Style de vie

En novembre dernier, en attendant de m’envoler pour le Brésil, j’endurais le début d’hiver habillée en printemps, déterminée à: 1 – Ne pas acheter de nouvelles bottes cette année, 2 – Terminer ma formation en Entrepreneuriat artistique avant le party de Noël familial et 3 – Envoyer le manuscrit fini de Partie à un concours le 30 décembre. J’ai accompli seulement mon premier objectif – et « scrappé » pour la cause, au calcium, mes belles bottes de cowboy.

Aux fins de l’objectif 2 (le marketing d’un projet artistique, en l’occurrence mon roman Partie, j’ai analysé le marché du livre québécois et cherché, à travers les innombrables étagères du Salon du livre de Montréal, des auteures québécoises qui me rejoignaient. Ce ne fut pas facile, mais après maintes lectures abandonnées au bout d’une quinzaine de pages, j’ai eu un gros coup de foudre pour le roman Tu peux toujours courir de Valérie Chevalier : enfin un roman qui traitait de thèmes importants, tout en simplicité, émotion et réalisme… En plus, avec un humour habile! Assurément, Valérie Chevalier ne se résume pas à la « Chick lit ».

Source image : Les Éditions Hurtubise

Je vous dévoile d’ores et déjà pourquoi j’ai adoré Tu peux toujours courir : ce livre met en scène la véritable solidarité féminine. Une solidarité comme j’en ai rarement vue, depuis la cours d’école du primaire jusqu’au secondaire – là encore moins. Mais heureusement, elle existe. La solidarité féminine, c’est important. Elle doit exploser. Elle doit régner. Surtout ces jours-ci, avec toutes les histoires d’inconduites sexuelles.

Dans Tu peux toujours courir, Valérie Chevalier dépeint habilement notre génération, où la surconsommation se manifeste aussi au niveau des relations amoureuses.

« Parce que c’est ce que la séduction et l’amour sont en train de devenir : un objet de consommation comme les autres. Je n’ai pas envie de ça, ni d’être ça. »

Souffrant de ce contexte, Maud et Alice sont deux femmes de la mi-vingtaine, vulnérables, maladroites, le cœur prêt à chavirer à tout moment. Pour qui? Entre autres pour un typique narcissique : celui qui sait rendre toutes les femmes folles de lui, sans jamais s’impliquer émotionnellement. Maud tombe souvent dans le piège.

« Je craque pour les hommes complexes, sexy, qui m’obligent à me mettre en danger. Le genre qu’on ne conseillerait pas à sa meilleure amie. Pourquoi les femmes sont si mal faites? Ou la vraie question : comment font les femmes qui y arrivent? Celles qui sortent avec le bon-gars-gentil-doux-aimant, sans fantasmer à tout bout de champ sur l’Adonis qu’elles n’auront jamais dans leur lit? » (Maud)

Son amie Alice, quant à elle, étudie et analyse tous les hommes qu’elle croise. Elle fait preuve d’un sens de l’observation que toute femme devrait développer en vue de choisir un candidat à la hauteur.

« Parce qu’on le sait, les bars sont une jungle et la piste de danse est un terrain de chasse. Et qui dit chasse, dit ruse.

En la matière, il y a des techniques de base, des règles non écrites. L’une des plus anciennes : un gars trop direct fait fuir. Un gars qui nous plaît et qui danse avec une autre; c’est le début d’un combat sans merci. » (Alice)

Source image : Unsplash

Les deux femmes, dont les personnalités semblent d’abord opposées, se confondent pourtant au fil du temps: Maud emprunte l’ironie détachée d’Alice; Alice attrape la vulnérabilité maladive de Maud. C’est peut-être que chaque femme a un peu de Maud et d’Alice en elle, constamment en opposition.

Au fil du récit se tisse une belle complicité entre les deux amies, qui se distraient de leurs aléas amoureux entre cours de cuisine, restaurants et sorties montréalaises. Ensemble, elles réussissent (parfois) à placer leurs principes et leur raison avant leur cœur.

J’ai lu ce roman alors que je vivais en colocation avec une amie qui m’est très chère. Quel bonheur c’était de se faire des soirées sushis, de se consoler de nos échecs amoureux et de visionner ensemble des documentaires sur le pouvoir magique du yoga ou la sexualité!

En refermant Tu peux toujours courir, j’ai compris qu’il fallait éduquer les femmes à la solidarité. Rien de moins.

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Gabrielle Lebeau

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