Faits Vécus

Je fais partie de ce groupe de personnes qui ne peut rester seule trop longtemps après 20h30, et même si toutes les portes sont barrées ou les rideaux tirés. Au moindre bruit, moindre grincement, pour moi, quelqu’un essaie de s’introduire dans la maison. Mon souffle se coupe, mes yeux scrutent l’obscurité, mes oreilles guettent le moindre son.

Je suis incapable de marcher seule dans le noir, quand il n’y a personne aux alentours.

J’ai de la misère à me lever de bonne humeur le matin, pensant déjà à toute la force que je devrai avoir au cours de la journée. J’ai peur de m’endormir le soir et de faire des cauchemars.

Je suis nerveuse de répondre au téléphone, d’envoyer un message, de faire la conversation. J’essaie de toutes mes forces d’être aimable, sociable. Quand tu me regardes, que tu me touches, que tu me parles, que tu me souris, qui que tu sois, sache que tu déclenches une tempête de stress dans ma tête. Plein de questions, peut-être, mais j’apprécie quand les gens foncent et escaladent la montagne que mon anxiété représente, parce que moi, j’ai peur de te parler en premier, de te parler de moi et de n’importe quoi. Les réseaux sociaux sont mes meilleurs amis, pas que j’aime ça, mais parce que c’est bien plus facile d’envoyer un message suivi d’un emoji que de te dire « Salut » et te sourire.

Ne le prends pas mal. C’est normal que ce soit difficile à comprendre, car moi-même, je ne comprends pas grand-chose. J’ai un trouble d’anxiété majeur, mais n’ayez pas peur. Je ne suis pas différente des autres, et je peux faire tout ce que les gens « normaux » font. En vrai, bien plus de jeunes aujourd’hui font face à l’anxiété. Seulement, bien peu l’expriment.

L’idée c’est que tout ce qui vous semble être un trou d’eau me parait un océan à nager. Mais ça va. J’ai ma bouée.

J’ai un trouble anxieux et ça me fait peur.

Souvent, mes amis me disent de passer à autre chose. Comme si en un claquement de doigts, je pouvais devenir parfaitement zen.

Évidemment, ils ne me le disent pas comme ça. Plus doucement, mais pour le même résultat.

Ils me disent que ce n’est pas grave, que cela va passer, que je m’en fais pour rien. Sauf que non. Mon anxiété est présente et me rappelle constamment que j’ai peur de tout.

Et rappelez-vous d’être attentif, car les personnes souriantes, dynamiques et heureuses, en apparence, sont souvent celles qui souffrent le plus. Un bon « Tu n’as pas l’air de feeler, veut-tu en parler? » de temps en temps, ça ne fait pas de mal. Et ça nous aide à nous ouvrir. Parce que nous, les personnes anxieuses, on n’aime pas ça, se sentir mal, déranger les autres avec nos tourments. On n’ira pas vous voir pour vous parler par nous-mêmes parce que ça nous gêne. On est comme pétrifiés. Alors venez vers nous, nous ne mordons pas.

anxiété femme visageSource image: Unsplash

Mon anxiété, ce n’est pas nouveau. Disons qu’elle a grandi avec moi, même si parfois, j’aimerais qu’elle parte loin et qu’elle ne revienne jamais. Sauf que je ne suis pas elle, et elle n’est pas moi.

Je suis forte, et je peux l’ignorer, vivre avec elle. Ce n’est pas un problème, si je la maîtrise. Si je prends ma médication.

Je n’ai jamais été capable de fréquenter quelqu’un par peur de décevoir, peur de parler, peur de perdre. Ton copain, c’est comme ta moitié et j’ai de la difficulté avec ce concept parce que ça me fait peur.

Parfois, j’ai l’impression de mourir. J’ai vécu une dépression – j’en vis toujours une, mais je vais mieux – et ce sentiment était encore plus fort il y a quelques mois. Les crises de panique font partie de moi.

L’impression de manquer d’air, tu trembles, tu pleures, tu as peur.

Si vous vivez avec l’anxiété, alors vous comprenez. Mais l’anxiété est souvent une belle chose, aussi.

Une personne anxieuse apprécie le moment présent. Elle se rappelle les moments où elle a vaincu l’anxiété. Elle profite de chaque moment qui passe.

Une personne anxieuse ne te fera pas mal, car elle sait ce que ça fait, de souffrir. Elle connait la douleur et ne veut que personne ne la ressente.

Une personne anxieuse a de l’empathie, même pour les gens qui l’ont blessée dans le passé. Elle ne veut que personne ne souffre et s’inquiète donc pour tout le monde. Elle veut aider à tout prix.

Oui, l’anxiété me fait fuir tout le temps.

Quand quelqu’un me complimente, quand je suis en entrevue, quand je rencontre quelqu’un, je veux m’enfuir. Mais j’essaie de combattre l’anxiété qui me ronge de l’intérieur, et souvent, j’y arrive.

Parfois, je réussis à ne pas regarder les calories ou le nombre de kilos sur la balance. Je réussis à passer à travers des exposés oraux, des examens, le boulot, des courses, des cours. Et je suis fière. Ça me rassure toujours un peu plus.

Un trouble d’anxiété, c’est un combat constant contre nous-mêmes. C’est un cauchemar, c’est l’enfer. Mais parfois, c’est supportable. L’anxiété me fait peut-être fuir, oui, mais parfois, j’aime fuir. Parce que parfois, l’anxiété, c’est bien. Plus que bien. Et je la contrôle. Oui, je vis avec. Comme bien d’autres gens. Et je m’en sors, et je suis fière.

Continuez de vous battre contre elle, mais laissez-la entrer parfois, car vous avez besoin d’elle. Parlez à quelqu’un et vous passerez au travers, croyez-moi.

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Audrey Robitaille

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