Style de vie

Partie 1 : ici
Partie 2 : ici

Quand mon amant a su que je revenais d’un souper avec un cute shy guy, j’ai eu droit à un interrogatoire de sa part.

– Comment ça, un souper?
– Ben… Dire qu’on a soupé est exagéré, parce que j’suis partie avant le repas.
– Tu l’as embrassé?
– Euh non, pourquoi?
– Lui?
– Lui, quoi?
– Il t’a embrassée?
– Non plus. Écoute. Je l’ai pas embrassé, il m’a pas embrassée, personne s’est embrassé, ok?
– …
– Allo? T’es toujours là?
– Oui, oui. Désolé. J’ai un mal de cœur qui m’pogne, là. J’vais me coucher.

Mal de cœur, vraiment? Et pour quelle raison? Orgueil mal placé, peur de me perdre, jalousie? Du moins, c’était la première fois qu’il réagissait ainsi. Car habituellement, lorsque je lui parlais de mes rencontres amoureuses, il démontrait de l’intérêt et de l’empathie. Il me consolait et m’encourageait à poursuivre ma quête de l’homme idéal. Après tout, il était mal barré pour me demander l’exclusivité, lui qui avait une blonde. Mais là, je le sentais… paniqué. Fragilisé. Hum… Décidément, ça se compliquait, entre lui et moi…

Comment en était-on arrivé là? Comment avait débuté notre relation? À l’université. Dans un cours sur l’apartheid. C’est lui qui était venu vers moi. Moi, je ne l’avais même pas remarqué. Il m’avait posé une question inutile à laquelle j’avais inutilement répondu. Après, on ne s’était plus lâchés.

Au début, on n’était que des amis. Puis un soir, alors qu’on fêtait notre fin de session autour d’une bière avec d’autres copains d’université, la frontière de l’amitié est devenue, comment dire, un peu floue…

– Je rentre, ma Cathou. J’suis fatigué. Si tu veux, passe chez moi plus tard. Ma blonde est pas là.

Je l’ai regardé. Assommée par ce que je venais d’entendre.

– S’cuse-moi, là, mais… Tu peux répéter?
– Ben… J’t’invite chez moi. Ma blonde est pas là.

Sa blonde?! Quoi?! Je l’ai pris par le bras et l’ai entraîné dans un coin du bar, à part.

– Hein?! T’as une blonde?! Ça fait deux sessions que j’te côtoie et j’viens d’apprendre que t’as une blonde?!
– Ben…
– Ben là! Ça t’arrive pas des fois d’aller au resto avec ta blonde et de dire à tes amis, genre moi : « J’m’en vais au resto avec ma blonde. »
– Ben…
– Et ce soir, tu m’invites chez toi parce que cette soudaine blonde est pas là?
– Ben…
– Non. Dis plus rien, s’il te plaît. Bonne nuit.

Je l’ai planté là et je suis retournée rejoindre les autres. Non mais! Pour qui me prenait-il?

Après cet épisode, un silence s’est installé entre nous. Je n’ai pas essayé de le contacter. Il n’a pas essayé de me contacter. Et je ne m’en portais pas plus mal. Certes, je pensais souvent à lui. Je me demandais ce qu’il devenait et ce qu’on serait devenus si j’étais allée chez lui… Je me surprenais même à m’imaginer que oui, enfin, peut-être… Mais. Il avait une blonde. Qu’il avait voulu tromper avec moi. Et l’infidélité, ça non, jamais!

Puis finalement, deux mois plus tard, son nom a refait surface dans ma boîte de réception : « Cath, j’ai rêvé à toi. Il faut qu’on se voie. » Cette invitation sentait le piège. J’ai fait la morte. Rêve toujours, mon grand!

Une semaine après, il réitérait : « Cath, j’ai encore rêvé à toi. C’t’un signe qu’il faut qu’on se voie. En plus, j’te dois des excuses. » Bon, là… J’avoue que le mot « excuses » m’a fait flancher. Et j’ai accepté de le revoir. Selon des conditions bien précises : « Dimanche, 19h, à la Brûlerie Saint-Denis. C’est à prendre ou à laisser. » Il a dit oui sans broncher. Mais. Le dimanche soir en question, à 18h45, il sonnait à ma porte. En cuissard et en maillot. Avec son vélo.

– Qu’esse-tu fais là?

– Ouais, s’cuse-moi, j’sais qu’on avait rendez-vous à’ Brûlerie, mais… J’reviens d’une longue ride, pis là… J’ai comme pas le temps d’retourner chez moi, faque… J’peux-tu me changer pis laisser mon vélo chez vous? Il vaut 5000 piasses, tu comprends? J’reviendrai l’chercher après notre café.

