Style de vie

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En raison de l’épisode « mon amie Valérie* est aussi la meilleure amie de la blonde de mon amant », j’ai perdu mon amie. Car pour gérer cette histoire d’infidélité difficile à digérer, elle a préféré se ranger du côté de l’ultime victime de la situation, c’est-à-dire la blonde de. Et j’ai également perdu mon amant, Pierre-Alexandre*. Car pour n’éveiller aucun soupçon et se convaincre lui-même de la blancheur de sa neige, il a préféré se tenir les fesses serrées pendant quelque temps.

Ainsi, en un claquement de doigt, j’étais devenue une de ces femmes sans scrupule couchant avec des hommes non disponibles. Une femme dangereuse dont il fallait s’éloigner. Conclusion? Être la maîtresse de n’était pas un plan de carrière intéressant. Et mettre mes énergies ailleurs que dans l’infidélité s’avérait un excellent investissement.

J’ai donc décidé de repartir en Russie. Non seulement pour trois semaines, comme la première fois. Mais pour un an. Afin que ma cure « anti-amant » fonctionne réellement. Le plan de match? Compléter un an de ma maîtrise à Moscou. D’ici là, faire de la Russie ma meilleure amie, mon amour. Lire sur elle. Écrire sur elle. Parler d’elle. Rêver d’elle. Pour ne pas penser à lui. Et une fois en sol russe, être si occupée par les études, le travail, le tourisme et les partys, que le prénom Pierre-Alexandre et tout ce qui y était relié tombent définitivement dans l’oubli. Pierre-A… Pierre qui?

Dès mes premières semaines à Moscou, mon plan de match a fonctionné à merveille. Avec, en prime, la rencontre inattendue d’un certain Mikhaïl*. Un joli Russe croisé lors d’une soirée bien arrosée. Un interprète au français impeccable, capable d’imiter l’accent québécois. Un homme aux allures du Petit Prince. Mince, élancé, cheveux blonds bouclés, yeux rieurs, sourire craquant. Bref, il m’a plu immédiatement. On a donc passé la soirée ensemble… et la nuit.

Le lendemain matin, Mikhaïl partait avec une délégation politique russe pour une rencontre de l’OTAN. Mais le lendemain matin, il avait tout sauf la gueule de l’emploi : mal de tête, bouche sèche, valise pas prête, trucs à imprimer, essaie d’envoyer des courriels, internet nié rabotaïet (ne fonctionne pas), cherche sa clé, trouve pas sa clé. Et moi, je le regardais en riant. En espérant le revoir à son retour. Dans dix jours.

Deux jours après son retour, Mikhaïl me contactait (yeah!) pour m’inviter à célébrer son anniversaire avec ses amis, au bar Le Gogol. À mon arrivée, il m’a embrassée à pleine bouche et a commandé plusieurs shooters. La soirée promettait! Comme de fait, on s’est bien amusés. Mais quand la facture est arrivée, tout le monde a sursauté : 4 370 roubles, soit 200$ canadiens. Ses amis ont vite fait de déguerpir (vive l’amitié!), me laissant seule avec un Mikhaïl vraiment soûl… disant n’avoir que 300 roubles sur lui à un serveur vraiment pas content. J’écoutais Mikhaïl et le serveur s’engueuler. Je ne comprenais pas tout, mais captais le plus important. Comme le verbe « appeler » et le mot « police ». Quand Mikhaïl m’a regardée, suppliant, j’avais saisi le non-choix depuis longtemps : je payais ou on passait la nuit en tôle. La prison russe n’étant pas une destination de rêve, j’ai vite sorti ma carte VISA… Merde. Dans quelle galère étais-je?

Une fois dehors, j’ai attaqué Mikhaïl.

– Pour qui m’prends-tu? J’ai-tu de l’air d’une banque?

– J’vais te rembourser, promis!

– Wow! La promesse d’un gars ivre que j’connais pas vraiment! Rassurant!

– Écoute, Katya**. Viens chez moi là, là, pis j’te rembourse.

Encore un non-choix. Car si je retournais chez moi, je craignais de ne plus jamais revoir la couleur de mon argent. J’ai donc accepté sa proposition et on a pris un taxi. Un taxi dans lequel Mikhaïl a eu l’heureuse idée de vomir… Et duquel on a été éjectés au beau milieu de nulle part par un chauffeur aussi pas content que le serveur du Gogol. Un chauffeur, d’ailleurs, à qui j’ai dû payer 500 roubles au lieu de 300. À cause du vomi qui pue. Calcul rapide : la soirée commençait à me coûter cher.

