Faits Vécus

Nous sommes ici en pleine nuit. Et j’ai peine à croire que ma vie soit celle que je décris. Mon cœur semble trop fort pour ma poitrine et celle-ci doit travailler à chaque instant pour le garder dans sa cage.

Il est 1h45 du matin et le sommeil me fuit, il a mieux à faire.

Ça fait aujourd’hui environ un mois que nous sommes confinés dans nos maisons, sans être confinés vraiment. On reste libres, ici, encore de nos choix. Nous pouvons sortir, nous pouvons briser quelques petites règles par-ci par-là, la vie reste encore du cas par cas. On passe son temps à se justifier sans cesse que nos déplacements sont valables, que notre règle enfreinte en valait la peine. On vit dans la culpabilité et le stress. Et moi, j’avance en surplace dans mon salon.

Les nuits sont de plus en plus chaudes et le printemps se fait sentir, les fenêtres ne demandent qu’à s’ouvrir et mon envie de m’enfuir arrive comme à chaque année à la même heure: ponctuelle et toujours constante. Depuis des années, je voyage, je sors, je rencontre, je parle, je découvre et je ne reste jamais vraiment chez moi. Mais, cette fois-ci, mon envie n’est pas que freinée par mon manque d’argent pour voyager, elle est freinée jusqu’à devoir rester dans mon salon.

ville la nuit lumières

L’excitation et l’anticipation de la fin se cachent tout près de nous, l’angoisse d’un retour à la normale qui pourrait finalement nous tuer est toujours en suspens. Notre peur à pris le dessus sur notre économie, donc sur notre mode de vie.

Je cache en moi l’espoir. L’espoir qu’on pourra prouver à nos pairs que le changement peut se faire rapidement, que nous pourrons prouver à l’humanité que notre communication, c’est en fait notre plus grande force, celle de l’évolution. Une force très dure à contrôler dotée d’une puissance incroyable. On s’entend qu’on est assez évolués pour essayer de faire de la limonade avec nos citrons.

Je cache en moi l’espoir d’un système qui part réellement d’en bas. J’ai espoir en un système qui exécute plutôt que choisit. Ceux qui se trouvent au sommet devraient y être pour réaliser nos idées plutôt que de décider si elles méritent de l’être ou non. Une société où la voix de mes professeurs, de mes philosophes, des mes écrivains, de mes grands-parents et de mes enfants pourraient réellement faire un effet papillon sur la vie des autres.

ville la nuit lumières

L’économie est déjà tombée.

Quelle est notre vie sans économie?

Prenons-nous réellement soin des autres?

Pensons-nous à tous le monde ici, de façon égale peu importe sa religion, sa couleur de peau et son porte-feuille?

Pensons-nous aux autochtones qui font aussi partie de notre peuple et qui semblent être simplement refilés au Canada? Qui n’ont pas accès à de l’eau potable?

Nous avons appris à apprécier la SAQ et la SQDC. Quand les artistes seront-ils vus comme essentiels ?

Et si on avait tous de quoi manger et se loger?

Nous aurons un courant littéraire, un courant musical, un courant économique COVID-19. Nous aurons des chansons, des toiles, des créations, des idées d’entreprises, des images capturées et nous aurons aussi des enfants qui s’ennuient et commencent à créer. Laissant les airs de musique de mon ordinateur m’accompagner, je sors sur mon balcon et me pose.

vue du ciel appartement nuages

J’écoute un album instrumental magnifique Under the rose tree par Sokratis Sinopoulos.

Je me demande comment vont les grecs aujourd’hui. Leur musique est romantique et un peu triste.

Je passe mon temps entre mon écran d’ordinateur, à tenter de contrôler mon inattention qui m’amène toujours sans raison à répéter les mêmes mouvements musculaires, enregistrés dans mon subconscient: clic, clic, face… et enter. Encore sur Facebook à perdre des minutes plus aussi précieuses qu’avant. Mon cerveau semble vivre sous pression. C’est moi, le p’tit poisson rouge.

Depuis toujours, j’ai l’impression d’être éparpillée. De partager mon attention entre trop d’éléments différents de ma vie et de ne pas arriver à en faire quelque chose de concret. J’ai beaucoup de passions! Mais après des années à me sentir toujours un peu plus coupable chaque jour, de vivre sous le poids de ne pas avoir réussir à accomplir les millions de choses qui semblent toujours s’ajouter à ma liste de choses à faire,  j’ai espoir. J’ai l’impression que j’arrive à faire le bilan et que je m’en sortirai peut-être avec un plan.

En espérant mieux qu’avant?

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Julie St-Georges

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