Lui? Chez moi? Après notre café? Son jeu était bien trop évident pour que je m’y laisse prendre! Je l’ai quand même laissé rentrer en me jurant de rester sur mes gardes tout au long de la soirée. Il a déposé son vélo dans ma chambre (pourquoi pas dans le salon, hein?). Il s’est changé. Et juste avant qu’on parte…

– En tout cas, t’es vraiment belle, Cath!
– …
– Tu dis pas merci?
– Euh… oui, oui, merci.

J’étais déstabilisée. Il en a profité.

– J’suis tellement content de t’voir! Heille, deux mois sans nouvelles! J’m’ennuyais tout plein, pas toi?
– Euh… oui, oui.
– T’sais, j’avais peur d’avoir perdu ton amitié. Parce que… On est encore amis, non?
– Euh… oui, oui.
– Fiou! Faque on va-tu fêter nos retrouvailles à l’Amère à boire? Bonne bière, belle terrasse, c’est winner.
– Ben on avait dit un ca…
– Avoye, dis oui! Juste une bière, promis!

J’ai dit oui. Maudit! Étais-je si influençable? Si facilement manipulable? Je devais me ressaisir. Vite!

À l’Amère à boire, il m’a d’abord parlé de sa journée de vélo, comme quoi il n’était vraiment plus en forme, mais qu’il allait s’y remettre, qu’il faisait du vélo depuis sa tendre enfance, qu’il rêvait d’aller rouler en France, que… Bon, c’était bien intéressant tout ça, mais il tournait autour du pot. Ou de son vélo. J’ai donc pris les choses en main.

– Au fait, tu voulais pas m’faire des excuses?
– Oui, c’est vrai… On prend-tu une autre bière pour ça?
– T’avais dit juste une!
– Oui, ben… Juste deux, mettons?
– Ok.

Ok? Avais-je dit « ok »? Que se passait-il avec moi? Avais-je perdu toute capacité à lui résister? Toute volonté?

La deuxième bière est arrivée. Il m’a alors parlé de sa blonde avec qui il était depuis un an. Une blonde qu’il aimait mais plus tellement, qu’il pensait quitter bientôt, mais pas tout de suite, mais bientôt, mais pas tout de suite, mais… bon. C’était compliqué.

– Je vois. Mais dis-moi… Où sont tes excuses, là-dedans?
– Ben… Je m’excuse pour l’invitation que je t’ai faite, l’autre jour. Je m’excuse de t’avoir blessée. J’voulais pas, c’est juste…
– Ça va, j’comprends…
– Mais en même temps, si c’était à refaire, j’le referais.
– Pardon?
– Oui. Aujourd’hui, j’te referais la même invitation. Parce que tu m’fais tellement d’effet, Cath, tu peux pas savoir! Tu es si sensuelle, si belle… Dans le moindre de tes petits gestes. Et tes yeux… si tu les voyais!

J’étais bouche bée. Je ne m’attendais pas à cette déferlante de compliments.

– Ben là… J’sais pas quoi dire…
– Pourquoi, t’es gênée? J’te fais pas le même effet?
– Non, non, c’pas ça, c’est juste que…
– Que quoi?
– Coudonc! Faut-tu j’te fasse un dessin? T’as une blonde, merde! U-NE-BLON-DE!
– Avec qui ça va mal, oui. Alors oublions-la pour le reste de la soirée, veux-tu? Parce que moi, là, j’suis bien. J’suis avec toi. Et c’est tout ce qui compte.

Ah… Sa manière d’obtenir ce qu’il voulait! D’exprimer son désir. De me faire sentir belle. Unique. Et que dire de son regard si tendre posé sur moi? J’ai craqué. On a terminé nos bières et on est partis. Chez moi. Pour son vélo, bien sûr…

À peine étions-nous rentrés qu’il est allé s’étendre sur mon lit, prétextant avoir besoin d’un peu de repos avant de repartir. Vraiment? Quelle mauvaise mise en scène! Quel mauvais acteur! Et pourtant, j’étais charmée.

Il m’a invitée à le rejoindre. Je n’ai pas résisté. Allongée à ses côtés, il m’a serrée fort contre lui. Il tremblait de tout son corps. Son cœur battait la chamade. Ou était-ce le mien? Du moins. Il m’a regardée. J’ai souri. Nos lèvres se sont goûtées… Il était maintenant trop tard pour reculer.

La suite mardi prochain…

LeLit_Lautrec

Source: wikipedia.org

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Catherine Courchesne

Baccalauréat en études littéraires, maîtrise en science politique, certificat en psychologie et professeure de français, Catherine se laisse guider par son insatiable curiosité et sa...

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