Pendant que Mikhaïl continuait à se vider l’estomac sur le bord de l’autoroute, j’ai appelé un autre taxi. Encore 300 roubles. Cette fois-ci, pas de vomi. Mais Mikhaïl s’est endormi avant même de pouvoir prononcer l’adresse de destination. J’essayais de le réveiller… Rien à faire, il dormait dur comme fer. Par chance, je me rappelais de la station de métro la plus près de chez lui. C’est donc là que le chauffeur nous a déposés. Et que Mikhaïl m’a regardée en disant :

– Chiasse, Katya… j’suis vraiment trop bourré, là… pis j’pense que j’me rappelle pas exactement de mon adresse…

– Qu’est-ce que tu veux dire par pas exactement? On n’oublie pas son adresse comme ça! Tu dois bien te rappeler où est situé ton immeuble et à quoi il ressemble, non?

J’ai regardé autour de moi : des dizaines d’immeubles blancs, identiques. Désespoir. Mais mon instinct de survie ne voulant pas passer la nuit dehors, j’ai fait appel à mon intuition. J’ai pris Mikhaïl par le bras en lui disant : « Viens, on va par là. » On a marché. Longtemps. Des minutes interminables durant lesquelles il s’excusait et moi, je sacrais. Durant lesquelles il avait envie de vomir et moi, de le frapper. Bref, un moment charmant.

Tout à coup, devant un magasin qui lui semblait familier, mon joli Russe s’est souvenu de son adresse. Ô joie! Mais un instant. Car une fois rendus à destination, il ne se rappelait plus du code de la porte extérieure de son immeuble… Après 15 minutes de pitonnage (et moi, de chialage), il a réussi à signaler le numéro gagnant. Ô joie! Mais encore un instant. Car arrivés à l’étage de son appartement, monsieur ne trouvait plus la clé pour déverrouiller la grille protégeant sa porte qui, elle, avait deux serrures! Il avait beau essayer toutes ses clés, aucune ne fonctionnait. Incroyable. De mon côté, je commençais drôlement à me demander si passer la nuit (ou ma vie) dans une prison russe aurait été moins compliquée… C’est dire à quel point j’étais désespérée.

– Écoute, Mikhaïl… Soit que ce ne sont pas tes clés, soit que t’as un autre trousseau de clés caché quelque part, soit que t’as déménagé dernièrement pis que tu t’en rappelles pas, soit que ça commence à être vraiment ridicule cette histoire! La facture de 4 370 roubles, le vomi, les taxis, l’adresse oubliée, le code oublié, les mauvaises clés! Non mais! Ça va faire, là! Moi, j’sonne chez le voisin.

À 4h du matin, j’ai donc sonné chez le voisin. Un voisin aussi pas content que le serveur du bar et le chauffeur du taxi-vomi. Un voisin qui nous a quand même gentiment ouvert la grille en disant que Mikhaïl n’avait pas les bonnes clés. Ce dernier a alors regardé dans ses poches pour la millième fois et ô surprise, y a trouvé un autre trousseau de clés… Qui contenait les clés de la grille et de son appartement… Non mais! Pouvait-on être à ce point bourré?

Enfin chez lui, après une bonne douche froide, Mikhaïl est revenu à la vie. On a parlé. On a ri de la situation. Parce qu’après tout, c’était vraiment drôle. Et on s’est endormis dans les bras l’un de l’autre. Complètement épuisés.

Le lendemain matin, il m’a remboursée. Et m’a invitée au resto pour se faire pardonner. Un chouette moment. Décidément, ce joli Russe me faisait de l’effet. Et malgré la mésaventure de la veille, je n’avais aucune envie que mon aventure avec lui se termine ici.

Ce soir-là, chez moi, je pensais à lui quand mon téléphone a vibré. J’espérais que ce soit un message de sa part… Mais non. C’était Pierre-Alexandre. Oui, lui. Celui que je tentais d’oublier de toutes mes forces. Que pouvait-il bien me vouloir?

– Salut mini Catherine de Russie, comment vas-tu? Ça fait longtemps… Écoute, je me suis trouvé un stage à Paris. Paris, c’est pas loin de Moscou, non? Alors que dirais-tu de venir voir la tour Eiffel? Allez, dis oui. J’m’ennuie.

Le maudit. J’étais enragée. Comment osait-il venir troubler ma tranquillité? Mais surtout, je me demandais comment j’arriverais un jour à le sortir de ma vie si lui, de son côté, me retenait constamment dans la sienne…

Suite et fin mardi prochain.

* Tous les noms de ce texte sont fictifs sauf le mien.

** Katya est un diminutif du prénom Catherine.

Paris_Amour

Source: http://cinefiloeamae.blogspot.ca/

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Catherine Courchesne

Baccalauréat en études littéraires, maîtrise en science politique, certificat en psychologie et professeure de français, Catherine se laisse guider par son insatiable curiosité et sa...

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