une blonde à la peau noire, c’est tout à fait différent. Il ne juge aucunement son ami. Le double standard dans ses croyances est criant! Ses préjugés se manifestent de façon très évidente. Ceci dit, ça l’aura pris deux mois avant qu’une situation se présente pour que le chat sorte du sac et que je le vois sous son vrai jour.

Louis* :

Il habite un quartier huppé de la Rive-Sud de Montréal, détient un baccalauréat, des valeurs familiales précieuses et il est super sympathique. Contrairement à Conrad, la façon dont Louis manifeste ses préjugés est assez subtile.

Par exemple, quand je lui mentionne que j’ai déjà eu un chum Sénégalais (cette fois-ci je n’ai pas attendu deux mois), il ne fait pas de commentaire. Il reste assez silencieux et visiblement, il ressent un profond malaise. En fait, il ne sait tout simplement pas comment réagir.

Aussi, quand je lui annonce que je vais voir Karim Ouellet en spectacle à la maison de la culture Maisonneuve, il me renvoie un drôle de regard et son sous-texte est plutôt évocateur. Ses yeux parlent d’eux-mêmes, inconfort et incompréhension sont au rendez-vous.

Quand je le confronte face à ses réactions, il me répond qu’il n’est pas raciste. Louis me spécifie qu’à son travail, il parle à tout le monde peu importe la nationalité (…). Je suis découragée par sa réponse.

Malheureusement, la présence du racisme dans ses réflexions et son discours m’ont grandement freinée à poursuivre cette relation. Parfois, la discrimination saute aux yeux. Alors que d’autres fois, c’est subtil et ça prend des semaines voire des mois à la déceler chez une personne.

D’ailleurs, à l’époque, quand j’ai annoncé à deux amies ma nouvelle relation de couple avec un charmant homme Sénégalais, ce moment a étrangement coïncidé avec la fin abrupte de ces amitiés…

mains de nationalités différentesSource image: Unsplash

Un.e sexologue montréalais.e qui n’a pas fait ses devoirs

Ce printemps dernier, je discute avec une sexologue lors d’une première consultation. J’ai besoin de ventiler concernant des situations de double standard ainsi que des insultes reçues concernant le fait que j’ai déjà eu un chum à la peau noire dans le passé.

Cette personne me fait comprendre qu’elle n’est pas au courant de ce type de situation, soit d’insulter ou de mépriser une femme parce qu’elle a déjà eu un chum à la peau noire. Elle est surprise qu’un gars puisse trouver dégueulasse que sa blonde à la peau blanche ait déjà eu un ex-chum à la peau noire.

Pourtant, son bureau a pignon sur rue à Montréal dans un quartier multiculturel. Inutile de dire que c’est la première et la dernière séance avec elle. A-t-elle omis de faire ses devoirs? Ou est-ce que certaines personnes se mettent la tête dans le sable et perçoivent difficilement les manifestations du racisme dans les relations amoureuses?

Qu’est-ce que je fais maintenant?

  • À coups de mots, je prends le temps d’expliquer à ceux et celles qui voient une différence face à la couleur de la peau, que ça ne change absolument RIEN. Témoigner qu’un couple multiculturel permet de s’ouvrir à une nouvelle culture, apprécier de nouveaux mets et se surprendre à expliquer des expressions québécoises comme tiguidou, se pogner le beigne et calme-toi le pompon.
  • Continuer à ouvrir le dialogue, au risque de créer des malaises et des inconforts.
  • Partager l’article écrit par Kiari Gerba d’Occupation Double Afrique du Sud. Le premier finaliste d’Occupation Double à la peau noire en 10 ans, il était temps!

*Noms fictifs pour conserver l’anonymat

Source photo de couverture : Unsplash
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