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« Tu dois trouver ça difficile de travailler dans une shop? Tsé, ça doit être plein de gens sans éducation. »

Ce genre de phrase, je l’entends beaucoup trop souvent. La dernière fois c’était pendant une date avec un gars qui venait tout juste de se trouver un contrat en communication sous-payé qui se trouvait bien cool. Le genre qui se trouvait beaucoup trop intéressant pour daigner me poser une question sur mon emploi, mes intérêts et combien je mets de guimauves dans mon chocolat chaud du matin. Bref, le genre de question que l’on pose à quelqu’un lors d’une date.

Source image : unsplash

Après qu’il eut remarqué que je sympathisais davantage avec le barista que lui, il a fini par me demander ce que je faisais dans la vie :

« Fak, je comprends pas trop. Tu étais enseignante et tu es maintenant… Coordonnatrice en sécurité du travail? »

« Coordonnatrice santé-sécurité et environnement. Oui. »

« Puis ça mange quoi en hiver ça? »

J’étais contente qu’il demande parce que j’allais pouvoir utiliser de grands mots qu’il n’allait pas comprendre et pouvoir enfin mettre monsieur je-sais-tout mal à l’aise. Ce n’est pas mon genre, mais quand ça fait deux heures que quelqu’un pense vous apprendre la vie, c’est comme une réaction facile.

« Oui, je travaille dans une shop et je m’occupe de… »

« UNE SHOP ? »

« Oui… Une shop.»

« Ok ok… »

« Quoi ? »

« Bha… »

« Bha quoi ? »

« Non,  rien. »

« Vas-y ! Termine. »

« Bha j’imagine que tu dois trouver ça difficile travailler dans une shop. Tsé, ça doit être plein de gens sans éducation. »


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Pour ceux qui ont lu mes derniers textes, vous savez que j’ai un caractère de merde, alors je vais vous épargner la suite de la conversation. Je ne voudrais pas décourager gars ou filles que je rencontre sur Tinder, mais disons que cette conversation s’est terminée en grosse argumentation et sans histoire d’un soir.

Il n’y a rien qui m’enrage plus dans la vie que ce genre de réaction. Je ne peux pas croire que l’on peut encore véhiculer ce genre d’opinion quand on voit à quel point le système d’éducation publique présent est malade. En tant qu’ancienne enseignante, je peux vous le dire que même si l’on dit que l’on valorise l’égalité des chances dans notre société, cela ne se reflète pas du tout dans le système de l’éducation.

Oui, je travaille dans une shop. J’ai des études universitaires que je dois appliquer dans mon travail, mais mes compétences académiques ne serviraient absolument à rien sans l’aide des travailleurs techniques. Ce n’est pas parce que ces derniers n’ont parfois pas d’éducation qu’ils n’ont aucune compétence et qu’ils ne peuvent pas m’apprendre des trucs plus techniques au travail ou me faire grandir en tant que personne.

Je pense vraiment qu’en 2019, il est temps de laisser ce type de discours en arrière et de valoriser les expériences et compétences de chacun, école ou pas. Je ne pense pas que personne ne se lève le matin en se disant qu’il est heureux de ne pas avoir été à l’école longtemps. C’est tellement facile de dire qu’il s’agit seulement d’une question de volonté, mais c’est faux. N’importe quel enseignant pourrait vous le dire.

Bref, moi, les HUMAINS avec qui je travaille, je les trouve inspirants. J’adore les entendre me parler de leur famille, de leurs intérêts et de me partager comment ils sont fiers de travailler dans leur shop pour laquelle ils ont un grand sentiment d’appartenance. Au bout du compte, éducation ou pas, je crois que c’est ça qui est important.

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Marie-Philippe Lacasse

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